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mardi 22 septembre 2020

Ronsard. Quand vous serez bien vieille







Quand vous serez bien vieille 



Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom, de louange immortelle.

Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.


Pierre de Ronsard

in Sonnets pour Hélène 
1578



.

..Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain...




Note sur La Célestine :


Cette œuvre appartient à ce qu’on a appelé la période bleue de l’artiste, il s’agit de La Célestine, Huile sur toile, 74,5 x 58,5 cm, réalisée en mars 1904 par Pablo Picasso.
Le très célèbre Picasso, qui a révolutionné l’art moderne au gré de ses styles, connu notamment avec son ami Braque pour l’innovation du cubisme, ce novateur donc, cet acharné de la peinture, produit au début de sa carrière, à Barcelone, puis à ses débuts à Paris, une peinture qui s’attache à des personnages étranges sur fond bleu, expression de la désolation spirituelle, provoquée par le suicide de son ami Carlos Casagena. 1904 sera l’année où Picasso viendra s’installer à la butte Montmartre, dans l’atelier du 13 rue Ravignan, qui sera nommé le Bateau-Lavoir.
1904 c’est aussi l’année charnière de l’abandon du bleu pour le rose. Picasso s’entoure de nouveaux amis et collaborateurs, renoue avec Max Jacob qu’il avait connu chez Vollard, se lie avec André Salmon et à l’automne, rencontre Fernande Olivier qui sera sa compagne pendant sept ans.
C’est en 1905 qu’il fera la connaissance d’Apollinaire, le célèbre poète et critique d’art qui deviendra son ami et grand admirateur et défenseur.



...Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain...



vendredi 11 octobre 2019

Ronsard. Comme on voit sur la branche






Comme on voit sur la branche est un extrait du recueil Sur la mort de Marie publié en 1578 par Pierre de Ronsard. Contemporain de Du Bellay, ils suivirent les mêmes études, et fondèrent ensemble un groupe de 7 poètes auto-proclamé La Pléiade. Des copains, en somme ! Quoique. Mais c'est une autre histoire, trop longue à narrer ici. Au moins avaient-ils tous en commun le désir d’enrichir la langue française.
      
Ce sonnet est un poème officiel écrit sur demande (et commande) du roi Henri III, c'est-à-dire de circonstance : ne venait-il pas de perdre sa maîtresse Marie de Clèves, morte à l'âge de 21 ans en 1574 ...





Comme on voit sur la branche 
  

Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.


Sur la mort de Marie



Pierre de Ronsard
In Amours





Note sur les poètes du groupe de la Pléiade :
Outre Ronsard, la Pléiade regroupe Joachim du Bellay, Jacques Pelletier du Mans, Rémy Belleau, Antoine de Baïf, Pontus de Tyard et Étienne Jodelle. À la mort de Jacques Pelletier du Mans, Jean Dorat prendra sa place au sein de la Pléiade. Et c'est en 1556 que Ronsard prit, pour désigner ce groupe, le mot « Pléiade » entériné par la postérité.

vendredi 22 mars 2019

Ronsard. Amourette









Amourette


Or que l'hiver roidit la glace épaisse,
Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
Non accroupis près le foyer cendreux,
Mais aux plaisirs des combats amoureux.

Asseyons-nous sur cette molle couche.
Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
Pressez mon col de vos bras dépliés,
Et maintenant votre mère oubliez.

Que de la dent votre tétin je morde,
Que vos cheveux fil à fil je détorde.
Il ne faut point, en si folâtres jeux,
Comme au dimanche arranger ses cheveux.

Approchez donc, tournez-moi votre joue.
Vous rougissez ? il faut que je me joue.
Vous souriez : avez-vous point ouï
Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?

Je vous disais que la main j'allais mettre
Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
À vos regards que vous le voulez bien.

Je vous connais en voyant votre mine.
Je jure Amour que vous êtes si fine,
Que pour mourir, de bouche ne diriez
Qu'on vous baisât, bien que le désiriez ;
Car toute fille, encore qu'elle ait envie
Du jeu d'aimer, désire être ravie.
Témoin en est Hélène, qui suivit
D'un franc vouloir Pâris, qui la ravit.

Je veux user d'une douce main forte.
Ah ! vous tombez, vous faites déjà la morte.
Ah ! quel plaisir dans le coeur je reçois !
Sans vous baiser, vous moqueriez de moi
En votre lit, quand vous seriez seulette.
Or sus ! c'est fait, ma gentille brunette.
Recommençons afin que nos beaux ans
Soient réchauffés de combats si plaisants.

Pierre de Ronsard
In Les Amours de Marie
1555




Vitrine à ressaut en placage d'amarante, bois d' amourette et bois indigènes 


Pour une amourette
Paroles et musique de Leny Escudero
Gala de l'UNICEF, 14 octobre 1967


lundi 4 septembre 2017

Ronsard. Maîtresse, embrasse-moi





C'est la rentrée !... (1)

*    *    * 

Maîtresse, embrasse-moi...

  
Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaie, en me baisant, à lèvres demi closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.

Pierre de Ronsard 
Sonnet pour Hélène,
1578 




Henri de Toulouse Lautrec,
Le baiser,
 1892


Henri-Marie de Toulouse-Lautrec
naît à Albi en 1864, dans une famille aristocratique. Très jeune il se montre fort doué pour le dessin, auquel il s'adonne intensément.

Dès 1882, il travaille à Paris, se lie avec Van Gogh, ouvre son propre atelier à Montmartre où il fréquente les cafés-concerts, les bals et les théâtres. A la peinture, il préfère souvent le dessin dont le trait nerveux et elliptique lui permet de saisir le geste ou l'expression caractéristique. Mais « l’âme de Montmartre » et l'excès... de tous les excès finissent par le détruire.
En 1899, il est interné à Neuilly, rentre à Paris en 1901 où il meurt au mois de septembre.
Il laisse 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies et environ 5000 dessins ! (source : Catalogue raisonné, 1971)