dimanche 11 décembre 2016

Incipit









Aujourd'hui, le mot incipit (du latin incipio, is, ere : « commencer ») désigne les premiers mots d'un texte. Selon une tradition hébraïque reprise dans le christianisme, l'incipit donne son titre au document. Un incipit permet d'introduire une histoire dans un contexte (“contextualiser” comme on dit sur France Culture !...). Il donne le cadre spatio-temporel (!) et des informations de base comme: 
-caractéristiques physiques et mentales, -lieu, -comportements (des animaux ou des personnages) -le temps, l'année –etc...
Ainsi le lecteur dispose de suffisamment d'éléments pour se plonger dans l'intrigue. L'incipit est un moment essentiel où il s'agit d'introduire le lecteur pour lui donner envie de continuer.
Ainsi, en hébreu, les livres de la Bible sont désignés par leur incipit. Par exemple le premier livre s'appelle Bereshit, c'est-à-dire commencement, premier mot de la Bible : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre...»
 



La première phrase d'un roman, c'est tout un art. Elle doit nous happer, nous intriguer, bref nous donner le goût de lire la deuxième ! Certaines premières phrases sont devenues des classiques. Voici, à l’unanimité, la plus célèbre:

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

Et celle-ci, presque aussi connue :

Aujourd'hui, maman est morte. (Albert Camus, L'Étranger)

Dans un genre tout à fait différent :

DOUKIPUDONKTAN, se demanda Gabriel excédé. (Raymond Queneau, Zazie dans le métro)

Une des plus célèbres, dans A tale of Two Cities de Charles Dickens :
It was the best of times, it was the worst of times.

dont voici la suite :
It was the best of times, it was the worst of times; it was the age of wisdom, it was the age of foolishness; it was the epoch of belief, it was the epoch of incredulity; it was the season of Light, it was the season of Darkness; it was the spring of hope, it was the winter of despair; we had everything before us, we had nothing before us; we were all going directly to Heaven, we were all going the other way.


Celle-ci également est très appréciée :

Mrs. Dalloway said she would buy the flowers herself. (Virginia Woolf, Mrs Dalloway)



Nous avons failli en oublier une, vraiment classique, très succincte et universellement connue :

Call me Ishmael. (Herman Melville, Moby Dick)


À l'opposé, une phrase est reconnue pour être une des pires, l'archétype même du cliché, celle de ce pauvre Edward Bulwer-Lytton (un écrivain anglais du XIXème siècle), rendue célèbre par ce cher Snoopy (dont toutes les tentatives littéraires commençaient toujours par ces mots, et se soldaient toutes par des échecs!) :

It was a dark and stormy night; the rain fell in torrents, except at occasional intervals, when it was checked by a violent gust of wind which swept up the streets (for it is in London that our scene lies), rattling along the house-tops, and fiercely agitating the scanty flame of the lamps that struggled against the darkness.






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Une devinette, pour terminer - et ce sera l'excipit de ce billet ?...). Quel roman commence ainsi ?

Colin terminait sa toilette.





3 commentaires:

  1. Je ne me rappelle que d'un Colin dans la littérature, dans L'écume des jours et de Boris Vian. d:-)

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  2. Bien entendu ! La question était trop simple, non ?

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  3. C'est drôle, j'ai dû lire Vian entre 17 et 20 ans et j'ai trouvé ça formidable. Passé cet âge, il ne me serait pas venu à l'idée de le relire. Pourquoi ? Mystère. Exception faite, peut-être, pour "Les morts ont tous la même peau".

    Il faudrait tout de même que je le relise, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi je n'ai pas eu l'envie de le relire. Je changerai peut-être d'avis. Cependant, je ferai l'économie de "L'écume des jours" dont je sais définitivement que l'envie n'est pas là.

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