mardi 23 mai 2017

VINCENSINI. Je n'ai jamais revu...



Quelques jours en compagnie de Paul Vincensini...




Je n'ai jamais revu


Je n'ai jamais revu cet enfant silencieux
Qui se lavait les yeux
La nuit
Dans les rivières
Je ne l'ai pas revu
Et ses amies les pierres
Ne m'ont rien dit tout bas
Il est près de la mer
Il s'est crevé les yeux
Il sort la nuit dans les clairières
Et tisse avec ses paupières
Des paniers pour les sourds  


Paul Vincensini
in Des paniers pour les sourds










EDOUARDO CHILLIDA
DEL HORIZONTE, 1956
Eloge de l'horizon

Côte de Gijon.


Les sculptures métalliques abstraites du Basque Eduardo Chillida entretiennent souvent un puissant rapport avec des phénomènes naturels, comme en témoignent ses célèbres « peignes du vent » érigés sur la côte près de San Sebastián. Le titre de cette œuvre pourrait faire allusion à ceux-ci. L’artiste s’intéressait de très près aux forces élémentaires du feu et de la chaleur qui ont donné naissance à cette sculpture. L’idée qui semble l’avoir le plus captivé ici est ce qui s’empare de l’espace et le circonscrit, l’infinie multiplicité des points de vue qui définissent la nature d’une sculpture en volume, et la distinguent d’un tableau bidimensionnel. Il s’agit dans le fond d’une sculpture sur la nature même de la sculpture, ce qui contribue à prêter à cette œuvre sa grande compacité et sa remarquable expressivité.




lundi 22 mai 2017

ROSTAND. Pyrame et Thisbé







Pyrame et Thisbé (en grec ancien Πύραμος καὶ Θίσϐη / Púramos kaì Thísbê) sont deux amants légendaires de la mythologie grecque et romaine. Leur histoire, issue de la matière orientale, est à l'intersection du mythe et du romanesque.



Mythe
Les noms de Pyrame et Thisbé sont mentionnés pour la première fois par Hygin, qui rapporte simplement leur suicide. Mais c'est Ovide qui, dans ses Métamorphoses, donne le premier leur légende : Pyrame et Thisbé sont deux jeunes Babyloniens qui habitent des maisons contiguës et s'aiment malgré l'interdiction de leurs pères. Ils projettent de se retrouver une nuit en dehors de la ville, sous un mûrier blanc. Thisbé arrive la première, mais la vue d'une lionne à la gueule ensanglantée la fait fuir ; comme son voile lui échappe, il est déchiré par la lionne qui le souille de sang. Lorsqu'il arrive, Pyrame découvre le voile et les empreintes du fauve : croyant que Thisbé en a été victime, il se suicide. Celle-ci, revenant près du mûrier, découvre le corps sans vie de son amant et préfère se donner la mort à sa suite.






« Ô vous, parents trop malheureux ! Vous, mon père, et vous qui fûtes le sien, écoutez ma dernière prière ! Ne refusez pas un même tombeau à ceux qu'un même amour, un même trépas a voulu réunir ! Et toi, arbre fatal, qui de ton ombre couvres le corps de Pyrame, et vas bientôt couvrir le mien, conserve l'empreinte de notre sang ! Porte désormais des fruits symboles de douleur et de larmes, sanglant témoignage du double sacrifice de deux amants ! »

Ovide, (trad. G. T. Villenave).

C'est de là que viendrait la couleur rouge des mûres d'après Ovide. De fait, dans la tradition latine, le terme de Pyramea arbor (« arbre de Pyrame ») était parfois utilisé pour désigner le mûrier.


