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vendredi 29 octobre 2021

Ouverture du Musée Dreyfus à Médan

 


Ouverture du Musée Dreyfus à Médan

 

mercredi 12 mai 2021

Convoi 75


 

Le Convoi 75 du 30/05/1944


La 3e période de la déportation des Juifs de France (sous la direction d'Aloïs Brunner) entre juillet 1943 et août 1944 se déroule de façon similaire aux périodes précédentes, à l’exception du fait que les déportations sont moins fréquentes (environ un convoi tous les 15 jours). 
Au cours d’une période de 13 mois, 20 convois acheminent environ 20.000 Juifs de France à Auschwitz (les convois 57 à 77; il n'y a pas de convoi 65). Ces convois ne sont pas composés uniquement de Juifs étrangers, mais également de Juifs français. En juin 1943, le SS-Hauptsturmführer Aloïs Brunner, un fonctionnaire nazi sous le commandement de l'administrateur des transports le SS-Obersturmbannführer Adolf Eichmann, arrive en France. Eichmann dirige depuis Berlin la section IV B4 du RSHA (Reichssicherheitshauptamt - office central de la sécurité du Reich), chargée des « affaires juives et de l'évacuation ». Il confie à Brunner la gestion des déportations des Juifs d'Autriche, de Berlin et de Grèce et envoie ensuite celui-ci en France avec l'objectif d’accélérer les déportations. En juillet, Brunner est nommé chef du « Sonderkommando » (unité spéciale) pour les affaires juives en France et dirige les arrestations des Juifs de France et leurs déportations. Brunner prend également le commandement du camp de Drancy qui est placé directement sous l'autorité de la Gestapo. Il réquisitionne la gare de Bobigny d'où les trains de déportations partent pour les camps de concentration et d'extermination.

Le convoi 75 part de la gare de Paris-Bobigny le 30 mai 1944. 1004 noms figurent sur la liste établie au camp de Drancy avant le départ, dont un exemplaire a été transmis à l’UGIF puis récupéré par le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) après la guerre et édité par Serge Klarsfeld en 1978 dans le « Mémorial de la déportation des Juifs de France ». Dans ce convoi, on compte plus de 100 déportés de moins de 18 ans selon « Le Calendrier de la persécution des Juifs de France » (Fayard 2001) également édité par Serge Klarsfeld, ainsi que des détenus du camp Vittel qui avaient été épargnés de la déportation jusque-là pour servir d'échange éventuellement. Parmi eux se trouve le poète juif franco-roumain Benjamin Fondane figurant dans la liste du convoi 75 sous son nom de naissance Benjamin Vecsler (aussi Wechsler); le philosophe et poète est principalement d'expression française et naturalisé français en 1938. Sa dernière lettre de Drancy contient des instructions spécifiques pour la publication de son œuvre.

Parmi les déportés se trouve également un groupe de 30 Juifs du département de Haute-Savoie. Ils sont arrêtés entre le 23 avril et le 18 mai et acheminés ensemble à Drancy. 

Le 29 mai, les détenus désignés pour ce convoi sont parqués dans une partie du camp réservée spécifiquement pour les déportés. Avant de partir, certains détenus inscrivent des graffitis sur les murs de la cage d'escalier qui sont découverts en 2009 lors des travaux de rénovation de l'immeuble. Parmi les inscriptions se trouve un dernier message des membres de la famille Eskenazi de Paris. Il mentionne qu'ils partent le 30 mai 1944 pour une destination inconnue, mais qu'ils sont « de bonne humeur ». Le message se termine par « Vive les Juifs! » Un autre graffiti dans une autre partie du camp est attribué à la survivante Sarah Lichtsztejn-Montard. Il est inscrit : « Vengeance ! Nous reviendrons ! 26 mai 1944 . » Dans son livre « Chassez les papillons noirs», elle rapporte quelques détails de l'épreuve qu'elle a subie: 

