samedi 23 février 2019

Max Jacob. Assassinat d'un poète



Portait de Max Jacob
Modigliani, 1916



« Aryens ». « Conjoints d’aryens ». « Femmes d’aryens ». « Demi-juifs ». « Quart de juifs »… Au camp de Drancy, en 1944, les personnes internées, après avoir déposé leurs biens précieux à la baraque de fouille, sont envoyées dans leur chambre par plusieurs escaliers – vingt-deux en tout –, triés selon la race. Arrêté par la Gestapo le 24 février à Saint-Benoît-sur-Loire, Max Jacob, soixante-sept ans, arrive à Drancy après avoir passé quatre jours dans la sinistre prison militaire d’Orléans. On lui attribue un lit au quatrième étage, escalier 19 ; puis, presque aussitôt, il reçoit une étiquette verte. Elle signifie qu’il sera du prochain convoi pour la Pologne. 


“Les enfants se moquent de mon étoile jaune”

« On le jeta dans une des chambres glaciales réservées aux déportables, raconte Julien J. London, et ce changement lui fut fatal ». Max Jacob est en effet malade ; il respire mal et vomit. A l’infirmerie, les médecins diagnostiquent une pneumonie. L’écrivain Yanette Delétang-Tardif, internée à ses côtés, se souvient : « Il ne parlait presque pas. Il ne demandait rien. Il ne souffrait pas. Il était si loin de nous qu’il n’avait rien à dire. Il priait ». Max Jacob meurt le 5 mars, deux jours avant le départ du convoi n°69 qui conduit 1501 personnes à Auschwitz. Ses amis, dont plusieurs ont tout tenté pour le libérer, n’apprennent sa disparition qu’après plusieurs jours. Eluard, Mauriac, Reverdy, Cocteau, Paulhan, Queneau ou Picasso se presseront le 21 mars à l’église Saint-Roch de Paris, pour une messe à sa mémoire.
Lectrice passionnée de Max Jacob à qui elle a consacré deux récits (Les Pantoufles de Max Jacob en 2001 et Max Jacob et Mademoiselle Infrarouge en 2012), Lina Lachgar a recueilli dans Arrestation et mort de Max Jacob de nombreux témoignages et récits sur les dernières semaines du poète. Elle les restitue tels quels, sans commentaires ni « littérature », sauf une courte introduction pour rappeler l’admiration qu’elle lui voue et la place qu’il occupe dans la littérature moderne. Entre le 4 janvier 1944, date de l’arrestation de la sœur cadette de Max Jacob, et le printemps 1949, date du transfert de la dépouille de ce dernier à Saint-Benoît, elle reprend ainsi tous les événements, note les menus détails, confronte les récits ; elle corrige au passage certaines légendes infondées, en particulier sur Cocteau, accusé parfois de n’avoir pas assez fait.
La polémique à ce sujet avait rebondi en 2011, lors de la diffusion sur Arte du téléfilm de Gabriel Aghion, Monsieur Max, d’après un scénario de Dan Franck fort hostile à Cocteau. « N’en déplaise à certains, note Lina Lachgar, ce fut bien ce dernier qui “mobilisa les énergies”pour sauver Max Jacob », notamment à travers sa lettre au diplomate allemand von Bose pour qu’il intercède en faveur du poète. Précis, sobre, riche en photographies et documents (fiche d’identité, constat de décès, jusqu’à l’étoile jaune que portait Max Jacob en 1942), ce poignant petit livre-dossier, paru en 2004 pour le soixantième anniversaire de la mort du poète, est aujourd’hui réédité. Bien des éléments qu’il rapporte vaudraient d’être cités. Contentons-nous d’une phrase, l’une des dernières du poète, presque mort déjà : « Je suis avec Dieu ».


Arrestation et mort de Max Jacob de Lina Lachgar 
(La Différence, 142 p., 15€)





jeudi 21 février 2019

RACINE. Britannicus (extrait) ...dans le simple appareil d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil



...dans le simple appareil
d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil...




René MAGRITTE
La magie noire – 1935 –

"Les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont
pas des illustrations des titres."  René MAGRITTE 


*


Narcisse.
Grâces aux dieux, seigneur, Junie entre vos mains
vous assure aujourd'hui du reste des Romains.
Vos ennemis, déchus d'une vaine espérance,
sont allés chez Pallas pleurer leur impuissance.
Mais que vois-je? Vous-même, inquiet, étonné,
plus que Britannicus paraissez consterné.
Que présage à mes yeux cette tristesse obscure
et ces sombres regards errants à l'aventure ?
Tout vous rit: la fortune obéit à vos vœux.

Néron.
Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux.

Narcisse.
Vous ?

Néron.
Depuis un moment, mais pour toute ma vie.
J'aime, que dis-je aimer ? J'idolâtre Junie.

Narcisse.
Vous l'aimez ?

Néron.
Excité d'un désir curieux,
cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
qui brillaient au travers des flambeaux et des armes:
belle, sans ornements, dans le simple appareil
d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.
Que veux-tu? Je ne sais si cette négligence,
les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs
relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
j'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue:
immobile, saisi d'un long étonnement,
je l'ai laissé passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que solitaire,
de son image en vain j'ai voulu me distraire:
trop présente à mes yeux, je croyais lui parler;
j'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce;
j'employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour.
Mais je m'en fais peut-être une trop belle image;
elle m'est apparue avec trop d'avantage:
Narcisse, qu'en dis-tu ?

Narcisse.
Quoi, seigneur ? Croira-t-on
qu'elle ait pu si longtemps se cacher à Néron ?

Néron.
Tu le sais bien, Narcisse; et soit que sa colère
m'imputât le malheur qui lui ravit son frère;
soit que son cœur, jaloux d'une austère fierté,
enviât à nos yeux sa naissante beauté;
fidèle à sa douleur, et dans l'ombre enfermée,
elle se dérobait même à sa renommée.
Et c'est cette vertu, si nouvelle à la cour,
dont la persévérance irrite mon amour.
Quoi, Narcisse ? Tandis qu'il n'est point de Romaine
que mon amour n'honore et ne rende plus vaine,
qui dès qu'à ses regards elle ose se fier,
sur le cœur de César ne les vienne essayer:
seule dans son palais la modeste Junie
regarde leurs honneurs comme une ignominie,
fuit, et ne daigne pas peut-être s'informer
si César est aimable, ou bien s'il sait aimer ?
Dis-moi: Britannicus l'aime-t-il ?

BRITANNICUS     
 ACTE II , SCENE II .




La première représentation de Britannicus est donnée en l’hôtel de Bourgogne en 1669. Pièce en cinq actes de Jean Racine, cette tragédie est aujourd’hui la seconde pièce la plus donnée à la Comédie Française, après Cyrano de Bergerac.





René MAGRITTE

Donna – 1923 –

mardi 19 février 2019

Alain Duault. Une hache pour la mer gelée





Une hache pour la mer gelée




 Que ça casse crisse gerbe éclabousse déchire agace tranche
La gelée d'eau la lame de fer le jeu le chignon des orages
Voilà dès ce soir je reprends l'amère question qui déchire
La lune est là j'enrage noir j'ai l'âme arrachée j'interroge
La mer j'interroge le vent les hanches de la pluie l'horizon
Pourquoi pas au point où nous en sommes l'or sur l'épaule
Pourquoi passer par-dessus les oiseaux ou dans le sommeil
Je veux voir l'enfer des couleurs je veux en cendres l'autre
Qui dort parmi les roses ou les crachats qui coulent je veux
Entendre l'envers de l'eau qui enfle sous les seins saoulés
Quand la mort remonte l'escalier des veines il est temps de
Ce jeu amer au bout de la nuit intelligible quand les femmes
Se dénouent qu'elles avouent leurs cheveux lourds comme
Cette question avec laquelle on enlève leurs robes chaudes
Pour tenter de comprendre l'effarant intérieur des ombres 

Alain Duault







dimanche 17 février 2019

Bravo les "Gilets jaunes" —3—








Hier après-midi 16 février, Alain Finkielkraut a été la cible de violentes insultes, dont certaines étaient antisémites. "Sale juif de merde !", "dégage!", hurlent des manifestants. "Espèce de raciste, t'es un haineux, tu vas mourir, tu vas aller en enfer, espèce de sioniste" ,"Nique ta mère", lance un autre, tandis que des personnes crient "Palestine !", "La France, elle est à NOUS, t'es un Naineux, grosse merde !"


©Yahoo.FR



Le dimanche etc.







































                                                      




          






 






© Carolina Herrera – Automne 2019


"La mode en quête de spiritualité"  (sic)








 
                                                    






Quelques manifestantes...


    
pas encore décidée                      pas encore décidée                  

  bien décidée    
bien décidée                                                                                         bien décidée


bien décidée         ...                          bien décidée          ...            bien décidée


presque décidée        ....                   très décidée             ...                          bien décidée 

           très très décidées





©Chanel — été 2019




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Audrey