samedi 2 avril 2016

HUGO, La FONTAINE, Authex




Il n’a pas les goûts de son temps. Il ne les a jamais eus. Qu’il s’agisse des idées, des livres, de l’emploi de nos forces armées ou de police, de la cuisine, du cinéma, de la mode, de l’assimilation, du suffrage universel, il n’est à peu près d’accord sur rien avec personne. Il a cependant la misanthropie heureuse, parce qu’il la partage avec quelques âmes choisies, lecteurs de La Fontaine par exemple:




"J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.”

La FONTAINE. Les amours de Psyché et de Cupidon




Ce n’est point grande aventure, dit-il, de considérer que les villes et les campagnes n’existent plus, que le jeu est devenu un abrutissement psychotique devant des consoles (!) électroniques, que les livres ne sont plus lisibles après 1970 ou que la musique est inaudible depuis la mort d’Antonio Carlos Jobim (prononcez « Ton Jobi »). Reste l’amour. Ah ! l’amour…



Quoique. Même là, il renâcle. L’amour est devenu un business de consommation comme un autre, sous le signe impérieux du bonheur obligatoire. Le divorce, bientôt réalisable et accessible en ligne, - si, si, vous verrez, ça viendra - transforme le mariage en CDD. Pour la trentenaire bovaryste branchée, c’est une étape presque obligée, et pour le quinquagénaire hâlé qui a réussi, c’est un mode de répudiation banal. Quant au Pacs, il en a terminé avec l’idée de couple, c’est-à-dire avec l’idée d’engagement. Là où quelques mesures fiscales auraient suffi pour les couples homosexuels, il a fallu faire une loi. Comme d’habitude.



Il n’empêche, il imagine mal Daphnis et Chloé, Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Pédéraste et Médisante, Philémon et Baucis ou Oreste et Pylade, si vraiment on y tient, aller signer un formulaire en trois ou quatre exemplaires dans une préfecture pour signifier leur refus des codes dominants de leur temps.



...Il a cependant la misanthropie heureuse, qu’il partage avec quelques âmes choisies, lecteurs de Hugo par exemple:




Je suis enragé. J'aime

 
Je suis enragé. J'aime et je suis un vieux fou.

- Grand-père ? - Quoi ? - je veux m'en aller. - Aller où ?

- Où je voudrai. - C'est bien. - Je veux sortir, grand-père.

- Sortons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.

Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu

Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu

Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.

- Tu veux ! tu veux ! - Grand-père ? - Eh bien quoi ? - Si je casse

Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.

C'est donc moi le plus fort. - Parlons sans nous fâcher.

- Je ne me fâche pas. je veux qu'il pleuve. - Ecoute.

Je te donne raison. - Il va pleuvoir ? - Sans doute.

Viens, prenons l'arrosoir du jardinier jacquot,

Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.


Victor HUGO







Construction molle aux haricots bouillis
Prémonition de la Guerre Civile est une huile sur toile surréaliste réalisée par Salvador Dalí en 1936.





La célèbre sculpture de Canova, Amour et Psyché: Psyché ranimée par le baiser de l'amour. Musée du Louvre.



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