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vendredi 2 juillet 2021

Verlaine. Soleils couchants

 




Soleils Couchants

 

Une aube affaiblie

Verse par les champs

La mélancolie

Des soleils couchants.

La mélancolie

Berce de doux chants

Mon cœur qui s’oublie

Aux soleils couchants.

Et d’étranges rêves,

Comme des soleils

Couchants sur les grèves,

Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,

Défilent, pareils

À des grands soleils

Couchants sur les grèves.

 

Paul Verlaine 

In Poèmes saturniens

 -1866 -

 

 

4.JPG

...La mélancolie

   Des soleils couchants...

 






dimanche 6 juin 2021

6 juin 1944




Rappel à l'attention des plus jeunes

*


77e anniversaire du débarquement du 6 juin 1944

*

2021


1944
En juin 1944, les armées alliées débarquent en Normandie. La gigantesque armada composée de 4266 péniches, 2973 navires de guerre et d'un million d'hommes partis de Grande Bretagne déferlèrent sur les plages à l'aube du 6 Juin 1944.

Chanson d'automne
Les sanglots longs
Des violons
                  De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
                  Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
                  Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
                  Et je pleure,

Et je m'en vais
Au vent mauvais
                  Qui m'emporte

Deçà, delà
Pareil à la
                  Feuille morte.


Paul VERLAINE 
Poèmes saturniens, 1866



____________________________
Note : Les premiers vers de ce poème annoncent sur la BBC  l’approche du débarquement : le premier le 4 juin, le second le 5 juin.

Le poème est rythmé en 4/4/3 : Les san-glots longs (4) des vi-o-lons (4) de l'au-tomne (3) et ainsi de suite, lui donnant une résonance musicale. Les mots sont simples, sans artifices comme ceux d'une chanson populaire. Charles Trenet a mis ce poème en musique mais en le modifiant légèrement comme suit (modifications en rouge) :
Les sanglots longs des violons de l'automne
Bercent mon coeur d'une langueur monotone.
Tout chancelant et blême quand sonne l'heure
Je me souviens des jours anciens et je pleure
Et je m'en vais au vent mauvais [qui m'emporte]
De ci , de là, pareil à [une feuille morte.]





Pour la petite histoire, c'est le vers modifié par Trenet, qui a été lu à la BBC le 5 juin :
Bercent mon coeur d'une langueur monotone. (Et non "blessent", comme l'écrit Verlaine) . 







mardi 29 septembre 2020

Quand Verlaine chantait les gens du Nord

 



Quand Verlaine chantait les gens du Nord

Au soir de sa vie, le poète rendit hommage à sa terre de prédilection au café Le Procope.

«Paul Verlaine au Café Le Procope» d’après Cesare Bacchi, 1938.
«Paul Verlaine au Café Le Procope» d’après Cesare Bacchi, 1938. imagerie

Les Ardennes belges ou françaises et Rethel, l’Artois où il a passé une partie de son enfance, Douai, Bruxelles, Charleroi, Gand, Malines vers Anvers, et Mons, où il restera plus d’un an sous les verrous. Ajoutons, en remontant: La Haye, Leyde et Amsterdam… Verlaine, le moins méridional de nos poètes (il parlait de «Midi cuit»), a toujours été aimanté par le Nord, au sens large. Ce fils de Saturne et de Septentrion, rejeton d’une mère originaire du Pas-de-Calais, n’a pas manqué de chanter les briques aux ocres douteuses, les tuiles couleur de pluie, les plates et monotones contrées, les brumes des plaines et de l’absinthe, le «vent [qui] cherche noise» et les «gais chemins grands». On se souvient toujours des brefs couplets entêtants de Walcourt, poème tiré des Paysages belges, et composé un jour de l’été 1872, un an avant qu’il ne tire sur Rimbaud avec son Lefaucheux calibre 7 mm, dans une chambre borgne de la bruxelloise rue des Brasseurs: «Briques et tuiles, / Ô les charmants / Petits asiles / Pour les amants!»

Les régions qui ont leur couleur à elles, leurs parfums spéciaux, leur goût de terroir, leur âme individuelle

Au soir de sa vie, c’est-à-dire à cinquante ans, le «Pauvre Lélian», entre les nombreuses étapes de sa tournée nosocomiale (Cochin, Bichat, Broussais, Tenon, Saint-Antoine…), avait donné une conférence au café Le Procope, à Paris - où il avait l’habitude de pousser son bock - sur «Les Poètes du Nord». Il était donc en terrain connu, et conquis, à double titre. Longtemps considéré comme perdu, le texte original de cette brève intervention a récemment été retrouvé, avec en bonus un poème oublié et deux lettres inédites. C’est cet ensemble qui nous est donné de découvrir avec, en annexe, le récit d’un témoin de cette soirée du 29 mars 1894, ainsi que les poèmes et chansons qui ont illustré l’intervention de l’auteur deLa Bonne Chanson.

