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mardi 21 juillet 2020

Renée Vivien






Renée Vivien (1877-1909), née Pauline Mary Tarn, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

Elle était la fille d’une américaine et d’un britannique fortuné (John Tarn) qui mourut en 1886, lui laissant un héritage qui la mettait à l’abri du besoin. 


Elle voyagea beaucoup à travers le monde. Ainsi, le Japon, Mytilène et Constantinople figuraient au nombre de ses destinations préférées. 

En 1899, elle s’installe définitivement à Paris et prend un nom de plume : René Vivien, prénom qu’elle féminise ensuite en Renée.

En 1901, paraît son premier recueil : Études et préludes.


De 1901 à 1909, l’intense production littéraire et poétique se mêle à... des tentatives de suicide. Renée vit le spleen baudelairien, se drogue, boit de plus en plus d’alcool en solitaire.


Renée Vivien fut la première poétesse francophone à exprimer ouvertement son amour physique pour les femmes et la deuxième femme francophone (après Mme Dacier au XVIIe siècle) à traduire l’œuvre de Sappho en français. 






**

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, 
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix, 
L'harmonie et le songe et la douleur profonde 
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts. 

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, 
Je partage leur vie intense en les touchant, 
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles 
De noble, de très doux et de pareil au chant. 

Car mes doigts ont connu la chair des poteries 
La chair lisse du marbre aux féminins contours 
Que la main qui les sait modeler a meurtries, 
Et celle de la perle et celle du velours. 

Ils ont connu la vie intime des fourrures, 
Toison chaude et superbe où je plonge les mains ! 
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures 
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins. 

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages. 
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons, 
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages 
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons. 

Ils ont connu la peau subtile de la femme, 
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois... 
Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme 
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...




In Poèmes
1910



Marie Laurencin
Jeunes filles, 1909










jeudi 1 mars 2018

Théophile Gautier. A une robe rose












A une robe rose




Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !
Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.
De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.
D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?
Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?
Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.
Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.
Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.


Théophile Gautier
In La comédie de la mort
1838





Maurice Denis
La course, 1922






Marie Laurencin 
Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen ! (...)