jeudi 9 juin 2016

Queneau. Rue Paul Verlaine





Rue Paul Verlaine

 Je fais parfois le rêve étrange et pénétrant
d'une rue en étain blanchâtre et maternelle
l'un et l'autre trottoir palpite comme une aile
tandis que sa chaussée a tout son poids d'étant

Les ruisseaux de plomb pur s'écoulent dans l'étang
qu'engloutit une bouche à béance immortelle
à chaque extrémité s'inscrit une marelle
que ne traverse point le vulgaire impétrant

Sous un ciel de titane un seul toit promeneur
lentement se déplace au-dessus des bâtisses
où grouille un animal qui ressemble à ma soeur

Calme en son sicamor incertaine et factice
cette voie a le charme amarante et boudeur
de pouvoir se plier sans perdre son odeur



Raymond QUENEAU
in Courir les rues, 1967

1 commentaire:

  1. Tiens, on peut commenter à nouveau ? Miracle ...
    J'ai lu, lu et relu sans jamais pouvoir commenter jusqu'à aujourd'hui...
    Ah Queneau ! c'est sans doute un effet de sa pataphysique.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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