Plusieurs récits de l'Antiquité tardive (Nonnos ou le roman chrétien des Recognitiones) rapportent une version sensiblement différente de celle d'Ovide. Situant la scène en Cilicie, ils montrent Thisbé se suicidant la première lorsqu'elle se découvre enceinte (par peur de ses parents), suivie par Pyrame ; les deux amants sont ensuite métamorphosés, Pyrame en fleuve et Thisbé en source. De fait, un fleuve nommé Pyrame coule en Cilicie, cette attestation toponymique semblant montrer que cette version de la légende remonte à une tradition plus ancienne et mieux établie que celle donnée par Ovide.


Évocations artistiques





La légende de Pyrame et Thisbé a inspiré de nombreuses œuvres. La plus célèbre est sans doute Roméo et Juliette de William Shakespeare (1595), qui en reprend librement l'intrigue. Shakespeare a également utilisé ce thème dans Le Songe d'une nuit d'été, où il est joué dans une version parodique pour le mariage de Thésée, duc d'Athènes, et Hippolyte, reine des Amazones.


Au XVIIe siècle, plusieurs tragédies françaises ont été composées sur le thème des amants malheureux : ainsi de Jean Puget de La Serre, Pradon, et surtout Théophile de Viau avec Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1621), très appréciée en son temps.


En 1897, Edmond Rostand fait dire à son Cyrano de Bergerac dans la fameuse tirade du nez (acte I, scène 4) :


Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître ! »

En référence à l'extrait de la tirade de Thisbé lors de la mort de son amant dans la pièce de Théophile de Viau : « Ah voici le poignard qui du sang de son maître / S'est souillé lâchement. Il en rougit, le traître ! »


Elle inspira également des opéras :


Pyrame et Thisbé, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue de François Francœur et François Rebel sur un livret de Jean-Louis Ignace de La Serre (1662-1756) représentée pour la première fois en 1726, reprise et remaniée en 1740, 1759 et 1771.
Piramo e Tisbe de Johann Adolph Hasse, représenté en 1768.
Piramo e Tisbe de Giuseppe Francesco Bianchi.
Piramo e Tisbe de Gaetano Andreozzi.
Piramo e Tisbe de Venanzio Rauzzini.
Piramo e Tisbe de Vincenzo Righini.
Piramo y Tisbe de Luis Mison.


Et des tableaux :


Pyrame et Thisbé, huile sur bois de Hans Baldung Grien, vers 1530, Berlin, Staatliche Museen ;
Pyrame et Thisbé, huile sur toile de Nicolas Poussin, 1651, Francfort, Stadel Kunstinstitut ;
Pyrame et Thisbé, tableau d'Andrea Boscoli aux Offices de Florence ;
Pyrame et Thisbé, tableau de Gregorio Pagani, Galeria degli Uffizi, Florence.
Thisbe, tableau de John William Waterhouse, 1909, coll. privée.





Thisbe
John William Waterhouse
1909, coll. privée.
Thisbé écoute Pyrame qui lui parle à travers la faille du mur


samedi 20 mai 2017

Eluard. Comprenne qui voudra



Comprenne qui voudra




« En ce temps-là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des
filles. On allait même jusqu’à les
tondre. »


Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.



 Paul Éluard







vendredi 19 mai 2017

Mansour. Je t'ai vu...









Je t’ai vu à travers mon œil fermé
Grimpant le mur effrayant de tes rêves.
Tes pieds perdaient pied sur la mousse endormie.
Tes yeux s’accrochaient aux clous qui pendaient.
Tandis que je criais sans ouvrir la bouche

Pour ouvrir ta tête à la nuit.



Joyce Mansour

jeudi 18 mai 2017

Trenet. 18 mai 1913 - 18 mai 2017




18 mai 1913 - 18 mai 2017



Charles Trenet (né Louis-Charles-Augustin-Georges Trenet le 18 mai 1913 à Narbonne - mort le 19 février 2001 à Créteil) est un poète auteur-compositeur-interprète français.


Surnommé « le Fou chantant », il est l'auteur de près de mille chansons, dont certaines, comme La Mer, Y'a d'la joie, L'Âme des poètes, ou encore Douce France, demeurent des succès populaires intemporels, bien au-delà même de la francophonie.



