samedi 26 mars 2016

Le mystère de Pâques

Le mystère de Pâques

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Illustration : polyptyque Passion et Résurrection, œuvre du peintre ARCABAS, à Abbaye de Notre Dame de Leffe

Pâques, c'est, à la fois, la fête la plus importante pour les chrétiens et, en même temps, le mystère le plus difficile à croire. 

"Si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine et votre foi aussi est vaine."Cette parole de Paul dans la première Épître aux Corinthiens (15, 14) le dit bien. La résurrection de Jésus est la clé de voûte de la foi chrétienne. Mais comment comprendre l'indicible ? Quel sens donner au mot ressuscité ? Comment se réjouir d'une telle folie qui est aussi une folle espérance ?
Le mystère est si profond que l'on peut être tenté de n'en rien dire. C'est Michel Deneken, théologien, premier vice-président de l’université catholique de Strasbourg, qui répond à quelques questions :



Jésus est-il vraiment mort ?
Tous les Évangiles insistent sur la réalité de cette mort. Ils parlent de la crucifixion et de la mise au tombeau. Le message pascal n’est pas négation de la mort. Il est d’abord à considérer du point de vue du mystère de la mort.
 
Ressuscité, qu’est-ce que cela veut dire ?
Le mystère pascal est inexprimable. Le Nouveau Testament utilise un langage approximatif qui privilégie la rencontre. Le ressuscité se donne à reconnaître dans son humanité, mais il faut un peu de temps pour faire le lien entre celui qui apparaît et le crucifié.
 
Pourquoi le ressuscité ne ressemble pas au Jésus d’avant ?
Il est le même et il lui ressemble même tellement que les disciples vont finir par l’identifier. Mais pas immédiatement, parce qu’il y a, dans les récits de Pâques, la volonté de mettre en scène ce que les disciples ont expérimenté après Pâques, c’est-à-dire leur retour à la foi. Si l’on était en face de textes trafiqués, les évangélistes ne parleraient pas du doute, comme avec Thomas, ou de la difficulté à reconnaître.
 
Qu’est-ce qui permet de dire que le Christ est ressuscité ?
Nous sommes dans l’ordre de la foi. Le Nouveau Testament est construit à partir de cette expérience que les disciples, qui ont vécu avec Jésus, appellent Pâques et Résurrection. Cette expérience, les chrétiens d’aujourd’hui lui donnent un caractère fondamental et fondateur.

Pâques, pourtant, a perdu de sa force dans nos sociétés occidentales…
Parce que de tous les mystères chrétiens, c’est le plus difficile à croire ! Un être normal commence par réprouver l’idée de la résurrection. Au sens chrétien du terme, ce n’est ni un simple retour à la vie, ni une réincarnation, ni une séparation de l’âme et du corps. Ce fondement du christianisme nécessite que celui y croit fasse lui-même le saut de la foi.
 
L’Église n’a-t-elle pas trop longtemps insisté sur la mort plutôt que sur la résurrection ?
C’est encore vrai. On a tendance à s’arrêter sur la croix. On a peur de faire apparaître la résurrection comme une espèce de « machin » qui rende la mort légère. Mais qu’est-ce qui est le plus scandaleux ? Un messie crucifié ou un crucifié ressuscité ? Je constate un retour à un certain dolorisme. Ce qui m’intéresse chez Jésus c’est sa vie devant Dieu qui peut être un chemin pour moi.
 
Comment rendre plus accessible ce message d’espérance ?
Ce qui compte, c’est la crédibilité de ceux qui sont censés en parler. Clairement, qu’est-ce que ça fait dans ma vie personnelle que Jésus soit ressuscité ? Il y a une vraie panne, aujourd’hui, des discours sur l’espérance, sur l’avenir et la beauté du monde qui atteint aussi l’Église. La crédibilité de son discours est sans cesse remis en cause. On lui dit : si l’espérance est de votre côté, cela ne se voit pas trop.
 
Mais Pâques, n’est-ce pas aussi un regard d’espérance sur le monde présent ?
Évidemment. Ce qui a bouleversé la vie des disciples, c’est de découvrir que la bonne nouvelle de la résurrection est, ici et maintenant, déjà à l’œuvre. La clé du mystère pascal est dans la confiance. Faire une confiance totale à Dieu, alors que tout porte à être méfiant.
 
N’y a-t-il pas trop de chrétiens tristes ?
C’est cette très belle formule du cardinal Etchegaray : « Dans l’Église, il y a trop de saules pleureurs et pas assez de pins parasols. » Il ne s’agit pas de faire un christianisme exalté qui fait du volontarisme spirituel. Mais quand l’Église institutionnelle est en crise, il faut revenir aux fondamentaux : la prédication du Christ ressuscité. La crédibilité des témoins du ressuscité doit se voir dans leur vie. C’est pour cela que les contre-témoignages, comme les affaires de pédophilie dans l’Église, sont terribles.
 
Restez-vous malgré tout optimiste ?
Des pans de murs s’effondrent, mais il y a aussi des jeunes pousses. Le vrai problème pour les responsables de l’Église, et je m’y inclus, c’est de s’attarder sur ce qui s’écroule et de ne pas regarder ce qui est en train de pousser. Mais encore faut-il que ce qui pousse ne soit pas contingenté dans des serres où l’on trace au cordeau ce qui a le droit de grandir, et que l’on ait un tout petit peu d’ouverture pour toutes les plantes. Ce n’est pas à nous de séparer le bon grain et l’ivraie.



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