Chansons en patois

Une soirée organisée par l’association des Rosati, acquise à la cause du poète et de son «régionalisme», sensibles qu’ils étaient à la réappropriation des parlers provinciaux du Nord et au réveil du folklore local. La plupart des invités, serrés au premier étage de l’établissement, sont aujourd’hui tombés dans les oubliettes de l’histoire, à l’exception notable de Catulle Mendès et d’Ernest Delahaye, l’ami d’enfance de Rimbaud (mort trois ans auparavant).

Gallimard

Verlaine fit donc l’éloge de sa terre d’élection, blâmant les préjugés jacobins, chantant au passage, sur le modèle des Occitans et de leurs félibres, «les régions qui ont leur couleur à elles, leurs parfums spéciaux, leur goût de terroir, leur âme individuelle», sous le signe du dicton chtimi: «Chacun sin pain et sin hareing». Donc, à chacun son pain et son hareng…

Le poète avait mis à l’honneur deux écrivains du Nord, en livrant au public plusieurs de leurs vers: Marceline Desbordes-Valmore, qu’on ne lit plus guère, et le fade Sainte-Beuve, élu à l’Académie française l’année où Verlaine vit le jour, en 1844. Le tout agrémenté d’airs en patois, chantés et repris en chœur par des voix bien écorchées, éraillées, par l’alcool et le tabac. Dont le fameux refrain lillois «Dors min p’tit quinquin, / Min p’tit pouchin…»

Quant au poème, pour inédit qu’il soit, et sous-titré Toast de loin, hymne aux «trinquements» de verres, et à Arras ou à Saint-Quentin, il est bien loin de la chatoyance mélodieuse et des camaïeux délavés des Poèmes saturniens ou des Romances sans paroles. Et de ce bleu qui désormais manquait à son décor.

Verlaine passera la plume à gauche moins de deux ans plus tard, rue Descartes, entre la Contrescarpe et Saint-Étienne-du-Mont, où repose Racine, rappelons-le, Picard de naissance.

«Les poètes du nord» de Paul Verlaine, Gallimard, 93 p., 12 € Par 


samedi 26 septembre 2020

Rimbaud et Verlaine

 



Rimbaud et Verlaine

trop libres pour le Panthéon !








On n’est pas sérieux quand on est ministre de la Culture. Roselyne Bachelot, titulaire du poste, ainsi que ses prédécesseurs soutiennent, apprend-on, une pétition en faveur du transfert des cendres d’Arthur Rimbaud et de Paul Verlaine au Panthéon. C’est une manie des institutions contemporaines de vouloir ensevelir les artistes sous les honneurs. Le Panthéon? Pourquoi pas un appartement de la Ville de Paris? Le statut d’intermittent du spectacle? Toute la vie des deux poètes, toute leur œuvre de feu tournent le dos à la société. Ils furent épris de liberté, jusqu’à faire de la transgression un art de vivre. Rancunière, la société, avec la complicité de l’université et des ministres, se venge aujourd’hui de leurs invectives et de leurs langues tirées. Elle tente de les récupérer.


Le Panthéon, quoi qu’on pense de son architecture, est une dernière demeure fort estimable. Y reposent des hommes et des femmes ayant œuvré pour le bien du genre humain. Par cette sépulture, la patrie selon ses termes leur exprime sa reconnaissance. On y trouve des médecins, des philosophes, des militaires, des politiques. Récemment des résistants, hommes et femmes, parmi les plus notoires.

Et les pétitionnaires de s’étonner qu’on n’y compte pas de poète ; mais ce n’est pas la vocation d’un poète d’œuvrer au bien du genre humain. Généralement cette engeance n’en a cure. Imagine-t-on Villon, Louise Labbé, Apollinaire militer pour le vivre-ensemble? La transition écologique? Sans souci de la morale publique, Rimbaud et Verlaine célèbrent joliment «un trou de verdure où chante une rivière» ou «les sanglots longs des violons de l’automne». Mais l’un ricane sur M. Prudhomme - «il est grave, il est maire et père de famille» (Verlaine) - quand l’autre pointe «la sagesse bâtarde du Coran» (Rimbaud). «Ciel! sommes-nous assez de damnés ici bas?»: ces deux-là ne respectaient rien. Poètes, vos papiers.

