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samedi 16 octobre 2021
Mallarmé
dimanche 30 mai 2021
Mallarmé. Apparition
Apparition
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
– C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
Stéphane Mallarmé
Apparition,
ln Poésies
mercredi 21 avril 2021
Mallarmé
Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que le blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
Stéphane Mallarmé
In Poésies
lundi 18 janvier 2021
Mallarmé. Apparition
Apparition
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dimanche 1 septembre 2019
MALLARME. Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres
Portrait de Stéphane Mallarmé, 1891 (détail)
Par Paul Gauguin
1848-1903
Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
J.-B. Corot, Femme lisant
Picasso, Deux femmes lisant, 1934
Edward Hopper, Chambre d'hôtel, 1931
Théodore Roussel, The reading girl, Jeune fille lisant, 1886-7
Tamara de Lempica, Kizette,1926
Fernand Léger, Femme et chat, 1921
Léonor Fini, L'élève, 1990
* * *
jeudi 23 novembre 2017
Poe. The raven

Le Corbeau (titre original : The Raven) est un poème narratif de l'écrivain américain Edgar Allan Poe, qui compte parmi les textes les plus forts de ce poète, établissant sa réputation dans son pays et en Angleterre. Il paraît pour la première fois le dans le New York Evening Mirror. D’une grande musicalité et à l'atmosphère irréelle, obéissant à une métrique stricte, le poème raconte l'histoire d'une mystérieuse visite que reçoit le narrateur, qui se lamente sur la mort de son amour, Lenore. Un corbeau perché en haut de sa porte répète inlassablement « Jamais plus ».
Le poème d'E.A.POE
Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary, Over many a quaint and curious volume of forgotten lore—
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
“’Tis some visitor,” I muttered, “tapping at my chamber door—
Only this and nothing more.”
Ah, dist inct ly I remember it was in the bleak December,
And each separate dying ember wrought its ghost upon the fl oor.
Eagerly I wished the morrow ;—vainly I had sought to borrow
From my books surcease of sorrow—sorrow for the lost Lenore—
For the rare and radiant maiden whom the angels name Lenore—
Nameless here for evermore.
La traduction de Ch.BAUDELAIRE
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux
et curieux volume d’une doct rine oubliée, pendant
que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain
il se fit un tapotement, comme de quelqu’un
frappant doucement, frappant à la porte de ma
chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je,
— qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est
que cela, et rien de plus. »
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le
glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour
le plancher du refl et de son agonie. Ardemment je
désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer
de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse
pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante
fille que les anges nomment Lénore, — et
qu’ici on ne nommera jamais plus.
Et celle de S. MALLARME
Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint
curieux et bizarre volume de savoir oublié — tandis
que je dodelinais la tête, somnolant presque : soudain
se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant
doucement, frappant à la porte de ma chambre
— cela seul et rien de plus.
Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le
glacial décembre : et chaque tison, mourant isolé,
ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je
souhaitais le jour — vainement j’avais cherché
d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au
chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante
jeune fille que les anges nomment Lénore :
— de nom pour elle ici, non, jamais plus
vendredi 30 décembre 2016
Magritte. La page blanche
René Magritte. La page blanche, 1967
Une des dernières toiles de Magritte dont le titre est, une fois encore, tout un symbole.
Note : Certains y voient un hommage à Stéphane Mallarmé avec lequel il avait entretenu des liens intellectuels étroits. Il s’agit en fait de la dernière oeuvre achevée de René Magritte, avant sa mort le 15 août 1967. Un hommage à Mallarmé, qui méditait sur l'impossibilité de l'écriture à conserver la blancheur de la page, cette lune surgissant dans une situation impossible: devant les feuilles plutôt qu'au-dessus ou derrière elles.
« Moi aussi j’aime voir des feuilles qui cachent la lune. Mais si on en voyait derrière la lune, ce serait inouï, la vie aurait enfin un sens ! » René Magritte
Provenance du tableau original: Musée Magritte - Musées Royaux des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles
















