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samedi 5 décembre 2020

CHARPENTREAU

 


 Le chat et le chant


Sur la scène de l'Opéra,
Autour de la grande chanteuse,
Dansent en rond les petits rats.
La cantatrice est bien heureuse.

Elle sait que rien ne viendra
Troubler ses harmonieux arpèges,
Car la danse des petits rats
Des fausses notes la protège.

Elle soulève à tour de bras
Sa poitrine en soufflet de forge
Et prête à lancer sur les rats
Le chat qu'elle aurait dans la gorge.



Jacques CHARPENTREAU



"...Dansent en rond les petits rats."

Edgar DEGAS
Danseuses Bleues, vers 1893



FOUJITA
Youki au chat, 1923



samedi 11 juillet 2020

CHARPENTREAU. Le petit poème






Le petit poème


Il faut caresser le petit poème
D'une main légère et qui pèse à peine,
Toujours dans le sens des plumes des ailes,

Pour l'apprivoiser, lui dire qu'on l'aime
Que le ciel immense est son vrai domaine,
Qu'il est tendre et beau, que la vie l'appelle...

Il hésite un peu, l'attente est si belle,
Il frémit encor, le désir l'entraîne
Et s'envole alors le petit poème.


Jacques CHARPENTREAU



Picasso--colombe.jpg
... Il hésite un peu, l'attente est si belle,
Il frémit encor, le désir l'entraîne
Et s'envole alors le petit poème.

* * *


La Colombe de la paix est un dessin sur affiche de Pablo Picasso réalisé en 1949.

mardi 23 octobre 2018

Charpentreau. L'école





L’école



      Dans notre ville il y a
Des tours, des maisons par milliers,
Du béton, des blocs, des quartiers,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
               Tout bas.


        Dans mon quartier il y a
Des boulevards, des avenues,
Des places, des ronds-points, des rues,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
               Tout bas.


          Dans notre rue il y a
Des autos, des gens qui s’affolent,
Un grand magasin, une école,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
               Tout bas.


        Dans cette école il y a
Des oiseaux chantant tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon cœur, mon cœur, mon cœur qui bat
                    Est là.



Jacques Charpentreau




samedi 2 décembre 2017

CHARPENTREAU. Le petit poème






Le petit poème


Il faut caresser le petit poème
D'une main légère et qui pèse à peine,
Toujours dans le sens des plumes des ailes,

Pour l'apprivoiser, lui dire qu'on l'aime
Que le ciel immense est son vrai domaine,
Qu'il est tendre et beau, que la vie l'appelle...

Il hésite un peu, l'attente est si belle,
Il frémit encor, le désir l'entraîne
Et s'envole alors le petit poème.


Jacques CHARPENTREAU




... Il hésite un peu, l'attente est si belle,
Il frémit encor, le désir l'entraîne
Et s'envole alors le petit poème.

* * *


La Colombe de la paix est un dessin sur affiche de Pablo Picasso réalisé en 1949.

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Relire les poèmes de Charpentreau déjà publiés

jeudi 17 mars 2016

CHARPENTREAU. L'Arbre tout seul


 5/20 mars 2016




Perdu au milieu de la ville,
L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les parkings, c’est pour stationner,
Les camions, pour embouteiller,
Les motos, pour pétarader,
Les vélos, pour se faufiler.
L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les télés, c’est pour regarder,
Les transistors, pour écouter,
Les murs pour la publicité,
Les magasins pour acheter.
L ’arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Les ascenseurs, c’est pour grimper,
Les présidents pour présider,
Les montres pour se dépêcher,
Les mercredis pour s’amuser.
L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?
Il suffit de le demander
A l’oiseau qui chante à la cime.



Jacques Charpentreau 





René Magritte

Arbre-Feuille inscrit dans un rectangle
vers 1935
Etude pour "La Géante"


L'empire des Lumières, 1954

La Vie de Famille, date inconnue

Gouache sur papier collé sur carton

Signature en bas à gauche : Magritte
Dimensions : 236 x 187 mm
Origine : Legs de Mme Germaine Kieckens, Bruxelles, 1997
© Ch. Herscovici, avec son aimable autorisation c/o SABAM Belgium


___________

Provenance: Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns 


vendredi 11 mars 2016

CHARPENTREAU. Aveux d'un favorisé



 5/20 mars 2016


  « Les poèmes, les mots de Jacques Charpentreau n'en finissent pas d'enchanter » 
(Andrée Chedid).  





Aveux d’un favorisé

     Je suis et j’ai toujours été favorisé.
     J’étais né enfant de favorisés. Ma mère avait pu interrompre ses études toute jeune pour aider son père à la tâche. Mon père, orphelin d’un père déjà favorisé par la Compagnie des chemins de fer qui lui avait offert une place de chauffeur de locomotive à vapeur et à charbon, mon père bénéficiait d’une double journée. Il faisait le ménage dans des bistrots parisiens à cinq heures du matin, avant d’embaucher dans une banque comme garçon de recettes et de pouvoir compter des liasses de billets. On dirait aujourd’hui qu’il avait la double faveur d’être technicien de surface et banquier.
     Enfant favorisé, j’ai eu beaucoup de chance : on m’a offert divers examens et diplômes me permettant d’entrer vraiment au travail à dix-neuf ans, après de petits boulots dès quatorze ans. J’ai pu traverser la guerre et l’occupation allemande à travers des hivers assez rudes qui pendaient des stalactites de glace au-dessus de mon lit dans une pièce sans chauffage, et j’ai même pu manger un morceau de viande où grouillaient des asticots, mais de vraie viande. J’ai pu bénéficier de la réduction d’une double fracture sans anesthésie.  J’ai survécu.


