jeudi 6 avril 2017

BAUDELAIRE. L'Etranger. " — J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !




    Le Spleen de Paris est un recueil de poèmes en prose paru deux années après la mort de Charles Baudelaire, en 1869, par Charles Asselineau et Théodore de Banville, hommes de lettres et critiques d'art français. L'oeuvre est publiée dans le quatrième volume d'une édition définitive de l'ensemble des oeuvres et critiques d'art du poète. Ce recueil est composé de 50 poèmes en prose, ce qui explique le sous-titre de l'oeuvre: Petits Poèmes en prose.
    Tout en s'intéressant à la modernité de l'univers urbain, Charles Baudelaire propose dans ce recueil des oeuvres innovantes, ne s'attachant pas à la forme traditionnelle poétique.
     Le poète se consacra à ce recueil les 17 dernières années de sa vie.










I

L’ÉTRANGER




— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

— Tes amis ?

— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

— Ta patrie ?

— J’ignore sous quelle latitude elle est située.

— La beauté ?

— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

— L’or ?

— Je le hais comme vous haïssez Dieu.

— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !



Charles Baudelaire







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