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mercredi 16 février 2022

Gérard de NERVAL. De toutes les belles choses





Les papillons  


  
De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ? — Moi, les roses ;
— Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
— Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
— Moi, le rossignol qui chante ;
— Et moi, les beaux papillons !

Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l'on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l'oiseau !...



Gérard DE NERVAL
In Petits châteaux de Bohème, 1853
(début du poème)



— Moi, les roses

      Salvador DALI
Rose méditative, 1959











— Moi, l'aspect d'un beau pré vert 

Berthe Morisot
La chasse aux papillons, 1874






— Et moi, les beaux papillons !



Salvador DALI
Paysage aux papillons, 1956


jeudi 31 octobre 2019

ELUARD. Je te l’ai dit pour les nuages






Je te l’ai dit pour les nuages



Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.




Paul ÉLUARD
in L'Amour la poésie



..."Pour l’œil qui devient visage ou paysage"...

René MAGRITTE
Le faux miroir, 1928




samedi 27 avril 2019

Eluard. «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»





Pour revenir à Paul Eluard 



                                
Eluard par S.Dali

«Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»




Né à Saint-Denis le 14 décembre 1895, ce fils d'agent immobilier publie ses premiers poèmes, alors qu'il était infirmier militaire, en 1916, l'année où il épousa Gala la Russe, la future muse de Salvador Dali. Au début des années 1920, cet ami des peintres (Picasso, Braque, Ernst, Masson…) et de Man Ray devient l'un des fondateurs du mouvement surréaliste aux côtés d'André Breton, Louis Aragon et Philippe ­Soupault ; il en sera un de ses spectateurs les plus intransigeants, pratiquant l'anathème et participant à l'exclusion des électrons libres (Artaud, Dali…).
Marqué par Rimbaud, influencé par le comte de Lautréamont, il a su, en vers et en rimes, transformer et transfigurer l'amour et ses valeurs subversives. Souvenons-nous de son poème le plus universellement célèbre: Liberté, publié en 1942. D'abord intitulé Une seule pensée et adressé à la femme aimée, il en fera un hymne à cette liberté chérie et alors meurtrie, dont on rappellera le premier des 21 quatrains qui le composent: 


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom.
Poète de la Résistance intérieure, on lui doit également l'initiative de l'anthologie L'Honneur des poètes, publiée clandestinement en juillet 1943, et réunissant Aragon, Desnos, Ponge, Tardieu…
Le portrait de celui qui affirmait «J'ai un visage pour être aimé» serait incomplet sans évoquer l'écrivain inspiré de l'espoir, de la fraternité et du bonheur: «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles.» Au chapitre de son militantisme politique, on retiendra également cette folle et navrante Ode à Staline, écrite en 1950, où il loue le «cerveau d'amour» du chef du Kremlin. Excusez du peu ! 
Éluard avait fait sienne la revendication inflexible de Lautréamont: «La poésie doit être faite par tous. Non par un», qui deviendra, dans sa bouche, «la poésie doit avoir pour but la vérité pratique». Dès lors, le poète quittera les cimes et les nuages pour devenir «celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré». Depuis, la Terre peut être 

bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas. 

[C'est à dire le poème comme condition manifeste de l'existence.]



samedi 29 juillet 2017

Dali -1-


aujourd'hui, ce sera :



Salvador Felipe Jacinto Dalí y Doménech









Le rêve de Vénus, 1939




Femme à sa fenêtre, 1926




La mélancolie extatique des chiens. Carte postale envoyée à André Breton en 1932.



L'homme invisible, 1929






Design for a bikini, 1965




Le Grand Paranoïaque, 1936






Les mille et une grâces des mille et un jours de l'Alhambra, 1973




Deux adolescents, 1954




Sans titre, 1964





Nymphes dans un jardin romantique, 1921





Portrait de Gala, 1941




L'énigme de Hitler






Pieta, 1982




Les trois Ages, 1940



Dali peint un pénis sur le front d'une femme
et signe Picasso



**

BIOGRAPHIE DE SALVADOR DALÍ

Nul ne peut mettre en doute l'estime générale accordée à Dalí: demandez à l'homme de la rue de vous indiquer un artiste moderne, et vous pouvez être sûr qu'il citera son nom;mais tout le monde ne le connaît pas de la même façon : apprécié comme "showman" et comme un des plus grands artistes de ce siècle, Dalí sera loué pour son habilité technique et par ceux qui connaissent ses œuvres les plus populaires et apprécient son imagination luxuriante. Tous semblent connaître les montres molles apparaissant dans ses peintures même si, souvent, le titre La Persistance de la mémoire, leur échappe. 
- A.Fiel Dalí sculpture collection, 2005.

