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jeudi 11 juin 2020

Claude Roy. L’enfant qui a la tête en l'air





L’enfant qui a la tête en l'air




L'enfant qui a la tête en l'air

Si on se détourne, il s'envole.

Il faudrait une main de fer

pour le retenir à l'école.


L'enfant qui a la tête en l'air

ne le quittez jamais des yeux:

car dès qu'il n'a plus rien à faire

il caracole dans les cieux.


Il donne beaucoup de soucis

à ses parents et à ses maîtres:

on le croit là, il est ici,

n'apparaît que pour disparaître.


Comme on a des presse-papiers

il nous faudrait un presse-enfant

pour retenir par les deux pieds

l'enfant si léger que volant.




Claude Roy






Illustration : Jean-Michel Folon

Jean-Michel Folon est un artiste bruxellois (1934-2005). Il a travaillé sur de nombreux matériaux et créé sous diverses formes : tapisserie, peintures, timbres-poste (en 1982, la poste française édite deux timbres illustrés par l'artiste), décors de théâtre, etc...

Il créa, en collaboration avec le compositeur Michel Colombier, le générique d'ouverture et fermeture de la chaîne de télévision Antenne 2, diffusé entre 1975 et 1984, où ses bonshommes (L'homme au chapeau est une ligne maîtresse dans son oeuvre) en imperméables s'envolent autour d'un soleil sur une très mélancolique cantilène pour hautbois et orchestre. C'est probablement son œuvre pour la télévision la plus connue.





dimanche 24 mai 2020

Claude ROY. L’enfant qui battait la campagne






L’enfant qui battait la campagne


Vous me copierez deux cents fois le verbe :
Je n’écoute pas. Je bats la campagne.

Je bats la campagne, tu bats la campagne,
Il bat la campagne à coups de bâton.

La campagne ? Pourquoi la battre ?
Elle ne m’a jamais rien fait.

C’est ma seule amie, la campagne.
Je baye aux corneilles, je cours la campagne.

Il ne faut jamais battre la campagne :
On pourrait casser un nid et ses oeufs.

On pourrait briser un iris, une herbe,
On pourrait fêler le cristal de l’eau.

Je n’écouterai pas la leçon.
Je ne battrai pas la campagne.



Claude Roy




________________Claude Roy est un poète, journaliste et écrivain français, né en 1915 et mort en 1997.

Note 1 : Battre la campagne est une expression qui signifie : déraisonner, divaguer, délirer. Dans un deuxième sens, en termes de chasse : parcourir le terrain de chasse dans tous les sens pour faire lever le gibier. Et plus généralement : parcourir de grandes étendues à la recherche de quelque chose ou quelqu'un.


Note 2 : La campagne est cet endroit où on trouve des grands prés, des champs cultivés, des fleurs, des fougères, des lapins de garenne, des arbres, des buissons, des paysans, des vaches et leurs bouses, des oiseaux autres que des pigeons et plein de ces merveilleuses autres choses qui, actuellement encore, constituent la nature.

Note 3 : L’aphorisme « Les villes devraient être construites à la campagne, l’air y est plus pur » n’est ni d’Alphonse Allais, ni d’Henry Monnier, à qui on l’attribue comme étant extrait de sa pièce Grandeur et décadence de M. Joseph Prudhomme (qui date de 1852), sans qu’une double lecture de cette pièce n’ait permis de le vérifier. L’idée en revient, en réalité, à Jean Louis Auguste Commerson, qui publia en 1851 les Pensées d’un emballeur, où l’on trouve : « Si l’on construisait actuellement des villes, on les bâtirait à la campagne, l’air y serait plus sain. » Il faut donc rendre à César ce qui lui appartient, même si une formulation plus heureuse a permis à Henry Monnier et Alphonse Allais de faire oublier le véritable inventeur de l’« idée » des villes à la campagne.

Note 4 : Claude Roy dit « Lorsqu'on a perdu toutes ses illusions, il reste encore à perdre l'illusion suprême qui est de se croire sans illusions. », un peu comme Bernanos fait dire dans Dialogue de carmélites par la Mère supérieure à Blanche de la Force – nous citons approximativement et de mémoire ( !) – « l’important, ma fille, n’est pas d’être détachée mais d’être détachée de son propre détachement. »

Note 5 : "Je baye aux corneilles" est une bien jolie expression un tantinet vieillotte qui retiendra l'attention de chacun ; elle signifie regarder bêtement en l'air. Quant aux corneilles, il s'agissait d'objets insignifiants, sans importance. Ici, l'enfant qui baye aux corneilles est donc bouche ouverte et regarde en l'air. Ne pas confondre donc avec bâiller. 


