samedi 3 juin 2017

Eluard. «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»

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Eluard par S.Dali

«Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»




Né à Saint-Denis le 14 décembre 1895, ce fils d'agent immobilier publie ses premiers poèmes, alors qu'il était infirmier militaire, en 1916, l'année où il épousa Gala la Russe, la future muse de Salvador Dali. Au début des années 1920, cet ami des peintres (Picasso, Braque, Ernst, Masson…) et de Man Ray devient l'un des fondateurs du mouvement surréaliste aux côtés d'André Breton, Louis Aragon et Philippe ­Soupault ; il en sera un de ses sectateurs les plus intransigeants, pratiquant l'anathème et participant à l'exclusion des électrons libres (Artaud, Dali…).
Marqué par Rimbaud, influencé par le comte de Lautréamont, il a su, en vers et en rimes, transformer et transfigurer l'amour et ses valeurs subversives. Souvenons-nous de son poème le plus universellement célèbre: Liberté, publié en 1942. D'abord intitulé Une seule pensée et adressé à la femme aimée, il en fera un hymne à cette liberté chérie et alors meurtrie, dont on rappellera le premier des 21 quatrains qui le composent: 
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom.
Poète de la Résistance intérieure, on lui doit également l'initiative de l'anthologie L'Honneur des poètes, publiée clandestinement en juillet 1943, et réunissant Aragon, Desnos, Ponge, Tardieu…
Le portrait de celui qui affirmait «J'ai un visage pour être aimé» serait incomplet sans évoquer l'écrivain inspiré de l'espoir, de la fraternité et du bonheur: «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles.» Au chapitre de son militantisme politique, on retiendra également cette folle et navrante Ode à Staline, écrite en 1950, où il loue le «cerveau d'amour» du chef du Kremlin. Excusez du peu ! 
Éluard avait fait sienne la revendication inflexible de Lautréamont: «La poésie doit être faite par tous. Non par un», qui deviendra, dans sa bouche, «la poésie doit avoir pour but la vérité pratique». Dès lors, le poète quittera les cimes et les nuages pour devenir «celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré». Depuis, la Terre peut être 
bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas. 

C'est à dire le poème comme condition manifeste de l'existence.




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