« Alors les soldats nous poussent à coups de crosse dans les wagons : hommes, femmes, enfants, vieillards, à plus de cent par wagon. (…) Il faisait très chaud ce jour-là. Nous étions entassés, nous pouvions tout juste nous asseoir, les genoux repliés sur la poitrine. Le train est resté immobile pendant des heures. J'ai cru que j'allais étouffer. Heureusement, ma mère avait la bonne idée de nous placer près d'une des deux lucarnes qui encadraient la porte ; nous pouvions au moins respirer un peu et lorsque le convoi s'est ébranlé, nous avons pu avaler avec délice de l'air, tiède, mais de l'air ! Les portes des wagons étaient verrouillées. Un peu de paille était étalée sur le sol. On avait posé un baril d'eau au milieu du wagon et au fond un autre baril pour les besoins naturels. (…) La nuit : une nuit de cauchemar ! Pour pouvoir dormir un peu, il fallait que quelqu'un se mette debout afin qu'un autre puisse allonger ses jambes ; ceci à tour de rôle. On avait soif et on suffoquait dans cette pestilence. (…) Pendant un arrêt dans une gare (…) des gens circulaient, pas du tout étonnés de voir des êtres humains dans des trains de marchandises et des soldats autour d'une mitrailleuse sur le toit du dernier wagon. Je l'ai vu parce que je me suis portée volontaire pour aller chercher l'eau. (…) La troisième nuit fut encore plus cauchemardesque que les autres. Pas la place de se retourner. Des enfants pleuraient, des gens âgés gémissaient, d'autres étaient malades et se vidaient par toutes les ouvertures. »

Nadine Heftler, une autre survivante du convoi 75, qui a 15 ans lorsqu'elle est incarcérée à Auschwitz, a retenu de nombreux détails de ce trajet dans son livre « Si tu t'en sors ...» Selon son témoignage, les déportés sont amenés en bus à la gare et forcés dans le wagon à environ 10 heures. Le train part à 13 heures et s'arrête à plusieurs reprises pour des raisons inconnues. Le convoi passe la frontière franco-allemande vers minuit. Heftler évoque aussi un arrêt en rase campagne, après deux jours de voyage, où les déportés sont autorisés à descendre du train pour faire leurs besoins. Il n'existe aucune possibilité d'évasion. Le train est bien gardé et les gardes allemands sont armés. Dès leur arrivée à Birkenau, Heftler et quelque 60 déportés sont sélectionnés pour aller à gauche (pour une mission de travail forcé):
« Nous passons devant un premier officier allemand. Maman, sur mes supplications, se décide à mentir en prétendant avoir trente-huit ans. Quant à moi, ne sachant que faire, je dis la vérité, quinze ans. Au lieu de nous renvoyer vers la gauche, comme on le fait pour la majorité d'entre nous, le Boche nous laisse avancer de quelques mètres avant de nous présenter à un autre officier. Même comédie, trente-huit ans, et quinze ans, mais il ne prend pas le temps de nous écouter et pousse maman vers la gauche. Je me dis en une seconde: 'Pas grave, si je n'habite pas le même block que maman, nous nous reverrons dans la journée.' Puis le Boche se ravise et nous envoie à droite, maman et moi, rejoindre un tout petit noyau de personnes. Une fois ce choix terminé, nous sommes une soixantaine de femmes, presque toutes des jeunes filles entre dix-huit et vingt-cinq ans. Maman était une des plus âgées, mais paraissait très jeune. Moi, au contraire, j'étais la plus jeune, mais je paraissais plus que mon âge. Nous nous retrouvions soixante femmes sur un convoi de 1,200 prisonniers des deux sexes (…). Nous ne savions pas encore que tous les autres étaient dirigés vers la chambre à gaz ».

