lundi 3 juillet 2017

Authex. Drôle de salades


Les huit scaroles


La marquise sortit à 17h, enfin, dans ces Zola, son dossier sous le bras, guère épais.
Elle a rendez-vous avec son banquier. Il est petit. Rabelais, quoi. Bien loin d’être ce Perrault regard si doux. Il a plutôt du Vian dans le crâne mais bon, mieux Voltaire.
Allez ! assez de salades : Les huit scaroles suffisent.
Quant à moi, je vous file les clés de la boîte Sagan et... comme disait Sand...riez !...

La boite Sagan


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Plus sérieusement,

« La marquise sortit à cinq heures… » est une référence à Paul Valéry (1871-1945) : il citait ce type de phrase comme topique du roman balzacien qu’il jugeait dépassé ; selon lui il fallait maintenant inventer autre chose. C’est du moins le propos que lui prête André Breton : « Paul Valéry, à propos des romans, m’assurait qu’en ce qui le concerne, il se refuserait toujours à écrire : « La marquise sortit à cinq heures » » dans Le manifeste du surréalisme (1924).





La Marquise sortit à cinq heures " Même si l’on n’en sait plus toujours la raison, la phrase est inscrite à nos mémoires littéraires, et pas seulement parce que Claude Mauriac en a fait le titre de l’un de ses romans. En réalité, c’est André Breton qui en a attribué la paternité à Paul Valéry, lequel aurait décrété ne jamais vouloir écrire de roman au prétexte qu’il lui était impossible d’y faire entrer une phrase aussi banale. Une manière de discréditer le genre romanesque que Breton comme Valéry ne tenaient pas pour un art en soi. Balzac avait fait son temps ! Rien, de toute manière, ne pouvait rivaliser pour eux avec cette "poésie pure", excluant la narration, dont ils étaient de fervents adeptes.
Pour anodine qu’elle soit, la phrase incriminée en appelle pourtant à la curiosité. Où va la Marquise ? Pourquoi ? Vers qui ? Chacun peut lui imaginer toutes les destinations possibles, des plus sages aux plus farfelues, galantes, coquines, définitives. C’est ce qu’a fait Jean Charlent qui ne voit pas pourquoi on ne lui trouverait pas de suites aussi définitives qu’au célébrissime : "Longtemps je me suis couché de bonne heure". Docteur en Droit, établi dans une carrière industrielle et auteur de livres plutôt scientifiques, celui-ci s’est toujours passionné pour la littérature. S’il en est aujourd’hui un fin connaisseur, il se révèle aussi amateur de défis. Partant du constat de mystère, inclus dans les six mots qu’aurait déconsidérés l’auteur de La Jeune Parque, il s’est offert - et amusé à la chose, on le ressent - de faire figurer ceux-ci dans près de cent textes réinterprétés ou résolument inventés de 75 écrivains du passé et du présent.
Exercices de style. Clins d’œil. Rencontres plus ou moins évidentes selon les cas. Alliage d’imagination et d’érudition. Citations détournées. Prose ou poésie. Le travail est subtil et brillant qui sollicite, sans aucune chronologie ou parti pris, Alphonse Allais, Marcel Aymé, Baudelaire, San Antonio, Cioran, Voltaire, Cocteau, Hugo, La Fontaine, Proust, Simenon, Weyergans et bien d’autres pour des variations drôles, pertinentes, impertinentes, ironiques, jubilatoires Souvent savoureuses. En musique, les variations sont un genre en soi. On connaît les "Variations Goldberg" développées par Bach lui-même à partir d’un motif initial. Mais elles peuvent prendre appui sur des thèmes populaires, voire des chansons enfantines, telle "Ah ! Vous dirais-je maman" qui inspira Mozart ou "Frère Jacques" que reprit Mahler dans sa Première symphonie. Elles sont moins évidentes en littérature et, en ce sens, l’idée de Jean Charlent est à la fois originale et attrayante.
Tous les textes de Variations Valéry. Les cadences de la Marquise seront sans doute perçus par les lecteurs en fonction de leurs plus ou moins grandes affinités avec l’auteur pastiché. Il serait vain de se livrer ici à des comparaisons arbitraires. Mais quelle que soit la part de rigueur ou de fantaisie des différentes imitations on prend un plaisir divertissant à folâtrer des unes aux autres et à y reconnaître avec les complicités que l’on y apporte l’univers, la griffe ou l’esprit de tel ou tel écrivain aimé. 

L.Authex – mai 2010

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