La jeunesse de Dalí : 1904-1915

Salvador Felipe Jacinto Dalí y Doménech naît le 11 mai 1904 à Figueras, au nord de la Catalogne. La région de son enfance aura toujours une place privilégiée dans son œuvre comme dans sa vie. Très tôt, il manifeste une attirance pour l'art figuratif et la peinture, révélant déjà sa personnalité originale et inspirée. Il suit des cours particuliers de dessin.

Un être marqué par son enfance

Ses parents avaient perdu leur premier garçon, également prénommé Salvador. L'amour surprotecteur dont ils gratifièrent leur deuxième enfant a encouragé le développement d'un tempérament instable et égoïste. Ses parents ne se sont jamais remis de la mort de leur premier fils, c'était un génie confiait la mère à son fils. Le jeune Salvador est d'ailleurs profondément troublé en apercevant son nom sur la sépulture. "Toutes mes excentricités, toutes mes incohérences sont la constante tragique de ma vie [.] Je veux prouver que je ne suis pas le frère mort, mais le vivant", écrira-t-il.

Les études : 1921-1927

Alors qu'à Paris le dadaïsme est à son apogée, Dalí est admis à l'Institut San Fernando, l'École des beaux-arts de Madrid. Il y perfectionne sa connaissance de la sculpture, du dessin et de la peinture. Contestant violemment la compétence de ses professeurs, Dalí est expulsé des Beaux-Arts de Madrid. Il en sera exclu en 1922 pour incitation à la rébellion des élèves de l'école. C'est à cette époque qu'il rencontre Lorca et Buñuel, tandis qu'au cours de son premier voyage en 1926 à Paris il fera la connaissance de Picasso.

Le mouvement surréaliste : 1928-1937

À Paris, Dalí fait la connaissance de Breton, Eluard, Magritte et Ernst. Il rejoint officiellement le groupe surréaliste. Durant l'été 1929, le poète Paul Eluard et sa femme Elena (Gala) rendent visite au peintre dans sa maison de Cadaqués. C'est le coup de foudre entre Dalí et cette femme. Elle sera sa « muse surréaliste », l'inspiratrice de sa vie et de son œuvre. Dalí expose à Paris pour la première fois (11 toiles).

1939-1945

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dalí et Gala s'installent aux Etats-Unis. Ils y resteront jusqu'en 1948. Ces années ont été très importantes pour lui. Le musée d'Art moderne de New York offre à Dalí sa première exposition rétrospective en 1941. En 1942, Dalí publie son autobiographie, La Vie secrète.

Extension de l'œuvre dalinienne : 1961-1970

Dalí est toujours plus prolifique : il écrit et illustre des livres, conçoit décors et costumes pour des opéras, tourne des films, élabore de nouvelles théories, sculpte, dessine, crée des bijoux et des meubles, mélange techniques artistiques, son génie n'a pas de limites dans l'art.

La fin d'un grand artiste : 1974-1989

En 1974, Dalí inaugure le Teatro Museo Dalí à Figueras en Espagne. Cet événement a été suivi de rétrospectives à Paris et à Londres jusqu'à la fin de la décennie. Après la mort de son épouse, Gala, en 1982, la santé de Dalí commence à décliner. À la suite de l'incendie de sa maison en 1984, il fut brûlé et, dès lors, son état de santé se détériore. Deux ans après, on lui implante un stimulateur cardiaque. Dans cette partie de sa vie, Dalí s'est retiré d'abord à Pubol et plus tard dans ses appartements près du Teatro Museo. Il meurt le 23 janvier 1989.


mercredi 26 juillet 2017

RIMBAUD. Michel et Christine






Michel et Christine


Zut alors, si le soleil quitte ces bords !
Fuis, clair déluge ! Voici l'ombre des routes.
Dans les saules, dans la vieille cour d'honneur,
L'orage d'abord jette ses larges gouttes.

O cent agneaux, de l'idylle soldats blonds,
Des aqueducs, des bruyères amaigries,
Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons
Sont à la toilette rouge de l'orage !

Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre,
Fuyez l'heure des éclairs supérieurs ;
Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre,
Tâchez de descendre à des retraits meilleurs.

Mais moi, Seigneur ! voici que mon Esprit vole,
Après les cieux glacés de rouge, sous les
Nuages célestes qui courent et volent
Sur cent Solognes longues comme un railway.

Voilà mille loups, mille graines sauvages
Qu'emporte, non sans aimer les liserons,
Cette religieuse après-midi d'orage
Sur l'Europe ancienne où cent hordes iront !

Après, le clair de lune ! partout la lande,
Rougissant leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers
Chevauchent lentement leurs pâles coursiers !
Les cailloux sonnent sous cette fière bande !

- Et verrai-je le bois jaune et le val clair,
L'épouse aux yeux bleus, l'homme au front rouge, - ô Gaule
Et le blanc Agneau pascal, à leurs pieds chers,
- Michel et Christine, - et Christ ! - fin de l’Idylle.

Arthur RIMBAUD 

in Poésies
non daté. Certainement de 1872 (voir note (*)  en bas de page)





  

"- Michel et Christine, - et Christ ! - fin de l’Idylle"
                        

DALI

Christ de St Jean de la Croix


________________________
(*) Non daté. Selon Steve Murphy, ce poème serait une réplique parodique à "Malines" de Verlaine (Romances sans paroles), poème du cycle belge daté d'août 1872. Ce qui impliquerait évidemment une date de rédaction ultérieure.

mercredi 5 avril 2017

Norge. Encore un fils





Encore un fils


N’aurais-tu pas un second fils, Seigneur ?
La terre attend un nouveau labourage,
L’argile est sourde et l’homme est oublieur ;
Ta vieille voix n’a plus le même orage.

Un jeune fils après mille et mille ans
Pour nous éclore une jeune espérance.
L’homme assoiffé guette un jeune printemps,
Ta vieille croix a perdu sa jouvence.

Ce fils cadet viendrait nous enseigner
Les feux, les vins de nouvelles aurores
Et sur son cri saurait beaucoup saigner
Car l’homme croit ce que le sang colore.

Amour viendrait avec ton second fils,
Comme Jésus, longtemps nous jubiler
Et nous, Seigneur, pour changer le supplice,
Nous saurons bien le pendre ou le brûler.



NORGE


Dali
Le Christ de saint Jean de la croix, 1951




mercredi 15 février 2017

NORGE. Le mordeur



Norge





Le mordeur 



Longue bougie, éclairez son visage.

Naquit mordeur, enfant de terre ;

Mordit fort au lait de sa mère.

Longue bougie, éclairez son visage.




Mordit à la pomme d’enfance

Lisse de jus et de croyances,

Mordit au chiffre, à la grammaire.

Longue bougie, éclairez son ardoise.



Mordit au sein de ses chéries,

Lavande, oeillet, chardon, framboise.

Mordit le doux, mordit l’amer.

Longue bougie, éclairez ses prairies.



Limailles, clous, feux et labeurs,

Mordit au bois, mordit au fer ;

Pour manger, peines qu’il faut faire.

Longue bougie, éclairez sa sueur.



Mordit au sel, mordit au gel,

Mordit au gel et à la guerre.

Homme de troupe, homme ordinaire.

Longue bougie, éclairez sa gamelle.



Mordit aux draps de maladie.

Dieu, qu’il est tôt, ma fleur de vie ;

Lavande, oeillet, chardon, fougère !

A peine mordue et finie.




NORGE
publié dans “Remuer ciel et terre” aux défuntes éditions Labor






DALI
Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, 1943

Dali écrivait en 1973 : « L’Histoire ne me concerne pas. Elle me fait aussi peur que les sauterelles ». Il écrit également qu’elle ne l’a jamais intéressé en raison de son caractère anecdotique. Les anecdotes de sa propre vie en revanche acquièrent un caractère historique dans sa mythographie. Et c’est en appliquant le fruit de ses réflexions psychanalytiques au comportement des peuples qu’il propose d’expliquer l’histoire humaine. 
Ici, le monde devient littéralement l’œuf que Dalí décortique pour s’auto-révéler et, se faisant, révéler le monde à lui-même. L’Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, peint en 1943 aux États-Unis, jouant de ces confusionsentre microcosme et macrocosme, fait sortir l’homme nouveau du continent nord-américain.
Source : Centre Pompidou.