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mardi 17 novembre 2020

Nicolas le Magnifique




Alain Pompidou: 
"le jour où ma mère achète un Nicolas de Staël"







Nicolas de Staël
Les Toits de Paris
1953





Je n’oublierai jamais ce soir de juillet 1958, quand ma mère, Claude Pompidou, fait ce splendide cadeau d’anniversaire à Georges, mon père. Elle a acheté ce tableau à crédit, 40 000 francs, une somme pour l’époque. Aujourd’hui, il vaut cent fois plus cher !






" Cet après-midi de 1953, j’accompagne mes parents dans l’atelier de l’artiste. Je suis subjugué par son travail. Mon regard se balade et je tombe en arrêt devant un tout petit tableau de… Nicolas de Staël, encore méconnu, posé sur la cheminée. Il fait 10 centimètres sur 10 centimètres, est peint au couteau, avec un beau relief, il déploie un splendide camaïeu de gris, la couleur de cette glaise qui me fascine. Je m’exclame, du haut de mes 11 ans : « Cette toile est magnifique ! » Eclat de rire général.


Cinq ans plus tard, début 1958, papa vient de quitter son poste de directeur de la banque Rothschild, décidé à se mettre au service du général de Gaulle qui le sollicite. Ma mère n’y est pas favorable, estimant, à juste titre, que « la politique est un jeu de massacre ». Ils ont quelques disputes à ce sujet. Peut-être pour se faire pardonner une parole malheureuse, maman décide de lui faire un cadeau pour ses 47 ans, le 5 juillet 1958. 





Elle se rend dans « leur » galerie, chez Jeanne Bucher, où, ensemble, ils ont déjà fait l’acquisition d’un cubiste pas trop cher, Youla Chapoval. Elle se souvient très bien de l’épisode de Bagneux. Choisit sans hésiter « Les toits de Paris », de Nicolas de Staël, une merveille multicolore peinte en 1952, qu’elle va payer en trois fois ! Je la vois arriver à la maison, quai de Béthune, avec son tableau emballé. Elle va chercher un marteau et l’accroche. Vers 21 heures, mon père, harassé, arrive de chez le Général, sa serviette bourrée de paperasses qui vont l’occuper tard après le dîner. Claude lui montre la paroi et… le voilà transfiguré ! Emerveillé, enthousiaste. Le dîner est une fête, il se lève dix fois pour regarder son chef-d’œuvre. J’ai 16 ans et je sais que j’y suis pour quelque chose ! On rit. Le tableau est aujourd’hui chez moi, riche de souvenirs. "

©Alain Pompidou

In Claude. C’était ma mère , éd. Flammarion

 





jeudi 1 août 2019

Nicolas De Staël






Nicolas de Staël, Agrigente (détail), 1953-54, huile sur toile, CR 750, Collection particulière - Courtesy Lefevre Fine Art, Londres © Adagp Paris, 2018







Développement de l’œuvre de Nicolas de Staël lors de son séjour en Provence, entre juillet 1953 et juin 1954.

La période provençale de Nicolas de Staël marque un tournant essentiel, aussi bien dans sa vie que dans son œuvre. Entre juillet 1953 et juin 1954, l’artiste y puise une nouvelle source d’inspiration.

La découverte de la lumière du Midi, la beauté exceptionnelle de ce pays, la rencontre amoureuse d’une femme et l’épreuve de la solitude qui lui permet de répondre à sa future exposition à New York à la galerie Paul Rosenberg, sont autant d’expériences qui nourrissent son imaginaire et le rythme spectaculaire de sa production artistique. La renommée internationale de Nicolas de Staël prend son élan au cœur de la Provence.



À Lagnes, en juillet 1953, le regard du peintre s’intensifie. Les paysages sont saisis au plus près de leur motif avec une attention portée sur l’évolution de la lumière au fil de la journée. En août, le peintre voyage jusqu’en Sicile. Son appréhension des paysages, des sites archéologiques et des musées, lui permet, une fois de retour à Lagnes, de mettre en chantier une série de tableaux parmi les plus importants de sa carrière, notamment à partir des notes prises dans ses carnets à Fiesole, Agrigente, Selinonte et Syracuse. À la même époque, son intérêt pour l’étude du nu trouve son expression la plus accomplie dans les grands tableaux de figures et de nus qui dialoguent souvent avec le paysage.