Le convoi empruntera l’itinéraire habituel, tel que révélé par la Deutsche Reichsbahn (littéralement le « Chemin de fer de l'empire allemand ») à la Gestapo en novembre 1943 (voir Le Calendrier, Klarsfeld) : Paris-Bobigny, Noisy-le-Sec, Épernay, Châlons-sur-Marne, Revigny, Bar-le-Duc, Novéant-sur-Moselle , Metz, Saarbrücken, Homburg, Kaiserslautern, Mannheim, Frankfurt am Main, Fulda, Burghaun, Erfurt, Apolda, Weißenfels, Engelsdorf Mitte (Leipzig), Wurzen, Dresden, Görlitz, Kohlfurt, Arnsdorf,(Miłkowice), Liegnitz (Legnica), Königszelt (Jaworzyna Śląska), Kamenz, Niederschlesien (Kamieniec Ząbkowicki), Neisse (Nysa), Cosel, Heydebreck, Katowice (Kattowitz), Mysłowice (Myslowitz), Auschwitz.

Le train est manœuvré par les ingénieurs et les conducteurs de la SNCF jusqu'à la nouvelle frontière franco-allemande à Novéant-sur-Moselle, une commune en Lorraine annexée, rebaptisée Neuburg an der Mosel. À Neuburg, l'équipe française est remplacée par du personnel des chemins de fer allemands de la Reichsbahn. Le train s'arrête ensuite à Metz, poursuit sa route vers la Saar, traverse la Hesse et la Saxe, et continue le long de la frontière entre l'Allemagne et le Protectorat de Bohême-Moravie, pour entrer à travers Görlitz en Silésie. Le convoi passe par le carrefour ferroviaire à Kohlfurt (depuis 1945 Węgliniec) et la ville de Liegnitz (Legnica) en Basse-Silésie et se rend via Schweidnitz (Swidnica) et Kandrzin (Kędzierzyn), renommé Heydebreck à l'extrémité sud-est du Reich jusqu'à ce son arrivée à Katowice (Kattowitz) qui sert en tant que capitale de la Haute-Silésie-Orientale, une nouvelle province formée surtout du territoire polonais. La distance entre Katowice et Auschwitz est d'environ 40 km. L'ancienne ville de garnison Habsbourgeoise au sud de Katowice est également annexée au Reich.

Il y a également trois wagons sanitaires, bien que ces dispositions n’aient pas vraiment pour but la sauvegarde des malades, comme l’explique le docteur Marc Klein dans son témoignage : « J’avais été chargé du contrôle d’un des trois wagons dits «sanitaires» qui ne se distinguaient des autres wagons à bestiaux que par la présence de quelques matelas, par des réservoirs d’eau qu’on nous permettait de remplir à certaines stations, et par une réserve importante de médicaments. (…) Le travail médical de jour et de nuit fut lourd pour deux camarades médecins, une infirmière et moi-même ; il fut d’autant plus inutile, qu’à part les survivants de ce personnel sanitaire, les occupants de mon wagon devaient disparaître à l’arrivée ».

Le convoi arrive au camp d’Auschwitz-Birkenau le 2 juin 1944. Désormais, comme pour le convoi précédent arrivé de France le 23 mai, et les convois suivants, le débarquement se fait sur la nouvelle rampe située à l’intérieur du camp qui vient d’être achevée pour faciliter l’arrivée prévue de nombreux convois de déportés de Hongrie. 239 hommes de ce convoi sont sélectionnés pour les travaux forcés et tatoués des numéros A-11841 à A-12079 ainsi que 134 femmes, également sélectionnées pour les travaux forcés et tatouées des numéros A-7065 à A-7198. Le reste du convoi, c'est-à-dire 624 Juifs, sont immédiatement gazés. 

Après la libération d'Auschwitz, on compte 99 survivants du convoi 75, parmi lesquels se trouvent 54 femmes. Deux de ces survivants font partie du groupe de déportés de Haute-Savoie : Freda Olejnik qui a 23 ans au moment de son arrivée à Auschwitz. Elle survit parce qu'elle a été affectée dans une équipe de travail forcé d'abord à Ravensbrück puis à Malkow (près de Stettin). L'autre survivant s'appelle Robert Weil qui a 32 ans au moment de son arrivée à Auschwitz et qui a été transféré à Gross-Rosen et ensuite à Buchenwald.


