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mercredi 26 août 2020
Rainer Maria Rilke. Du cycle des nuits
Du cycle des nuits
Les astres de la nuit que j'aperçois à mon réveil
surplombent-ils seulement mon visage, celui d'aujourd'hui,
ou bien en même temps le visage tout entier de mes années,
eux, ces ponts qui reposent sur leurs piliers de lumière ?
Qui là-bas veut poursuivre sa route ? Pour qui suis-je
abîme, lit de rivière,
lui qui passe au-dessus de moi ainsi, décrivant le plus vaste des cercles —,
qui saute au-dessus de moi et me prend, comme sur
l'échiquier le fou,
et marque avec insistance sa victoire ?
Rainer Maria Rilke
In Poèmes à la nuit
mardi 5 mai 2020
Rilke. Ciel nocturne et chute d'étoile
Ciel nocturne et chute d'étoile
Le ciel, grand, plein de retenue splendide,
une provision d'espace, un excès de monde.
Et nous, trop loin pour nous laisser façonner,
trop près pour nous en détourner.
Là-bas une étoile tombe ! Et notre désir à la voir,
d'un regard bouleversé, rivé à elle et pressant :
Quelles choses ont commencé et lesquelles disparu ?
Quelles choses sont coupables ? Et lesquelles pardonnées ?
Rainer Maria Rilke
In Poèmes à la nuit
mardi 3 avril 2018
Rilke. Qui que tu sois
Qui que tu sois
Qui que tu sois, le soir sors,
sors de ta chambre où tout est connu ;
ta maison, c’est la dernière avant l’étendue,
qui que tu sois.
Avec tes yeux qui fatigués peinent
à se délivrer de l’usure du seuil,
tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul.
Et tu as fait le monde. Et il est grand,
pareil à un mot qui mûrit encore dans le silence.
Et comme ta volonté comprend son sens,
tes yeux de lui se détachent tendrement…
Rainer Maria RILKE
Le livre d'images, 1899
Wer du auch seist
Wer du auch seist: am Abend tritt hinaus
aus deiner Stube, drin du alles weißt;
als letzes vor der Ferne liegt dein Haus:
wer du auch seist.
Mit deined Augen, welche müde kaum
von der verbrauchten Schwelle sich befrein,
hebst du ganz langsam einen schwarzen Baum
und stellst ihn vor den Himmel: schlank, allein.
Und hast die Welt gemacht. Und sie ist groß
und wie ein Wort, das noch im Schweigen reift.
Und wie dein Wille ihren Sinn begreift,
lassen sie deine Augen zärtlich los …
Rainer Maria RILKE
Das Buch der Bilder, 1899
tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul.
vendredi 10 mars 2017
RILKE. Eteins mes yeux - Lösch mir die Augen aus
Éteins mes yeux
Éteins mes yeux : je te verrai encore
Bouche-moi les oreilles : je t’entendrai encore
Sans pieds, je marcherai vers toi
Sans bouche, je t’invoquerai encore
Coupe-moi les bras : je te saisirai
Avec mon cœur comme avec une main
Arrache-moi le cœur et mon cerveau battra
Et si tu mets aussi le feu à mon cerveau
Je te porterai dans mon sang.
Rainer Maria Rilke
Le Livre d’images, 1899
Lösch mir die Augen aus
Lösch mir die Augen aus: ich kann dich sehn,
wirf mir die Ohren zu: ich kann dich hören,
und ohne Füße kann ich zu dir gehn,
und ohne Mund noch kann ich dich beschwören.
Brich mir die Arme ab, ich fasse dich
mit meinem Herzen wie mit einer Hand,
halt mir das Herz zu, und mein Hirn wird schlagen,
und wirfst du in mein Hirn den Brand,
so werd ich dich auf meinem Blute tragen.
Rainer Maria Rilke
1875-1926
RILKE
Buste. Fondation Rainer Maria RILKE à SIERRE (Valais) SUISSE.
lundi 14 novembre 2016
RILKE. Qui que tu sois
Qui que tu sois
Qui que tu sois, le soir sors,
sors de ta chambre où tout est connu ;
ta maison, c’est la dernière avant l’étendue,
qui que tu sois.
Avec tes yeux qui fatigués peinent
à se délivrer de l’usure du seuil,
tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul.
Et tu as fait le monde. Et il est grand,
pareil à un mot qui mûrit encore dans le silence.
Et comme ta volonté comprend son sens,
tes yeux de lui se détachent tendrement…
Rainer Maria RILKE
in Le livre d'images, 1899
Wer du auch seist
Wer du auch seist: am Abend tritt hinaus
aus deiner Stube, drin du alles weißt;
als letzes vor der Ferne liegt dein Haus:
wer du auch seist.
Mit deined Augen, welche müde kaum
von der verbrauchten Schwelle sich befrein,
hebst du ganz langsam einen schwarzen Baum
und stellst ihn vor den Himmel: schlank, allein.
Und hast die Welt gemacht. Und sie ist groß
und wie ein Wort, das noch im Schweigen reift.
Und wie dein Wille ihren Sinn begreift,
lassen sie deine Augen zärtlich los …
Rainer Maria RILKE
Das Buch der Bilder, 1899
...tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul...
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