Au terme de cette année intense de travail, le peintre a la certitude, en 1954, d’avoir donné le maximum de sa force. Préparant son exposition à New-York, il écrit à Paul Rosenberg : « Je vous donne là, avec ce que vous avez, de quoi faire la plus belle exposition que je n’ai jamais faite. » 









Nicolas de Staël, Paysage, Sicile, 1953, huile sur toile, 73 x 100 cm, Collection privée © Adagp, Paris, 2018, Photo : © Jean Louis Losi

Nicolas de Staël, Agrigente, 1954, huile sur toile, 60 x 81 cm, Collection Particulière / Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Comité Nicolas de Staël

Nicolas de Staël, Paysage de Provence, 1953, huile sur toile, 33 x 46 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid © Adagp, Paris, 2018, photo : © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid



Nicolas de Staël, Ciel de Vaucluse, 1953, huile sur toile, 16 x 24 cm © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi

Nicolas de Staël, Paysage de Sicile, 1953, huile sur toile, 87,5 x 129,5 cm, The Fitzwilliam Museum, Cambridge © Adagp, Paris, 2018, photo : © The Fitzwilliam Musuem, Cambridge 









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jeudi 14 mars 2019

REVERDY. Voyage en Grèce












Né à Narbonne en septembre 1889, Pierre Reverdy fonde la revue Nord-Sud, qui annonce le surréalisme, en 1917. Dès 1926, il se retire près de l’abbaye de Solesmes où il meurt le 17 juin 1960. Lui qui avait anticipé bien des avant-gardes s’éloigne quand des suiveurs plus tacticiens commencent à occuper le haut du pavé littéraire. Car la mise à distance est ce qui fonde son existence tout autant que son écriture. « La poésie, c’est le bouche-abîme du réel désiré qui manque », disait-il.
Son œuvre s’impose dans le siècle, solitaire et inégalée, au point que l’on a pu suggérer qu’il n’était pas poète : il était la poésie même. 
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Voyage en Grèce

J’aurai filé tous les nœuds de mon destin d’un trait, sans une escale : le cœur rempli de récits de voyages, le pied toujours posé sur le tremplin flexible des passerelles du départ et l’esprit trop prudent surveillant sans cesse les écueils.
Prisonnier entre les arêtes précises du paysage et les anneaux des jours, rivé à la même chaîne de rochers, tendue pour maîtriser les frénésies subites de la mer, j’aurai suivi, dans le bouillonnement furieux de leur sillage, tous les bateaux chargés qui sont partis sans moi. Hostile au mouvement qui va en sens inverse de la terre et, insensiblement, nous écarte du bord : regardant, le dos tourné à tous ces fronts murés, à ces yeux sans éclat, à ces lèvres cicatrisées et sans murmures, par-dessus les aiguilles enchevêtrées du port qui, les jours de grand vent, du fil de l’horizon tissent la voile des nuages. En attendant un autre tour. En attendant que se décident les amarres ; quand la raison ne tient plus à la rime : quand le sort est remis au seul gré du hasard jusqu’au jour où j’aurais pu enfin prendre le large sur un de ces navires de couleur, sans équipage, qui vont en louvoyant mordre de phare en phare comme des poissons attirés par la mouche mordorée du pêcheur. Courir sous la nuit aimantée sans une étoile, dans le gémissement du vent et le halètement harassé de la meute des vagues pour, lorsqu’émerge enfin des profondeurs de l’horizon sévère le fronton limpide du matin, aborder, au signal du levant, l’éclatant rivage de la Grèce — dans l’élan sans heurt des flots dociles, frémissant parmi les doigts de cette large main posée en souveraine sur la mer.



Pierre REVERDY
in Balle au bond









"...Tous les bateaux chargés qui sont partis sans moi..."


Nicolas DE STAËL
Bateau




lundi 25 décembre 2017

Maurice CAREME. Nuit de Noël




Nuit de Noël
 


La terre est noire ;
L’église, blanche.
Que cache-t-elle
Pour être ainsi
Tellement belle
Dans l’air noirci ?
Rien qu’un enfant
Qui vient de naître
Entre deux bêtes
Si ingénues
Que, dans leur  l’ombre,
Il tient le monde
Dans son poing nu.

 



Maurice Carême 

Tambour battant




La terre est noire ;
L’église, blanche.(...)


Nicolas de Staël
Paris la nuit, 1954

*   *   *

Dans la religion chrétienne
L’iconographie de la Nativité comprend trois parties : les Préludes, c'est-à-dire les épisodes antérieurs à la naissance de Jésus (le voyage à Bethléem, le recensement, l'attente de l'accouchement), la Nativité proprement dite, l'Annonce aux bergers et l'Adoration des mages.

La Nativité, proprement dite, rassemble Marie, Joseph, l'Enfant Jésus, les bergers, les anges et les rois mages le jour de l'Épiphanie.

Le thème de la Nativité apparaît très fréquemment à l'époque médiévale, mais aussi à la Renaissance, en raison de ses liens avec la liturgie chrétienne. Par ailleurs, ce choix iconographique permet de célébrer la Vierge au même titre que son fils.