Bibliographie  :
  • Serge Klarsfeld, Le memorial de la deportation des Juifs de France, ( Paris : Beate & Serge Klarsfeld), 1978, 1 vol. (unpaged
  • Marc Klein, Témoignage strasbourgeois, Paris, Les belles Lettres, 1954, p. 429.
  • Sara Lichtsztejn, Chassez les papillons nois - recits d'une survivante des camps de la mort nazis, Paris, Le manuscrit, 2011, 351 p.
  • Nadine Heftler, Si tu t'en sors... - Auschwitz 1944-1945, Paris, La Découverte, 1992, 189 p.



DRANCY. 30 Mai 1944. Convoi 75. Lieux de Mémoire


              

Drancy. 30 mai 1944


Rue de la Station, face à la gare du Bourget-Drancy, arrivent les autobus.
Les déportés sont entassés dans les wagons à bestiaux de la S.N.C.F.
Le convoi numéro 75 emporte vers Auschwitz 1000 personnes, dont 60 petites filles et 52 petits garçons.


Seront sélectionnés dès leur arrivée à Auschwitz 134 femmes et 239 hommes.

Seront assassinés par gazage dès leur arrivée à Auschwitz 627 personnes.

Survivront en 1945 : 35 hommes et 64 femmes.







mercredi 27 janvier 2021

Simone VEIL. L'Album d'AUSCHWITZ. Préface

77e anniversaire de la "libération" 

d'Auschwitz-Birkenhau le 27 janvier 1945




« Ceux qui ne connaissent pas l'Histoire, s'exposent à ce qu'elle recommence... »
 

« Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli.» 
Elie Wiesel

______




PREFACE DE L’ALBUM D’AUSCHWITZ 

AVANT-PROPOS


Je n’avais pas encore dix-sept ans lorsque j’ai été déportée à Auschwitz. J’étais une jeune fille française, juive, croyant aux valeurs de liberté et de progrès que l’école m’avait enseignées. Je me suis retrouvée jetée dans un univers de mort, d’humiliation et de barbarie. Je voulais grandir, comme tous les jeunes gens de mon âge. Mais on ne grandit pas à Auschwitz. A l’âge des promesses, j’y ai perdu bien des illusions.

Quelques semaines après mon arrivée, au printemps 1944, les Juifs de Hongrie sont arrivés en wagons à bestiaux et ont été aussitôt précipités sur la rampe de Birkenau qui, peu de temps avant, venait d’être prolongée pour être plus proche des chambres à gaz. Jour après jour, les trains se sont succédés. En six semaines à peine, alors que le débarquement avait déjà eu lieu sur les plages de Normandie, porteur de l’espoir d’une victoire alliée, les nazis parachevaient leur œuvre de haine et envoyaient à la mort près d’un demi million d’hommes, femmes et enfants de tous âges et de toute condition. De ces enfants, femmes, vieillards, presque aucun n’est entré dans le camp ; presque tous, dès leur descente des wagons, étaient conduits vers les chambres à gaz. Pour nous qui savions, impuissants, ce qui les attendait, c’était une vision d’horreur. Mais ce qui nous hantait, par-dessus tout, c’est que non seulement, nous les Juifs d’Europe, allions, dans l’indifférence des nations, être anéantis, mais c’est qu’il ne resterait aucune trace de notre extermination.

Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires. C’est pourquoi, « l’Album d’Auschwitz », dont on lira l’histoire et la découverte dans les pages qui suivent, seul témoignage des vivants à leur arrivée et dans les jours suivants, constitue, par les photos des Juifs hongrois qui y ont été collées, un document unique, un témoignage unique de l’anéantissement des Juifs d’Europe

C’est l’événement le plus tragique que j’ai vécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.. J’ai connu les lumières écrasantes et les regards écrasés de ces photos. J’ai vu, atterrée, ces visages décomposés, ces femmes qui portent les jeunes enfants et soutiennent les grands, ces foules, encore ignorantes de leur destin, qui marchent vers les chambres a gaz. J’ai connu le sourire incrédule de ces vieillards et la vaine détermination à survivre. Cet étonnement, cette innocence, cette incompréhension que chacun de nous, témoins muets, lisions sur leurs visages, ont ravivé des larmes que je pensais ne plus pouvoir verser. Car nous avons pleuré sur eux, nous qui étions de l’autre côté des barbelés mais tout proche d’eux.

