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jeudi 28 octobre 2021

Charles CROS

 

 

 

 

 SONNET

 

            
Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.
 
J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.
 
Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.
 
J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !
 

 

Charles Cros
 



dimanche 30 août 2020

Cros. Le hareng saur






Le Hareng saur est un poème de Charles Cros. Déjà célèbre en son temps, ce poème humoristique composé en 1872 est encore aujourd'hui très connu pour avoir été appris par cœur et récité par des générations d'écoliers.

 

Le poème a pour origine une histoire que Charles Cros raconta un soir à son fils pour le faire dormir. 

Charles Cros lisait régulièrement ses poèmes en public, aussi bien chez des particuliers que dans des cafés ou des cabarets.
C'est au cours de l'une de ces lectures, que le comédien Coquelin cadet eut la révélation d'un genre nouveau, appelé tout simplement « monologue », qui allait faire fureur dans les années 1880. Et Coquelin cadet rédigea les commentaires sur l’art de le dire.

Ces conseils seront suivis à la lettre par Jean-Marc Tennberg qui fit découvrir par le biais de la télévision ce poème à une nouvelle et vaste audience. C’était dans les années 1960. (Malheureusement, impossible de trouver un enregistrement et encore moins de vidéo de ce poème récité par Jean-Marc Tennberg. Pas même sur le site de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel). On rappellera enfin qu'à l'époque, sur la seule chaîne existante, Jean-Marc Tennberg récitait un poème chaque jour avant le journal télévisé... O tempora...



Voici donc le texte du poème de Charles Cros en rouge, les conseils de récitation de Coquelin cadet en noir, à la suite de chaque vers.

Le Hareng saur

Criez Le Hareng saur  d'une voix forte. Ne bougez pas le corps, soyez d'une immobilité absolue. En disant ce titre, il faut que le public ait le sentiment d'une ligne noire se détachant sur un fond blanc.

Il était un grand mur blanc — nu, nu, nu,

Qu'on sente le mur droit, rigide, et comme il serait ennuyeux et aussi monotone que cela, rompez la monotonie : allongez le son au troisième nu, cela agrandit le mur, et en donne presque la dimension à ceux qui vous écoutent.

Contre le mur une échelle — haute, haute, haute,

Même intention et même intonation que pour la première ligne, et pour donner l'idée d'une échelle bien haute, envoyez en voix de fausset (note absolument imprévue) le dernier mot haute, ceci fera rire et vous serez en règle avec la fantaisie.

Et, par terre, un hareng saur — sec, sec, sec.

Indiquez du doigt la terre, et dites hareng saur sec avec une physionomie pauvre qui appelle l'intérêt sur ce malheureux hareng, la voix sera naturellement très sèche pour dire les trois adjectifs sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains — sales, sales, sales,

Soutenez la voix et qu'on sente le rythme dans les autres strophes comme dans la première. Il c'est le personnage, on ne sait pas qui c'est Il. Qu'on le voie, montrez-le, cet Il qui vous émeut, vous acteur, et peignez le dégoût qu'inspire un homme qui ne se lave jamais les mains en disant sales, sales, sales.

Un marteau lourd, un grand clou — pointu, pointu, pointu,

Baissez une épaule comme si vous portiez un marteau trop lourd pour vous, et montrez le clou, en dirigeant l'index vers les spectateurs et appuyez bien sur pointu, pointu, pointu pour que le clou entre bien dans l'attention générale.


Un peloton de ficelle — gros, gros, gros.

Écartez les mains, éloignez-les des hanches par degré à chaque gros, gros, gros. Il est chargé, un marteau lourd, un grand clou pointu, et un énorme peleton, ce n'est pas peu de chose, il faut montrer cette charge sous laquelle ploie le pauvre.

Alors il monte à l'échelle — haute, haute, haute,

Même jeu pour les haute que précédemment, la note aiguë à la fin, cette insistance peut faire rire. Musical.


Et plante le clou pointu — toc, toc, toc,

Gestes d'un homme qui enfonce un clou avec un marteau, faire résonner les toc avec force, sans changer le son.