Représentations anciennes de la Nativité
Les plus anciennes représentations paléochrétiennes de la Nativité connues datent du IIIe siècle, mais c'est surtout aux IVe et Ve siècles qu'elles deviennent plus nombreuses. Une scène d'Adoration des mages dans la catacombe de Priscille remonte au IIIe siècle. Cette catacombe abrite aussi une fresque du IIe siècle de la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras et à sa gauche, un prophète. Cette peinture est la plus ancienne représentation mariale et pourrait évoquer la Nativité car il semble qu'elle est en train d’allaiter Jésus. Découverte dans les catacombes de Saint-Sébastien à Rome, une peinture murale orne la chambre mortuaire d'une famille chrétienne ayant vécu aux environs de 380, Jésus étant représenté emmailloté dans des bandelettes funéraires qui évoquent sa nature humaine et mortelle. Une autre mention fait référence à une scène peinte sur un sarcophage de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, représentant l'adoration de l'Enfant Jésus par les mages. Mais l'essentiel des représentations remonte au Moyen Âge et de très nombreux peintres y ont trouvé leur inspiration.

- La représentation la plus ancienne de la Nativité ?
basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume 


*   *   *




Saint-Joseph. Icône melkite



Exhortation apostolique Redemptoris Custos § 11.12


La circoncision
La circoncision d'un fils était le premier devoir religieux du père par ce rite (cf. Lc 2, 21), Joseph exerce son droit et son devoir à l'égard de Jésus. Le principe selon lequel tous les rites de l'Ancien Testament ne sont que l'ombre de la réalité (cf. He 9, 9-10; 10, 1) fait comprendre pourquoi Jésus les accepte.
Comme pour les autres rites, celui de la circoncision trouve en Jésus son « accomplissement ». L'alliance de Dieu avec Abraham dont la circoncision était le signe (cf. Gn 17, 13), atteint en Jésus son plein effet et sa réalisation parfaite, car Jésus est le « oui » de toutes les anciennes promesses (cf. 2 Co 1, 20).

L'imposition du nom
A l'occasion de la circoncision, Joseph donne à l'enfant le nom de Jésus. Ce nom est le seul nom dans lequel se trouve le salut (cf. Ac 4, 12) ; et sa signification avait été révélée à Joseph au moment de son « annonciation » : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés. » (Mt 1, 21.)
En lui donnant son nom, Joseph manifeste sa paternité légale à l'égard de Jésus et, en prononçant ce nom, il proclame la mission de sauveur qui est celle de l'enfant.



Extraits de 
Redemptoris Custos § 11.12, Jean-Paul II (Pape Jean-Paul II)




samedi 18 novembre 2017

Nicolas de Staël

















Nu couché



Grand nu orange



Une des dernières lettres de Nicolas de Staël, deux mois avant son suicide, envoyée à Douglas Cooper, un collectionneur érudit, mais sans doute trop bardé de certitudes sur sa peinture :
« Ce qui est important dans ce que vous dites, c'est que vous donnez un aspect de votre avis, alors que la peinture, la vraie, tend toujours à tous les aspects, c'est à dire à l'impossible addition de l'instant présent, du passé et de l'avenir.
Les raisons pour lesquelles on aime ou l'on n'aime pas ma peinture m'importent peu parce que je fais quelque chose qui ne s'épluche pas, qui ne se démonte pas, qui vaut par ses accidents que l'on accepte ou pas.
On fonctionne comme on peut. Et moi j'ai besoin pour me renouveler, pour me développer, de fonctionner toujours différemment d'une chose à l'autre, sans esthétique à priori(...)


Le contact avec la toile je le perds à chaque instant et le retrouve et le perds...
Il le faut bien parce que je crois à l'accident, je ne peux avancer que d'accident en accident, dés que je sens une logique trop logique cela m'énerve et vais naturellement à l'illogisme.

Tout cela bien sûr n'est pas facile à dire, n'est pas facile à voir, il n'y a pas de vocabulaire et, si vous voulez, le système métrique de cela restera à inventer lorsque j'aurai fini de peindre .

Antibes, janvier 1955 »



Nicolas de Staël in "Lettres" Editions Ides et Calendes












Composition, 1942




Composition sur fond gris, 1942


Dieppe

Joueurs de football, 1952

Brise-lames, 1947

Rue Gauguet 109, 1949

Jour de fête

Pot rouge

Les bouteilles, 1952

Nature morte aux bocaux, 1953


Bouteilles dans l'atelier, 1954




Nature marte en gris, 1954






Concert, 1955

Ménerbes

Fiesole

Paysage de Sicile, 1954

Temple sicilien

Nature morte avec une bouteille, 1952

La route d'Uzes, 1954









On commentera exceptionnellement par ces vers de B.Cendrars : 

L'Equateur

L'Océan est d'un bleu noir le ciel bleu est pâle à côté
La mer se renfle tout autour de l'horizon
On dirait que l'Atlantique va déborder sur le ciel
Tout autour du paquebot c'est une cuve d'outremer pur