mardi 21 février 2017

Jean-Noël CORDIER. Sous le chant des étoiles





Sous le chant des étoiles 



Sous le chant des étoiles
Je veux me mettre en quête
Des ardents souvenirs
Inscrire en moi la naissance du monde
Alors j’ouvre mes paumes
Aux caresses du ciel
Des plages en filigrane
Aux énigmes de l’aube
Je veux faire émerger l’image
Par le regard de l’infini
Le verbe difficile
Je ne puis que graver
Sur le carré de pierre grise
Le spectre d’une mère inféconde.


Jean-Noël Cordier    







Né à Paris en 1950, Jean-Noël Cordier est professeur de Lettres et, actuellement, Vice-Président de la Société des Poètes Français. 





"...Alors j’ouvre mes paumes
Aux caresses du ciel
Des plages en filigrane..."




dimanche 19 février 2017

Vincensini. Je ne suis pas si fou








Je ne suis pas si fou



Je ne suis pas si fou
 
De demander l’heure à mon chien
 
Mais regardez
 
Regardez donc
 
Où mettrait-il sa montre
 
Il n’a pas de poche
 
Le pauvre à son gilet 



Paul Vincensini


extrait d'une série de poèmes regroupés sous le titre ALPHABETES et NUMERALES
et dédicacée à Sylvie.


vendredi 17 février 2017

MACRON. Crime contre l'humanité, excusez du peu


(on rappelait il y a peu dans ces colonnes ceci...



...et on a beau être poète, on n'en est pas moins consterné)










“  Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir. ”
Pierre DAC

Sur le plan juridique, la première définition du crime contre l'humanité a été donnée en 1945 par l'article 6 de la Charte de Londres qui instituait le Tribunal militaire international, instance qui allait juger les chefs nazis à Nuremberg. Étaient visés «l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile». D'autres textes affineront la définition, comme le statut de Rome créant la Cour pénale internationale, en 1998, sans en changer l'esprit.

Qualifier la colonisation d'acte de barbarie ou de crime contre l'humanité est un non-sens historique, un jugement sommaire, manichéen.




mercredi 15 février 2017

NORGE. Le mordeur



Norge





Le mordeur 



Longue bougie, éclairez son visage.

Naquit mordeur, enfant de terre ;

Mordit fort au lait de sa mère.

Longue bougie, éclairez son visage.




Mordit à la pomme d’enfance

Lisse de jus et de croyances,

Mordit au chiffre, à la grammaire.

Longue bougie, éclairez son ardoise.



Mordit au sein de ses chéries,

Lavande, oeillet, chardon, framboise.

Mordit le doux, mordit l’amer.

Longue bougie, éclairez ses prairies.



Limailles, clous, feux et labeurs,

Mordit au bois, mordit au fer ;

Pour manger, peines qu’il faut faire.

Longue bougie, éclairez sa sueur.



Mordit au sel, mordit au gel,

Mordit au gel et à la guerre.

Homme de troupe, homme ordinaire.

Longue bougie, éclairez sa gamelle.



Mordit aux draps de maladie.

Dieu, qu’il est tôt, ma fleur de vie ;

Lavande, oeillet, chardon, fougère !

A peine mordue et finie.




NORGE
publié dans “Remuer ciel et terre” aux défuntes éditions Labor






DALI
Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, 1943

Dali écrivait en 1973 : « L’Histoire ne me concerne pas. Elle me fait aussi peur que les sauterelles ». Il écrit également qu’elle ne l’a jamais intéressé en raison de son caractère anecdotique. Les anecdotes de sa propre vie en revanche acquièrent un caractère historique dans sa mythographie. Et c’est en appliquant le fruit de ses réflexions psychanalytiques au comportement des peuples qu’il propose d’expliquer l’histoire humaine. 
Ici, le monde devient littéralement l’œuf que Dalí décortique pour s’auto-révéler et, se faisant, révéler le monde à lui-même. L’Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, peint en 1943 aux États-Unis, jouant de ces confusionsentre microcosme et macrocosme, fait sortir l’homme nouveau du continent nord-américain.
Source : Centre Pompidou.

mardi 14 février 2017

VERLAINE. Green






Green


Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.



Paul Verlaine  
in Romances sans paroles
1874


lundi 13 février 2017

Félix ARVERS. Mon âme a son secret






Mon âme a son secret





Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.


Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.


Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.


À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
"Quelle est donc cette femme ?" et ne comprendra pas.



Félix ARVERS





Alexis-Félix Arvers a vécu de 1806 à 1850. Ce seul sonnet l’a rendu célèbre. Ce timide personnage se serait consumé pour une femme mariée bien mystérieuse que les critiques désignent en général comme Marie Mennessier, la fille de Charles Nodier dont on peut voir le portrait par Achille Devéria ci-dessous.




Marie Mennessier-Nodier

Portrait de Marie Mennessier-Nodier, inspiratrice du sonnet qui assura la gloire de Félix Arvers. Gravure extraite de l'Illustration de 1931 (volume 1, page 439).
[Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris.]

Photo Jean-Loup Charmet © Archives Larbor







Dans son Journal, Jules RENARD note :

"En littérature, il avait assez de courage pour soutenir que le sonnet d'Arvers n'est pas un chef-d'oeuvre."

Journal, 1887-1892, daté de l'année 1887, (sans autre précision)  





dimanche 12 février 2017

Andrée CHEDID. Saisir






Saisir


Recueillir le grain des heures

Eteindre l’étincelle

Ravir un paysage

Absorber l’hiver avec le rire

Dissoudre les nœuds du chagrin

S’imprégner d’un visage

Moissonner à voix basse

Flamber pour un mot tendre

Embrasser la ville et ses reflux

Ecouter l’océan en toutes choses

Entendre les sierras du silence

Transcrire la mémoire des miséricordieux

Relire un poème qui avive

Saisir chaque maillon d’amitié.



Andrée Chedid
In Par-delà les mots




...Embrasser la ville et ses reflux...



Gustave Caillebotte
Jour de pluie à Paris