Note 6 :  "On pourrait fêler le cristal de l’eau" 
: quelle belle, délicate et fragile image !




samedi 2 mars 2019

Claude Roy. L’enfant qui a la tête en l'air






L’enfant qui a la tête en l'air




L'enfant qui a la tête en l'air si on se détourne, il s'envole. Il faudrait une main de fer pour le retenir à l'école.  L'enfant qui a la tête en l'air ne le quittez jamais des yeux: car dès qu'il n'a plus rien à faire il caracole dans les cieux.  Il donne beaucoup de soucis à ses parents et à ses maîtres: on le croit là, il est ici, n'apparaît que pour disparaître.  Comme on a des presse-papiers il nous faudrait un presse-enfant pour retenir par les deux pieds l'enfant si léger que volant.



Claude Roy





 ©Jean-Michel Folon

Jean-Michel Folon est un artiste bruxellois (1934-2005). Il a travaillé sur de nombreux matériaux et créé sous diverses formes : tapisserie, peintures, timbres-poste (en 1982, la poste française édite deux timbres illustrés par l'artiste), décors de théâtre, etc...

Il créa, en collaboration avec le compositeur Michel Colombier, le générique d'ouverture et fermeture de la chaîne de télévision Antenne 2, diffusé entre 1975 et 1984, où ses bonshommes (L'homme au chapeau est une ligne maîtresse dans son oeuvre) en imperméables s'envolent autour d'un soleil sur une très mélancolique cantilène pour hautbois et orchestre. C'est probablement son œuvre pour la télévision la plus connue.




mardi 22 janvier 2019

Claude ROY. Deux poèmes





Claude ROY est né à Paris, le 28 août 1915. Il est d’ascendance charentaise et espagnole. Il fait des études de droit et exerce en même temps des petits métiers, "gagne-pain incertains".

Claude ROY est poète mais son style ne peut pas être cantonné à la poésie car il aime utiliser des moyens d’expression très variés ; il choisit la multiplicité pour mieux transmettre son message. Poèmes ou prose, de ses mots, naissent des images, des émotions.
Chez Claude ROY, deux facettes, l’homme sérieux, le penseur philosophe et le poète rêveur qui veut rire de tout, jouer avec les mots.

Il meurt en décembre 1997, à 82 ans.

Extrait de la biographie écrite par Catherine Réault-Crosnier




Une patte à tâtons



Le petit chat nommé Chaton

Mettait sa patte-z-à-tâtons

Dans le tricot de Madelon,


Dans la soupe de potiron,   

Dans la barbe d’oncle Léon,

Dans le pot de lait de Suzon,

Madelon, Suzon et Léon,

Et la soupe de potiron

Disaient au chat nommé Chaton :



« Si tu mets ta patte à tâtons

Dans la soupe de Madelon,

Dans la barbe d’oncle Léon,

Méfie-toi, chat nommé Chaton,

On te donnera du bâton. »



Chaton n’entendait pas raison,

Il mit la patte-z-à-tâtons

Dans la braise et dans les brandons.



Voilà pourquoi le chat Chaton

Porte une poupée de chiffon

Qu’à sa patte noua Madelon.



Claude Roy

*

Le hibou et l’hirondelle



Moi, dit le hibou

A l’hirondelle,

J’ai un beau jabot,

Des gants élégants

Je suis un monsieur

Tout à fait sérieux.

Je suis important



Moi, dit l’hirondelle

Qui file à tire d’aile

Moi, dit l’hirondelle

Je vole et je vais

Je suis bien contente

Et c’est beaucoup mieux.



Claude Roy

*
Tout autre chose maintenant; à l'annonce du cancer qui veut le réduire, en 1982, il écrit dans son Journal intime:

« A mon tour maintenant. Le peuple élu du cancer. C’est banal. J’y suis arrivé, comme tant d’autres. Je me demande comment je vais prendre ça. Je suis comme celui perdu dans une foule qu’un flic interpelle et qui se demande si c’est vraiment à lui qu’on en veut.
- Hep, vous, là-bas !
- Moi ?
- Oui. Vous.