L’album d’Auschwitz ne montre pas les morts mais les vivants ; il témoigne de l’humanité à laquelle nous appartenions et dont les nazis avaient voulu nous éliminer. En contemplant ces photographies, nous ne pouvons qu’être frappés par ces gestes familiers : gestes de mère, d’angoisse, d’amour. Et surtout les gestes des enfants : ces enfants qui étreignent leurs mères, cette petite fille qui enfouit sa main dans sa bouche, ce petit garçon au regard farouche qui, les mains enfoncées dans ses poches, dévisage l’appareil photographique, ce frère qui tient, serrée dans la sienne, la main de son cadet. J’ai été aussi saisie par les photos des femmes, au moins provisoirement sauvées par le travail forcé, un sort que j’ai partagé. Alignées devant l’objectif, toutes baissent les yeux. Sur une autre photographie, alors qu’on les emmène au camp des femmes, dans leurs uniformes dérisoires, sans foulard pour couvrir leurs têtes rasées, on voit Lida Leibovics et Ella Guttman, aujourd’hui identifiées, discrètement s’enlacer. Car nos corps, bien que brisés par le travail et les sévices, conservaient une dernière chaleur, une solidarité, un signe de notre humanité.

Ces photographies sont d’une importance cruciale : elles incarnent les mots, elles montrent des visages, elles sont une preuve incontestable de ce qui devait être effacé de la mémoire des hommes. Elles sont pour la mémoire collective ce que le recensement des noms de tous les disparus, accompli par Yad Vashem et par le Mémorial de la Shoah, pour la France, représente pour les familles des morts et des survivants.

C’est pourquoi, aujourd’hui, au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, il est important que cet Album soit réédité. Je suis heureuse que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que j’ai l’honneur de présider, propose cette nouvelle édition en français, enrichie et augmentée, de l’album découvert il y a soixante ans. Ces images sont un appel à la vigilance. Leurs commentaires éclairent notre connaissance de cette époque noire. Elles informent et dénoncent en même temps l’histoire de ce qui ne doit jamais plus arriver. Je souhaite que dans chaque bibliothèque française, on puisse le trouver, aux côtés du film Shoah de Claude Lanzmann et du livre Mémorial de Serge Klarsfeld.

Je m’adresse, particulièrement, aux jeunes générations. Cet album est un pont jeté entre nous et vous. Il n’est pas un livre comme les autres mais un livre de vies détruites qui appelle à la réflexion. Il donne à voir des êtres qui ne sont pas loin de vous, vous qui les regardez. Enfin, les commentaires historiques qui le complètent permettent de mieux appréhender ce que fut la Shoah. Je souhaite, qu’à la lecture de l’Album d’Auschwitz, vous preniez encore davantage conscience de l’événement sans équivalent et sans précédent que fut la Shoah. Vous serez demain les citoyens qui aurez la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de haine et de meurtre, à la même faillite de l’humanité. Ce travail de mémoire auquel je vous invite est exigeant et douloureux. Mais il est nécessaire pour que nous puissions bâtir notre avenir, en tant que citoyens d’une Europe réconciliée et plus fraternelle.


Simone VEIL
Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
in L'ALBUM D'AUSCHWITZ

L'Album d'Auschwitz
Serge Klarsfeld, Marcello Pezzetti, Sabine Zeitoun,
Préface de Simone Veil,
coédition Al Dante et Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2005, 151 p.











lundi 9 novembre 2020

Le Général de Gaulle est mort le 9 novembre 1970. Il y a cinquante ans aujourd'hui

[publié chaque année depuis l'origine du blog]







Le Général de Gaulle est mort le 

9 novembre 1970



"Puisque tout recommence

 toujours, ce que j'ai fait sera,

tôt ou tard, source d'ardeurs

 nouvelles,

après que j'aurai disparu."