Tout en haut du grand mur blanc — nu, nu, nu.

Gardez le ton de voix très solide, allongez de nouveau le dernier nu, et faites un geste plat de la main pour montrer l'égalité du mur.

Il laisse aller le marteau — qui tombe, qui tombe, qui tombe,

Baissez le diapason par degré pour donner l'idée d'un marteau qui tombe. Vous regardez le public au premier qui tombe, aussi au second vous envoyez un regard par terre avant le troisième, et un autre regard au public en disant le troisième qui tombe et attendez l'effet qui doit se produire.

Attache au clou la ficelle — longue, longue, longue,

Allongez par degré le son sur longue, et que le dernier longue soit d'une longueur immense, un couac au milieu de l'intonation finale donnera un ragoût très comique au mot.

Et, au bout, le hareng saur — sec, sec, sec.

Appuyez d'un air de plus en plus piteux sur le troisième sec.

L'emporte avec le marteau — lourd, lourd, lourd,

Pliez sous le faix en vous en allant. Vous êtes brisé, vous n'en pouvez plus, ce marteau est très lourd, ne l'oubliez pas.

Et puis, il s'en va ailleurs — loin, loin, loin.

Graduez les loin, au troisième vous pourrez mettre votre main comme un auvent sur vos yeux pour voir Il à une distance considérable, et après l'avoir aperçu là-bas, là-bas, vous direz le dernier loin.

Et, depuis, le hareng saur — sec, sec, sec,

De plus en plus pitoyable.

Au bout de cette ficelle — longue, longue, longue,

Allongez d'un air très mélancolique la voix sur les longue, toujours avec couac ; ne craignez pas, c'est une scie.

Très lentement se balance — toujours, toujours, toujours.

Bien triste. Et geste d'escarpolette à toujours, toujours, toujours. Terminez bien en baissant la voix le troisième toujours, car le récit est fini. La dernière strophe n'est pour l'auditoire qu'un consolant post-scriptum.

J'ai composé cette histoire — simple, simple, simple,

Appuyez sur simple, pour faire dire au public : « Oh ! oui ! simple ! »

Pour mettre en fureur les gens — graves, graves, graves,


Très compassé; qu'on sente les hautes cravates blanches officielles qui n'aiment pas ce genre de plaisanterie. Ouvrez démesurément la bouche au troisième grave, comme un M. Prudhomme très offensé.

Et amuser les enfants — petits, petits, petits.


Très gentiment avec un sourire, baissez graduellement la main à chaque petits pour indiquer la hauteur et l'âge des enfants. Saluez et sortez vite.




 Charles Cros
In Le Coffret de Santal 
1873







dimanche 4 août 2019

Charles Cros. A grand-papa






Léonor FINI
Leçon d'oaristys



A grand-papa

Il faut écouter, amis,
La parole des ancêtres.
- Ne soyons jamais soumis !
Mais, d'où viennent tous les êtres ?

Donc pour cela, puis-je oser,
A travers l'imaginaire,
Vous envoyer un baiser
De tout mon coeur, mon grand-père ?

Vous faisiez des vers très doux
D'après le doux Théocrite,
 L'Oarystis ! C'est de vous
Qu'en faisant ces vers, j'hérite



Charles Cros
in Le Collier de griffes
Posthume, 1908






 Oarystis : Idylle, entretien tendre. 

On trouve ce superbe mot chez Cros bien sûr, chez Nerval, chez Rimbaud, chez Chénier etc. :

Ah! les oaristys! les premières maîtresses! 
L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs, 
Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers, 
La spontanéité craintive des caresses
(Verlaine, in Poèmes saturniens, 1866).
--
Notre vie commune commençait de si bien s'arranger (...). Quand, par la suite, je racontai notre oaristys à Albert, je fus naïvement surpris de le voir, lui que je croyais d'esprit très libre, s'indigner d'un partage qui nous paraissait, à Paul et à moi, naturel.
(Gide, in Si le grain ne meurt, 1924).