Pas d’erreur. C’est bien de moi qu’il s’agit. Inutile de prendre l’air ahuri. Je m’aperçois que j’ai toujours vécu avec un oeil en coin sur la mort, comme on garde en réserve un sujet qu’on se propose de traiter sérieusement et à fond, un jour, plus tard. Mais on a bien le temps. »

lundi 20 novembre 2017

ROY. C'est toi






C'est toi



Dans les intervalles de silence du vent
les paroles pressées de l'eau qui dévale
sa fraîcheur le long du sentier de montagne

c'est toi           fraîcheur pensive de ma vie


L'été brûlant Le soleil feu perpendiculaire à l'herbe
À bouche fermée le bourdonnement grégorien des abeilles
célébrant l'office quotidien du miel

c'est toi           basse continue de ma durée


Le cri d'une hirondelle cri que j'attrape au vol
(l'oiseau est déjà loin) rire plutôt qu'un cri
léger bonheur qui ricoche sur l'eau des rires de l'été

c'est toi           douceur du sourire au creux des chagrins


Le silence soudain La nuit Déjà la neige
Le silence à pas de chat se pose sur le silence
et quand nous ouvrirons les volets le blanc sera très blanc

c'est toi           qui ne dis rien et me parles sans mots


Et je te réponds Oui





CLAUDE ROY         

in A la lisière du temps


mercredi 6 septembre 2017

ROY. L'enfant qui a la tête en l'air



C'est la rentrée !... (3)






L'enfant qui a la tête en l'air




L'enfant qui a la tête en l'air

Si on se détourne, il s'envole.

Il faudrait une main de fer

Pour le retenir à l'école.



L'enfant qui a la tête en l'air

Ne le quittez jamais des yeux:

Car dès qu'il n'a plus rien à faire

Il caracole dans les cieux.



Il donne beaucoup de soucis

A ses parents et à ses maîtres:

On le croit là, il est ici,

N'apparaît que pour disparaître.



Comme on a des presse-papiers

Il nous faudrait un presse-enfant

Pour retenir par les deux pieds

L'enfant si léger que volant.



Claude Roy


... Comme on a des presse-papiers

Il nous faudrait un presse-enfant ...




Toutefois, nul besoin de presse-enfant pour les retenir... 
simplement une expo Soulages, comme ici au musée Fabre de Montpellier.


vendredi 1 juillet 2016

Claude ROY. La chanson de Marie n’importe





La chanson de Marie n’importe


Son rire de débarcadère
et ses éclats de corail
font partout naître dans l’air
des feux-follets feux de paille,
et ses cheveux de gaieté
ont l’odeur de soupirail
du  bon pain chaud de l’été.
On l’appelle Marie n’importe,
n’importe quoi, n’importe quand,
Marie qui ferme pas les portes,
Marie qui a toujours le temps.
On l’appelle Marie n’importe,
n’importe quoi et n’importe où,
et qu’importe qui entre et sorte ;
Marie rit toujours à feu doux,
Marie n’importe,
n’importe quoi
et n’importe où,
Marie yeux doux.
Le coeur sur la main du jour,
elle donne sa langue au chat,
elle donne raison à l’amour,
au caprice à l’entrechat
et ses yeux de belvédère
zébrés d’éclairs de chaleurs
rient au moindre souffle d’air.


On l’appelle Marie n’importe,
n’importe quoi, n’importe quoi,
Marie gaie de toutes les sortes,
Marie la cascade à coeur joie.
On l’appelle Marie n’importe,
Marie qui dit n’importe quoi,
la Marie à tu et à toi
Marie n’importe
n’importe quoi
et n’importe où
Marie yeux doux.


Celui qu’élira Marie
il aura bien de la chance
d’être mari de Marie.
An lit de sa préférence
où Marie rira sa vie
ah, si tu voulais m’élire,
Marie, je serai ravi !
Car toi seule, Marie m’importe,
m’importe tant, m’apporte tout,
toi qu’on nomme Marie n’importe,
n’importe quoi et n’importe où.
Car toi seule, Marie, m’emportes
et me fait aller n’importe où.
Ouvre-moi, ouvre-moi ta porte
et ferme sur moi tes yeux doux
Marie n’importe
emporte-moi
que je t’emporte
et puis c’est tout.



Claude ROY



Claude ROY, 1915-1997