Un désir éperdu d’indépendance

Que pensaient-ils du Panthéon? Dans ses Illuminations, Rimbaud murmure: «L’acropole officielle outre les conceptions de la barbarie moderne les plus colossales.» Y sommes-nous? Qui sait? Ce qui est sûr c’est que leurs territoires, ce n’était pas les palais ni les temples de la République. C’étaient des tavernes enfumées à s’intoxiquer de tabac et d’absinthe, les bouges de Londres à s’insulter et à se violenter, les chemins d’Abyssinie à faire commerce d’armes à feu de contrebande.


Apprenons, déclamons leurs vers à l’envi sur les scènes de théâtre et dans les salles de classe, mais n’infligeons pas au pauvre Lelian et à son complice effronté un camouflet posthume, n’insultons pas leur désir éperdu d’indépendance. Plutôt que de les enfermer au musée des grands hommes, laissons-les libres de chausser leurs semelles de vent, pour l’éternité.





vendredi 4 septembre 2020

Verlaine. Es-tu brune ou blonde?








Es-tu brune ou blonde ?



Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien, mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton cœur ?
Je n’en sais rien, mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton cœur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle ?
Qu’est-ce que ça fait.
Au fait ?
Puisque, toujours disposé à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus 
cher souhait.



Paul VERLAINE

In Chansons pour elle
1891









samedi 1 août 2020

Verlaine. Clair de lune





Clair de lune


Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres. 
 



Paul Verlaine
Clair de lune
In Fêtes galantes, 1869 





vendredi 26 juin 2020

Verlaine. Clair de lune






Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.


Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,


Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres. 
 


Paul Verlaine

In Fêtes galantes 
1869



vendredi 8 mars 2019

Verlaine. Hugo. Célébration de la femme













FEMME (se prononce fame) nom féminin
xe siècle. Issu du latin femina, « femme, femelle ».
1. Être humain défini par ses caractères sexuels, qui lui permettent de concevoir et de mettre au monde des enfants. Ce n’est plus une enfant, c’est une femme, elle est nubile. La voilà bientôt femme. Devenir femme. Femme enceinte. Femme stérile. Dans les sociétés occidentales, la longévité des femmes est en moyenne supérieure à celle des hommes.
▪ Qualifié par son aspect, son apparence, son comportement, etc. Une jolie femme, une belle femme. Une jeune femme. Une femme mûre. Une femme charmante, élégante, coquette. Une femme fatale, voir Fatal. Une femme légère, facile. Une maîtresse femme, une femme de tête, habile, ferme et qui sait se faire obéir. Une femme libre, une femme libérée.
▪ Caractérisé par son état, sa profession, etc. Une femme célibataire, mariée, veuve, divorcée. Une femme entretenue. Une femme de mauvaise vie. Une femme du monde. Une femme du peuple, de la campagne. Une femme au foyer. Une femme de lettres. Une femme d’affaires. Une femme chef d’entreprise. Une femme professeur. En apposition, quand il n’existe pas de forme féminine usuelle désignant l’état, la profession. Un professeur femme. Spécialement. Femme de charge, qui est attachée au service d’une maison et possède une certaine autorité sur la tenue et l’économie intérieure de celle-ci. Femme de chambre, domestique attachée au service personnel de quelqu’un, ou, dans un hôtel, employée chargée du service des chambres. Femme de ménage, personne rémunérée pour faire le ménage chez un particulier, dans des bureaux, etc. Femme de service, dans une école, un hôpital, une mairie, etc., personne chargée des travaux de nettoyage.
▪ ÉCRITURE SAINTE. Les Saintes Femmes, celles qui suivirent Jésus durant sa vie publique et qui, s’étant rendues à son tombeau le matin de Pâques, portèrent aux apôtres la nouvelle de la Résurrection.
▪ Loc. fam. Bonne femme, désignation familière et parfois péjorative des femmes. Une petite bonne femme. Une vieille bonne femme. Contes, remèdes de bonne femme, contes, remèdes traditionnels et populaires, transmis par la mémoire des femmes.
▪ Expr. Faire la cour à une femme. Demander une femme en mariage. Fam. Courir après une femme, la poursuivre de ses assiduités. Courir les femmes. Un homme à femmes, qui multiplie les conquêtes féminines.
▪ Expr. proverbiale. Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie, distique prêté à François Ier par Victor Hugo dans Le roi s’amuse. Prov. Ce que femme veut, Dieu le veut, les femmes finissent toujours par obtenir ce qu’elles désirent.
 Titres célèbres : Les Femmes savantes, de Molière (1672) ; La Femme de trente ans, de Balzac (1831-1834) ; La Femme, de Michelet (1859).