mardi 22 mai 2018

Charles CROS. Sonnet astronomique




Sonnet astronomique
Alors que finissait la journée estivale,
Nous marchions, toi pendue à mon bras, moi rêvant
A ces mondes lointains dont je parle souvent.
Aussi regardais-tu chaque étoile en rivale.
Au retour, à l’endroit où la côte dévale,
Tes genoux ont fléchi sous le charme énervant
De la soirée et des senteurs qu’avait le vent.
Vénus, dans l’ouest doré, se baignait triomphale.
Puis, las d’amour, levant les yeux languissamment,
Nous avons eu tous deux un long tressaillement
Sous la sérénité du rayon planétaire.
Sans doute, à cet instant deux amants, dans Vénus,
Arrêtés en des bois aux parfums inconnus,
Ont, entre deux baisers, regardé notre terre.
Charles CROS
In Le coffret de santal
1873





Petit rappel historique :

Le poète Charles Cros invente le phonographe avant Thomas Edison.

Le 30 avril 1877, l'Académie des sciences enregistre un pli cacheté déposé le 18 octobre précédent par un certain Charles Hortensius Émile Cros, 34 ans. Le document décrit un procédé d'enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l'ouïe. Cet appareil est nommé paléophone par son inventeur. Ce qui signifie : voix du passé. Sans entrer dans les détails, il est constitué d'une membrane vibrante dotée en son centre d'une pointe qui repose sur un "disque animé d'un double mouvement de rotation et de progression rectiligne". Animée par la membrane, l'aiguille trace un sillon...

mercredi 24 janvier 2018

Charles Cros. A grand-papa





A grand-papa

Il faut écouter, amis,
La parole des ancêtres.
- Ne soyons jamais soumis !
Mais, d'où viennent tous les êtres ?

Donc pour cela, puis-je oser,
A travers l'imaginaire,
Vous envoyer un baiser
De tout mon coeur, mon grand-père ?

Vous faisiez des vers très doux
D'après le doux Théocrite,
" L'Oarystis !(*) " C'est de vous
Qu'en faisant ces vers, j'hérite



Charles Cros
in Le Collier de griffes
Posthume, 1908






(*) Oarystis : Rare et littéraire:  Idylle, entretien tendre. 

On trouve ce superbe mot chez Cros bien sûr, chez Nerval, chez Rimbaud, chez Chénier etc. :

Ah! les oaristys! les premières maîtresses! /L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs, /Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers, /La spontanéité craintive des caresses!
(Verlaine, in Poèmes saturniens, 1866).

Notre vie commune commençait de si bien s'arranger (...). Quand, par la suite, je racontai notre oaristys à Albert, je fus naïvement surpris de le voir, lui que je croyais d'esprit très libre, s'indigner d'un partage qui nous paraissait, à Paul et à moi, naturel.
(Gide, in Si le grain ne meurt, 1924).







vendredi 10 novembre 2017

Cros





Aux imbéciles


Quant nous irisons
Tous nos horizons
D’émeraudes et de cuivre,
Les gens bien assis
Exempts de soucis
Ne doivent pas nous poursuivre.

On devient très fin,
Mais on meurt de faim,
A jouer de la guitare,
On n’est emporté,
L’hiver ni l’été,
Dans le train d’aucune gare.

Le chemin de fer
Est vraiment trop cher.
Le steamer fendeur de l’onde
Est plus cher encor ;
Il faut beaucoup d’or
Pour aller au bout du monde.

Donc, gens bien assis,
Exempts de soucis,
Méfiez-vous du poète,
Qui peut, ayant faim,
Vous mettre, à la fin,
Quelques balles dans la tête.



Charles Cros
in Le Collier de griffes
Posthume, 1908




Times Magazine du 9 novembre 2017 (*)



Le président français s’affiche à la une du magazine américain Time Magazine, qui le décrit comme “bientôt aux commandes de l’Europe”, ajoutant un astérisque cinglant un peu comme on apostropherait un enfant, et que l'on s'avancera à traduire comme ci : “Encore faudrait-il qu’il prenne celles de la France.” Dans son numéro daté du 20 novembre, la revue publie une longue interview d’Emmanuel Macron – “dans un anglais excellent, chose très rare chez un dirigeant français”. Le chef de l’État y détaille son programme pour la France et sa vision de la géopolitique “pas uniquement pour les 63 millions de Français ou les 508 millions de ressortissants européens, mais pour le monde entier”, relate Time.
Bien entendu, aucun rapport entre le poème et le texte de cette couverture. M.Macron est tout sauf un imbécile.

__________________
(*)TIME's new cover: France's Emmanuel Macron won a shocking victory. Now, the real transformation begins. Emmanuel Macron in the Élysée Palace on Nov. 7; Photograph by @nadavkander for TIME; animation by @brobeldesign

vendredi 12 mai 2017

Charles CROS. Aux imbéciles





Aux imbéciles


Quant nous irisons
Tous nos horizons
D’émeraudes et de cuivre,
Les gens bien assis
Exempts de soucis
Ne doivent pas nous poursuivre.


On devient très fin,
Mais on meurt de faim,
A jouer de la guitare,
On n’est emporté,
L’hiver ni l’été,
Dans le train d’aucune gare.


Le chemin de fer
Est vraiment trop cher.
Le steamer fendeur de l’onde
Est plus cher encor ;
Il faut beaucoup d’or
Pour aller au bout du monde.


Donc, gens bien assis,
Exempts de soucis,
Méfiez-vous du poète,
Qui peut, ayant faim,
Vous mettre, à la fin,
Quelques balles dans la tête.



Charles CROS
in Le Collier de griffes
Posthume, 1908




(...) On devient très fin,
Mais on meurt de faim,
A jouer de la guitare, (...)


Picasso
Le vieux guitariste aveugle, 1903





Picasso
Le joueur de guitare, 1910




vendredi 16 octobre 2015

CHARLES CROS. Le hareng saur






Le Hareng saur est un poème de Charles Cros. Déjà célèbre en son temps, ce poème humoristique composé en 1872 est encore aujourd'hui très connu pour avoir été appris par cœur et récité par des générations d'écoliers.

Le poème a pour origine une histoire que Charles Cros raconta un soir à son fils pour le faire dormir. 

Charles Cros lisait régulièrement ses poèmes en public, aussi bien chez des particuliers que dans des cafés ou des cabarets.
C'est au cours de l'une de ces lectures, que le comédien Coquelin cadet eut la révélation d'un genre nouveau, appelé tout simplement « monologue », qui allait faire fureur dans les années 1880. Et Coquelin cadet rédigea les commentaires sur l’art de le dire.

Ces conseils seront suivis à la lettre par Jean-Marc Tennberg qui fit découvrir par le biais de la télévision ce poème à une nouvelle et vaste audience. C’était dans les années 1960. (Malheureusement, impossible de trouver un enregistrement et encore moins de vidéo de ce poème récité par Jean-Marc Tennberg. Pas même sur le site de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel). On rappellera enfin qu'à l'époque, sur la seule chaîne existante, Jean-Marc Tennberg récitait un poème chaque jour avant le journal télévisé... O tempora...








Voici donc le texte du poème de Charles Cros en rouge, les conseils de récitation de Coquelin cadet en noir, à la suite de chaque vers.

Le Hareng saur

Criez Le Hareng saur  d'une voix forte. Ne bougez pas le corps, soyez d'une immobilité absolue. En disant ce titre, il faut que le public ait le sentiment d'une ligne noire se détachant sur un fond blanc.

Il était un grand mur blanc — nu, nu, nu,

Qu'on sente le mur droit, rigide, et comme il serait ennuyeux et aussi monotone que cela, rompez la monotonie : allongez le son au troisième nu, cela agrandit le mur, et en donne presque la dimension à ceux qui vous écoutent.

Contre le mur une échelle — haute, haute, haute,

Même intention et même intonation que pour la première ligne, et pour donner l'idée d'une échelle bien haute, envoyez en voix de fausset (note absolument imprévue) le dernier mot haute, ceci fera rire et vous serez en règle avec la fantaisie.

Et, par terre, un hareng saur — sec, sec, sec.

Indiquez du doigt la terre, et dites hareng saur sec avec une physionomie pauvre qui appelle l'intérêt sur ce malheureux hareng, la voix sera naturellement très sèche pour dire les trois adjectifs sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains — sales, sales, sales,

Soutenez la voix et qu'on sente le rythme dans les autres strophes comme dans la première. Il c'est le personnage, on ne sait pas qui c'est Il. Qu'on le voie, montrez-le, cet Il qui vous émeut, vous acteur, et peignez le dégoût qu'inspire un homme qui ne se lave jamais les mains en disant sales, sales, sales.

Un marteau lourd, un grand clou — pointu, pointu, pointu,

Baissez une épaule comme si vous portiez un marteau trop lourd pour vous, et montrez le clou, en dirigeant l'index vers les spectateurs et appuyez bien sur pointu, pointu, pointu pour que le clou entre bien dans l'attention générale.


Un peloton de ficelle — gros, gros, gros.

Écartez les mains, éloignez-les des hanches par degré à chaque gros, gros, gros. Il est chargé, un marteau lourd, un grand clou pointu, et un énorme peleton, ce n'est pas peu de chose, il faut montrer cette charge sous laquelle ploie le pauvre.

Alors il monte à l'échelle — haute, haute, haute,

Même jeu pour les haute que précédemment, la note aiguë à la fin, cette insistance peut faire rire. Musical.


Et plante le clou pointu — toc, toc, toc,

Gestes d'un homme qui enfonce un clou avec un marteau, faire résonner les toc avec force, sans changer le son.

Tout en haut du grand mur blanc — nu, nu, nu.

Gardez le ton de voix très solide, allongez de nouveau le dernier nu, et faites un geste plat de la main pour montrer l'égalité du mur.

Il laisse aller le marteau — qui tombe, qui tombe, qui tombe,

Baissez le diapason par degré pour donner l'idée d'un marteau qui tombe. Vous regardez le public au premier qui tombe, aussi au second vous envoyez un regard par terre avant le troisième, et un autre regard au public en disant le troisième qui tombe et attendez l'effet qui doit se produire.

Attache au clou la ficelle — longue, longue, longue,

Allongez par degré le son sur longue, et que le dernier longue soit d'une longueur immense, un couac au milieu de l'intonation finale donnera un ragoût très comique au mot.

Et, au bout, le hareng saur — sec, sec, sec.

Appuyez d'un air de plus en plus piteux sur le troisième sec.

L'emporte avec le marteau — lourd, lourd, lourd,

Pliez sous le faix en vous en allant. Vous êtes brisé, vous n'en pouvez plus, ce marteau est très lourd, ne l'oubliez pas.

Et puis, il s'en va ailleurs — loin, loin, loin.

Graduez les loin, au troisième vous pourrez mettre votre main comme un auvent sur vos yeux pour voir Il à une distance considérable, et après l'avoir aperçu là-bas, là-bas, vous direz le dernier loin.

Et, depuis, le hareng saur — sec, sec, sec,

De plus en plus pitoyable.

Au bout de cette ficelle — longue, longue, longue,

Allongez d'un air très mélancolique la voix sur les longue, toujours avec couac ; ne craignez pas, c'est une scie.

Très lentement se balance — toujours, toujours, toujours.

Bien triste. Et geste d'escarpolette à toujours, toujours, toujours. Terminez bien en baissant la voix le troisième toujours, car le récit est fini. La dernière strophe n'est pour l'auditoire qu'un consolant post-scriptum.

J'ai composé cette histoire — simple, simple, simple,

Appuyez sur simple, pour faire dire au public : « Oh ! oui ! simple ! »

Pour mettre en fureur les gens — graves, graves, graves,


Très compassé; qu'on sente les hautes cravates blanches officielles qui n'aiment pas ce genre de plaisanterie. Ouvrez démesurément la bouche au troisième grave, comme un M. Prudhomme très offensé.

Et amuser les enfants — petits, petits, petits.


Très gentiment avec un sourire, baissez graduellement la main à chaque petits pour indiquer la hauteur et l'âge des enfants. Saluez et sortez vite.