lundi 12 décembre 2016

Le Cid





 Le Cid

Le palais de Gormaz, comte et gobernador,

Est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
L'hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre

Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or..

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :

Sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

Le héros meurtrier à pas lents se promène :

" Dieu ! " soupire à part soi la plaintive Chimène,
" Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! "


Georges Fourest

in La négresse blonde






" Dieu ! " soupire à part soi la plaintive Chimène,
" Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! "



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Georges Fourest est un écrivain et poète français né à Limoges le 6 avril 1867 ou en 1864 (selon les sources) et mort à Paris le 25 janvier 1945.

Il suit des études de droit à la faculté de Toulouse, puis de Paris, mais n'exerce pas son métier d'avocat. Fréquentant les cercles symbolistes et décadents, il collabore à plusieurs revues. Il se targue de pouvoir « incague[r] la pudeur » et « convomi[r] le bon goût »


Il est l'auteur de deux recueils de poèmes, nourris des œuvres de grands auteurs (Corneille, Racine, Hugo), parodiés de manière burlesque, voire gaillarde. Il se place ainsi dans la lignée de Rabelais et des poètes du début du XVIIe siècle (d'Assoucy, Saint-Amant, etc.) 

2 commentaires:

  1. Merci pour le truculent Fourest qui ne sera jamais au programme, hélas ! Alors qu'on nous bassine avec Vian ! Ce serait peut-être trop demander : le bougre pourrait fort bien en amener quelques uns à l'envie de lire et au goût de la langue !

    (De la langue-Fourest bien sûr.)

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  2. Ah Steve ! Les plissures de tes yeux quand tu souris...

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