  Charles de Gaulle 
   In Mémoires de guerre, tome 3.






Dessin de Jacques FAIZANT. Le Figaro. 10 novembre 1970 


      Le poignant hommage de Jacques 

Faizant représente Marianne pleurant ou 

priant sur le tronc d'un chêne abattu. 



L'ombre de Victor HUGO est présente et

évoque ce vers dans Toute la 

lyre où se trouve l'éloge de 

HUGO à Théophile GAUTIER :


(...) Oh ! Quel farouche bruit font 

dans le crépuscule

Les chênes qu'on abat pour le bûcher 

d'Hercule ! (...)


"Les chênes qu'on abat" donnera également à 

André Malraux le titre de son livre paru dès

après la mort du Général, en 1971. Ce livre 

retrace le long dialogue que le Général eut 

avec Malraux.







Un char EBR Panhard transporte le cercueil du Général depuis
La Boisserie jusqu'à l'église de Colombey







jeudi 16 juillet 2020

(2) La rafle du Vel d'Hiv. 16 et 17 juillet 1942





La rafle du Vel d'Hiv

– 16 et 17 juillet 1942 –




Vent printanier    

Instructions de M. Hennequin, directeur de la police municipale de Paris, aux agents de police lors de la Rafle du Vél' d'Hiv' à Paris, 16-17 juillet 1942 :


1. Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux [...]
2. Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire.
3. Les agents chargés de l'arrestation s'assurent lorsque tous les occupants du logement sont à emmener, que les compteurs à gaz, de l'électricité et de l'eau sont bien fermés. Les animaux sont confiés au concierge. [...]
7. [...] Les opérations doivent être effectuées avec le maximun de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire.
8. Les gardiens et inspecteurs chargés de l'arrestation rempliront les mentions figurant au dos de chacune des fiches :
Indication de l'arrondissement ou de la circonscription du lieu d'arrestation ;
« Arrêté par », en indiquant les noms et services de chacun des gardiens et inspecteurs ayant opéré l'arrestation ;
Le nom de la personne à qui les clés auront été remises ;
Au cas de non-arrestation seulement de l'individu mentionné sur la fiche, les raisons pour lesquelles elle n'a pu être faite et tous renseignements succints utiles ;

Et selon le tableau ci-après :



SERVICE :
Agents capteurs :
Nom..............................................
Nom..............................................
Service..............................................
Service..............................................
Clés remises à M. ..............................................
No ..............................................
rue ..............................................
Renseignements en cas de non-arrestation
Paris, le 12 juillet 1942
Le Directeur de la Police Municipale
Signé HENNEQUIN 




      Bref rappel :

Ces 16 et 17 juillet 1942, 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants ont été arrêtés par la police française et enfermés au Vélodrome d’Hiver.
Simultanément, 1 989 hommes et 3 003 femmes, couples sans enfants et célibataires, avaient été arrêtés et enfermés dans le camp de Drancy.

La quasi-totalité des 13 152 raflés furent déportés après séparation brutale dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers des enfants en bas âge, environ 3 000, de leurs parents qui furent déportés les premiers.

Quant aux enfants, transférés à Drancy, ils en furent déportés entre le 17 et le 31 août 1942, mélangés à des adultes juifs en provenance de la zone libre où ils avaient également été arrêtés par les forces de police vichystes.







La seule photo existante








**
1942 - 1995 ... Le grand silence. 
Enfin une voix se lève :
    
Extrait du discours de Jacques CHIRAC, Président de la République, prononcé le 16 juillet 1995 devant le monument commémoratif de la Rafle, situé
Square de la place des Martyrs Juifs du Vélodrome d’Hiver.


« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français.
Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 4 500 policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
(…)

La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »