dimanche 15 mai 2016

Joyce MANSOUR. Entre les Orties et le Sureau



Joyce Mansour




Entre les Orties et le Sureau


Ô bonheur
L’air fluide et tendre cède plus mollement que l’eau
La  grenouille confie ses clameurs aux rochers lisses du maquis
À l’appétissante bouillie au bassin vert miroitant
Zone marécageuse entre le souffle et les roseaux
Le silence respire et j’expire immobile et sanguine comme le drapé du rêve
Je retiens mon souffle et c’est le calme
Calme la vague émue
Calme le sable le ciel et l’introuvable tortue
Calme le cri qui ne s’élèvera plus
Sois heureuse car la nuit repose dans le courant qui tire vers le large
Et l’éléphant blanc ouvre la porte qui donne sur la baie
Et blêmit car ici même le vent sait attendre.


Joyce Mansour

in Ochinèse
1963



Ochinèse est le nom d’un lieu-dit en bord de mer, dans le désert des Agriates, au sein de la commune de Saint-Florent (Haute-Corse). Le commissaire-priseur et romancier Maurice Rheims avait notamment acquis là, en 1950, 25 hectares de maquis et d’oliviers.

________ Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse juive égyptienne liées aux surréalistes, plus particulièrement à André Breton. Et, ce qui ne gâche rien, championne de course à pied!
On sait qu'elle écrivit ce beau poème en 1963 lors d'un séjour en Corse, à Saint-Florent dans la propriété de Maurice Rheims (voir ci-dessus).
Publié initialement en 1965 dans un recueil "Carré blanc", puis chez Actes Sud en 1991, il figure parmi les "Oeuvres complètes" parues en 2014 chez l'éditeur Michel de Maule.


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