2. Épouse. Prendre femme, se marier. Acceptez-vous d’être ma femme ? C’est sa seconde femme. Une femme fidèle, infidèle. Une femme adultère.

Titre célèbre : La Femme du boulanger, pièce de Jean Giono (1938), adaptée au cinéma par Marcel Pagnol (1939).



                                                   *  *  *


Beauté des femmes

Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles 
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal, 
Et ces yeux, où plus rien ne reste d'animal 
Que juste assez pour dire : " assez " aux fureurs mâles.

Et toujours, maternelle endormeuse des râles, 
Même quand elle ment, cette voix ! Matinal 
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal, 
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !...

Hommes durs ! Vie atroce et laide d'ici-bas ! 
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats, 
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du coeur enfantin et subtil, 
Bonté, respect ! Car, qu'est-ce qui nous accompagne 
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il ?

Paul Verlaine
In Sagesse, 1881


*  *  *




À une jeune femme



Voyez-vous, un parfum éveille la pensée. 
Repliez, belle enfant par l'aube caressée, 
Cet éventail ailé, pourpre, or et vermillon, 
Qui tremble dans vos mains comme un grand papillon, 
Et puis écoutez-moi. – Dieu fait l'odeur des roses 
Comme il fait un abîme, avec autant de choses. 
Celui-ci, qui se meurt sur votre sein charmant, 
N'aurait pas ce parfum qui monte doucement 
Comme un encens divin vers votre beauté pure, 
Si sa tige, parmi l'eau, l'air et la verdure, 
Dans la création prenant sa part de tout, 
N'avait profondément plongé par quelque bout, 
Pauvre et fragile fleur pour tous les vents béante, 
Au sein mystérieux de la terre géante. 
Là, par un lent travail que Dieu lui seul connaît, 
Fraîcheur du flot qui court, blancheur du jour qui naît, 
Souffle de ce qui coule, ou végète, ou se traîne, 
L'esprit de ce qui vit dans la nuit souterraine, 
Fumée, onde, vapeur, de loin comme de près, 
– Non sans faire avec tout des échanges secrets, – 
Elle a dérobé tout, son calme à l'antre sombre, 
Au diamant sa flamme, à la forêt son ombre, 
Et peut-être, qui sait ? sur l'aile du matin 
Quelque ineffable haleine à l'océan lointain ! 
Et vivant alambic que Dieu lui-même forme, 
Où filtre et se répand la terre, vase énorme, 
Avec les bois, les champs, les nuages, les eaux, 
Et l'air tout pénétré des chansons des oiseaux, 
La racine, humble, obscure, au travail résignée, 
Pour la superbe fleur par le soleil baignée, 
A, sans en rien garder, fait ce parfum si doux, 
Qui vient si mollement de la nature à vous, 
Qui vous charme, et se mêle à votre esprit, madame, 
Car l'âme d'une fleur parle au cœur d'une femme.

Encore un mot, et puis je vous laisse rêver. 

Pour qu'atteignant au but où tout doit s'élever, 
Chaque chose ici-bas prenne un attrait suprême, 
Pour que la fleur embaume et pour que la vierge aime, 
Pour que, puisant la vie au grand centre commun, 
La corolle ait une âme et la femme un parfum, 
Sous le soleil qui luit, sous l'amour qui fascine, 
Il faut, fleur de beauté, tenir par la racine, 
L'une au monde idéal, l'autre au monde réel, 
Les roses à la terre et les femmes au ciel.


                                                                                     Le 16 mai 1837


Victor Hugo 
In Les rayons et les ombres 






La Naissance de Vénus, 1485, 
Galerie des Offices, Florence





mardi 16 janvier 2018

VERLAINE. Green






Green


Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.



Paul Verlaine  
in Romances sans paroles
1874


mardi 5 septembre 2017

Verlaine. J'ai peur d'un baiser







C'est la rentrée !... (2)

*    *    *  
Hier, dans C'est la rentrée (1), nous évoquions le poème  "Maîtresse, embrasse-moi" de Pierre de Ronsard. Est-ce trois siècles plus tard la réponse que tint Paul Verlaine à l'âme de la Pléiade, au prince des poètes ?  



A poor young Shepherd

J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !

Pourtant j'aime Kate
Et ses jeux jolis.
Elle est délicate,
Aux longs trait pâlis.
Oh ! que j'aime Kate !

C'est Saint-Valentin !
Je dois et je n'ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint Valentin !

Elle m'est promise,
Fort heureusement !
Mais quelle entreprise
Que d'être un amant
Près d'une promise !

J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !


Paul VERLAINE 
in Romances sans paroles 
Ariettes oubliées.



 

Le Baiser à la dérobée
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) et Marguerite Gérard (1661-1837). Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg