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lundi 28 juin 2021

Desnos. La prophétie





Photo: ©Man Ray. L'étoile de mer









La prophétie

D’une place de Paris jaillira une si claire fontaine
Que le sang des vierges et les ruisseaux des glaciers
Près d’elle paraîtront opaques.
Les étoiles sortiront en essaim de leurs ruches lointaines
Et s’aggloméreront pour se mirer dans ses eaux près de la Tour Saint-Jacques.

D’une place de Paris jaillira une si claire fontaine

Qu’on viendra s’y baigner, en cachette, dès l’aurore.
Sainte Opportune et ses lavandières seront ses marraines
Et ses eaux couleront vers le sud venant du nord.

Un grand marronnier rouge fleurit à la place

Où coulera la fontaine future,
Peut-être dans mon grand âge
Entendrai-je son murmure ;

Or le chant est si doux de la claire fontaine

Qu’il baigne déjà mes yeux et mon cœur.
Ce sera le plus bel affluent de la Seine,
Le gage le plus sûr des printemps à venir, de leurs oiseaux et de leurs fleurs.





Robert Desnos
In Contrée, 1942





Robert Desnos au café 
© Getty / Stefano Bianchetti



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Quand il écrit les poèmes de Contrée, en 1942-1943, Robert Desnos tente «d'arriver à une "poétique fine" comme les mathématiciens sont arrivés à des "calculs fins" indispensables en relativité ou en mécanique ondulatoire». 

Le modèle mathématique le retient d'ailleurs par son exigence du détail exact. En somme, le poème dans sa clôture peut devenir une mécanique de précision dont les pièces sont ajustées minutieusement pour assurer le fonctionnement de l'ensemble. Le flux verbal que tentait de saisir dans sa continuité l'écriture automatique a fait place à l'assemblage de groupes de vers en attente de trouver leur juste contexte. La forme poétique – sonnet, ballade, ode – est l'horizon d'attente où des fragments surgis indépendamment viennent s'assembler – et révéler leur intime proximité. 







mardi 15 mars 2016

ELUARD. Tu te lèves l'eau se déplie.






Eluard. Ce soir huit janvier 1936
Picasso



Tu te lèves l'eau se déplie



Tu te lèves l'eau se déplie
Tu te couches l'eau s'épanouit

Tu es l'eau détournée de ses abîmes
Tu es la terre qui prend racine
Et sur laquelle tout s'établit

Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits
Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de l'arc-en-ciel
Tu es partout tu abolis toutes les routes

Tu sacrifies le temps
À l'éternelle jeunesse de la flamme exacte
Qui voile la nature en la reproduisant

Femme tu mets au monde un corps toujours pareil
Le tien

Tu es la ressemblance.


Paul ELUARD

In Facile, 1935 




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Le recueil Facile de Paul Eluard est paru en 1935. Réédité en 2004, cet ouvrage est composé de douze photographies de Man Ray.  Il a été imprimé en 24 exemplaires sur un papier précieux, le Japon Impérial. L’imprimeur-éditeur est Guy Levis Mano. Le texte y est disposé noir sur blanc ou blanc sur noir. La femme d’Eluard, Nusch, joue le rôle de la muse, d’une figure archétypale. Son corps est disposé de telle sorte qu’il s’intègre au livre, à sa matérialité.




Saint-Denis – Musée d’art et d’histoire
Page de couverture









Paul Éluard – Man Ray : FACILE
Première double page
Saint-Denis – Musée d’art et d’histoire




Paul Éluard – Man Ray : FACILE
Deuxième double page

Photographe : Irène Andréani