Anecdote :
TRENET n'a jamais caché son homosexualité. Dans cette chanson, il précisait qu'il convenait d'entendre " Je tâte André etc..." et non "Je t'attendrai". 



Le fou chantant aurait cent cinq ans. Toute sa vie, de Narbonne à Paris, il est resté « fidèle » à « la mer » qu’on voit danser les « jolies sardanes » sous « le soleil et la lune ».

Il était difficile de « passer sans le voir », le Fou qui entonnait « Je chante »  de « Ménilmontant » à « la Cité de Carcassonne » en passant par « la gare de Perpignan », pour aller dans ce port, tout là-bas : « Barcelone » .

Tantôt « Fleur Bleue », tantôt « Juste Pour Rire », Trenet avait « l’âme d’un poète » sous son chapeau mou. Et « Vrai ! Vrai ! Vrai ! », « y’avait d’la joie » dans ses « pauvres chansons », auxquelles il laissait toujours une « chance ». Qu’il « pleuve sur nos chaumières »  ou sur « la Nationale 7 » il y a toujours un Trenet qui s’avance pour « Faire la course avec le train » et s’écrier « Boum », « Grand-maman, c’est New York ». Oui, Trenet a cultivé son « jardin extraordinaire » sur tous les continents et le voilà aujourd’hui « En tournée » dans les Nuages.
« Le dernier troubadour » pourra encore chanter « Au revoir mes amis », on continuera de l’attendre « à la porte du garage » et tant pis si le ciel est gris, « quand les beaux jours seront là », Trenet y sera…







mercredi 17 mai 2017

PREVERT. Les Belles Familles (vues par Olivier MARSAN)



Sous le charme tant de sa calligraphie que de ses talents de dessinateur, nous avons contacté Olivier MARSAN pour lui demander de nous autoriser à publier certains de ses travaux qui nous régalent. 

Olivier MARSAN :
-"J'enseigne en maternelle (école Jean Jaurès) près de Bordeaux en Moyenne Section. 

Il m'arrive parfois de douter du bien fondé de mon travail - est-ce une bonne chose de mettre des images sur des mots et de dénaturer  l'intention initiale du poète en tirant la couverture à moi ? -."

Nuageneuf :
-"Oui !" 








mardi 16 mai 2017

Aston Martin’s heritage






Watch an incredible celebration of Aston Martin’s heritage, bringing together 28 very special Aston Martins with a combined value of £65 million in a film produced to celebrate the transfer of ownership of the three super hangars at St Athan. Enjoy the glorious sights and sounds of Aston Martins from the A3 to the DBR1, the One-77, numerous Vantages, Rapide S and of course the Aston Martin Vulcan, as they spread their wings at St Athan.








lundi 15 mai 2017

Félix ARVERS. Mon âme a son secret


 
Le très célèbre sonnet d'Arvers :



Mon âme a son secret





Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.


Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.


Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.


À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
"Quelle est donc cette femme ?" et ne comprendra pas.



Félix ARVERS





Alexis-Félix Arvers a vécu de 1806 à 1850. Ce seul sonnet l’a rendu célèbre. Ce timide personnage se serait consumé pour une femme mariée bien mystérieuse que les critiques désignent en général comme Marie Mennessier, la fille de Charles Nodier (dont on peut voir le portrait par Achille Devéria ci-dessous).



Marie Mennessier-Nodier
Portrait de Marie Mennessier-Nodier, inspiratrice du sonnet qui assura la gloire de Félix Arvers. Gravure extraite de l'Illustration de 1931 (volume 1, page 439). [Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris.]
Photo Jean-Loup Charmet © Archives Larbor



Dans son Journal, Jules RENARD note :

"En littérature, il avait assez de courage pour soutenir que le sonnet d'Arvers n'est pas un chef-d'oeuvre."

Journal, 1887-1892, daté de l'année 1887, (sans autre précision)