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vendredi 15 janvier 2021

ANNA DE NOAILLES. Il n'est pas un instant







...




Il n'est pas un instant




[ou L'emmêlement de nos genoux...]


Il n'est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d'un lit,
Je n'évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l'oubli. [...]

Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute
S'apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l'immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu'il serait juste, propice et tendre
D'expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son coeur content.

Ainsi l'on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j'eus si peur d'aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t'appeler.

Et je me réjouirais d'être un repas funèbre
Et d'héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,
L'emmêlement de nos genoux...



Dessin de Cocteau à sa mie










Anna de Brancovan, comtesse de Noailles









Note : 

Adorée de tous, mais moins qu’elle ne s’adorait elle-même, la comtesse Anna de Noailles connut de son vivant une grande célébrité.

La postérité lui fut moins favorable. Elle aurait pu devenir une icône incontournable du féminisme, des droits de l’homme, ou de l’intégration (elle était mi-Grecque, mi-Roumaine). D’autres qu’elles aujourd’hui occupent ces places. Certes, quelques rues, quelques collèges portent son nom, mais on aurait pu s’attendre à mieux. D’où vient cette relative désaffection ?
Cela ne résulte sans doute pas d’un réflexe de rejet de la haute aristocratie. Grande dame, certes, née princesse, la comtesse de Noailles fut surtout une figure de ce qu’on appelle de nos jours la « gauche caviar ». En 1924, on la surnomma même « l’égérie du Cartel ». Et elle eut des admirateurs dans tous les milieux et exerçait, dit-on, un rare pouvoir de fascination sur ses interlocuteurs.

Il n’y a sans doute pas d’autre explication que l’effacement du genre poétique dans nos sociétés, dont elle n’est pas, tant s’en faut, la seule victime. Elle a aussi écrit des romans ; mais sa renommée vient avant tout de la poésie, genre désormais qui semble tomber dans l’oubli... 



L'emmêlement 
de nos genoux...
avant,
pendant
ou après



























































samedi 22 août 2020

Anna de Noeilles. La vie profonde








La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage, 
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage, 
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs, 
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise... 



Anna de Noailles

In Le Coeur innombrable


mardi 20 février 2018

Anna de Noailles. La beauté du printemps




La beauté du printemps


Ainsi, quand j'aurai dit combien je vous adore,
Combien je vous désire et combien je t'attends,
Ivresse de l'année, ineffable Printemps,
Tu seras plus limpide et plus luisant encore
Que mon rêve volant, éclatant et chantant!

Les délicats sureaux et la pervenche blanche
Me surprendront ainsi que des yeux inconnus,
Les lilas me seront plus vivants et plus nus,
Le rosier plus empli du parfum qu'il épanche,
Et le gazon plus droit, plus lisse et plus ténu;

La juvénile odeur, aiguë, acide, frêle,
Des feuillages naissants, tout en vert taffetas,
Sera plus évidente à mon vif odorat
Que n'est aux dents le goût de la fraise nouvelle,
Que n'est le poids charmant des bouquets dans les bras.


Anna de Noailles
in Les Eblouissements





"...Que n'est le poids charmant des bouquets dans les bras."




Fernand LEGER
Les deux femmes au bouquet, 1921


Au sortir de la Première Guerre mondiale, Fernand Léger, profondément marqué par l'expérience du conflit, abandonne sa manière abstraite et opère un retour à la figure. A la fin des années 1920, alors que s'achève sa période mécanique, Léger peint une série de paysages animés et de nombreuses figures féminines.

Deux femmes sont ici représentées debout, dans un intérieur, un bouquet à la main. Vues respectivement de face et de profil, elles sont peintes en grisaille : seul le traitement coloré de leur bras respectivement rose et orange les différencie. Chaque élément de leur corps est traité comme une forme pure : ainsi la sphère du visage, la chevelure ondulée, le cône que forme le cou ou encore les bras cylindriques. Leur chromatisme et leur modelé contrastent avec le traitement géométrique de leur environnement qui laisse toutefois reconnaître un cactus dans son pot, une lampe à abat-jour et le pied torsadé d'un guéridon. L'absence d'expression des visages renforce l'impersonnalité de ces deux figures. La massivité de leur corps renforce le statisme de la composition d'où tout dynamisme est exclu. Avec les œuvres de cette série, Léger inaugure un nouveau style figuratif qui s'inscrit dans la tradition classique de la peinture française.

Toile exposée au Musée des Beaux Arts de LYON 



dimanche 24 décembre 2017

ANNA DE NOAILLES. L'emmêlement de nos genoux...









L'emmêlement de nos genoux...


Il n'est pas un instant où près de toi couchée
Dans la tombe ouverte d'un lit,
Je n'évoque le jour où ton âme arrachée
Livrera ton corps à l'oubli. [...]

Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute
S'apaiser le feu du combat,
Et que ton sang reprend paisiblement sa route,
Et que tu respires plus bas,

Quand, lassés de l'immense et mouvante folie
Qui rend les esprits dévorants,
Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie
Le veilleur las et le mourant,

Je songe qu'il serait juste, propice et tendre
D'expirer dans ce calme instant
Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre
Que la paix de son coeur content.

Ainsi l'on nous mettrait ensemble dans la terre,
Où, seule, j'eus si peur d'aller ;
La tombe me serait un moins sombre mystère
Que vivre seule et t'appeler.

Et je me réjouirais d'être un repas funèbre
Et d'héberger la mort qui se nourrit de nous,
Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,
L'emmêlement de nos genoux...



Anna de Brancovan, comtesse de Noailles









Note : 

Adorée de tous, mais moins qu’elle ne s’adorait elle-même, la comtesse Anna de Noailles connut de son vivant une grande célébrité.

La postérité lui fut moins favorable. Elle aurait pu devenir une icône incontournable du féminisme, des droits de l’homme, ou de l’intégration (elle était mi-Grecque, mi-Roumaine). D’autres qu’elles aujourd’hui occupent ces places. Certes, quelques rues, quelques collèges portent son nom, mais on aurait pu s’attendre à mieux. D’où vient cette relative désaffection ?
Cela ne résulte sans doute pas d’un réflexe de rejet de la haute aristocratie. Grande dame, certes, née princesse, la comtesse de Noailles fut surtout une figure de ce qu’on appelle de nos jours la « gauche caviar ». En 1924, on la surnomma même « l’égérie du Cartel ». Et elle eut des admirateurs dans tous les milieux et exerçait, dit-on, un rare pouvoir de fascination sur ses interlocuteurs.

Il n’y a sans doute pas d’autre explication que l’effacement du genre poétique dans nos sociétés, dont elle n’est pas, tant s’en faut, la seule victime. Elle a aussi écrit des romans ; mais sa renommée vient avant tout de la poésie, genre désormais qui semble tomber dans l’oubli... - Mais en tous cas, pas ici !



L'emmêlement 
de nos genoux...
avant,
pendant
ou après
























































et pour finir les  G.A.M.B




G.



A.

M.




B.