Ici, Jacques Charpentreau aux côtés d'Hélène Cadou

     Marié, père de famille, toujours favorisé, j’ai pu nous loger dans une pièce unique d’un îlot insalubre du 13e arrondissement de Paris, sans eau courante mais avec un robinet commun dans la cour, et des toilettes, un cabinet pour vingt familles, mais, encore un privilège, ma famille avait pu acquérir un seau hygiénique.
     Et puis, privilégié de père en fils, vieille habitude familiale, j’ai pu travailler un peu plus en allongeant mes journées, en utilisant les congés et vacances, etc.
     Alors, quand je lis dans les journaux et quand j’entends à la radio (car, faveur suprême, je ne possède pas la télévision), quand j’apprends qu’aujourd’hui dans notre pays il y a tant d’enfants défavorisés, j'ai honte, et je me sens un peu coupable de ne pas l'avoir été, moi, défavorisé.
                                  
Jacques Charpentreau 
10 février 2012



CHARPENTREAU. La même Vie

                  5/20 mars 2016
 




Audrey Hepburn

"... un regard dans la glace

Changent l'ordre du temps..."




La même vie

  

Un geste, une caresse, un regard dans la glace

Changent l'ordre du temps.

Je ne saurai jamais quel univers déplace

Cette main que je tends.



Quel insecte, quel astre en leurs métamorphoses

Éclosent au moment

Où je cueille pour toi cette dernière rose,

Belle-au-Jardin-dormant.



Espace et temps mêlés, quel secret en sa gangue

Tisse l'endroit, l'envers ?

L'étoffe se déchire, Einstein tire la langue

Au fragile univers.



Sagesse du vieux clown ! Chaque coup de cymbale

De l'orchestre d'Ariel

Salue un jeune Dieu qui jongle avec ses balles

Sur le vieil arc-en-ciel.



Ariane, ma sœur, au fil noir de ma plume,

Tous les mots que j'écris

Ne sont que les reflets des mondes où s'allument

Des rires et des cris.



Un geste, une caresse – à ce moment peut-être,

Quelque part, une main

Amicale se tend vers moi sans me connaître

Et me guide en chemin.



Une feuille pour moi quitte à jamais sa branche

Et tournoie vers le sol;

Sur un astre ignoré, pour moi, un oiseau tranche

L'air épais de son vol.



Comment vous remercier, humains, choses et bêtes,

Vous qui veillez sur moi ?

Nous avons même vie, même amitié secrète,

Je le sais, je le vois.



Et la flèche du temps, vers sa lointaine cible,

Errante jour et nuit,

Traverse le cosmos visible et invisible

Et toute vie la suit.





Jacques CHARPENTREAU

©Jacques CHARPENTREAU 





Albert EINSTEIN, 14 mars 1951

"...L'étoffe se déchire, Einstein tire la langue
Au fragile univers..."




“J’ai toujours eu de la difficulté à accepter l’autorité, et ici, tirer la langue à un photographe qui s’attend sûrement à une pose plus solennelle, cela signifie que l’on refuse de se prêter au jeu de la représentation, que l’on se refuse à livrer une image de soi conforme aux règles du genre.”

Albert Einstein.

CHARPENTREAU. Le Chat et le Chant













 Le chat et le chant

Sur la scène de l'Opéra,
Autour de la grande chanteuse,
Dansent en rond les petits rats.
La cantatrice est bien heureuse.

Elle sait que rien ne viendra
Troubler ses harmonieux arpèges,
Car la danse des petits rats
Des fausses notes la protège.

Elle soulève à tour de bras
Sa poitrine en soufflet de forge
Et prête à lancer sur les rats
Le chat qu'elle aurait dans la gorge.


Jacques CHARPENTREAU



"...Dansent en rond les petits rats."

Edgar DEGAS
Danseuses Bleues, vers 1893



FOUJITA
Youki au chat, 1923






jeudi 21 janvier 2016

CHARPENTREAU. La lessive




La lessive


Chaque semaine, mes parents,
Cinq tantes, dix oncles, vingt nièces,
Cent cousins, des petits, des grands,
Se pressent dans la même pièce.

Dans la machine, ils introduisent
Mille corsages et chemises,
Cent mille slips et pyjamas,
Un million de paires de draps.

Nylon, dentelles ou guenilles,
Chaque semaine nous avons
Cette habitude : nous lavons
Notre linge sale en famille.


Jacques Charpentreau


Femmes au lavoir. Ile de Batz.










dimanche 3 janvier 2016

CHARPENTREAU. En Voyage





René MAGRITTE
La voix du sang




En voyage

Quand vous m'ennuyez, je m'éclipse,
Et, loin de votre apocalypse,
Je navigue, pour visiter
La Mer de la Tranquillité.

Vous tempêtez ? Je n'entends rien.
Sans bruit, au fond du ciel je glisse.
Les étoiles sont mes complices.
Je mange un croissant. Je suis bien.

Vous pouvez toujours vous fâcher,
Je suis si loin de vos rancunes !
Inutile de me chercher :
Je suis encore dans la lune.


Jacques CHARPENTREAU





(...) Inutile de me chercher :
Je suis encore dans la lune. (...)
René MAGRITTE
Hommes et Lunes



(...) Inutile de me chercher :
Je suis encore dans la lune. (...)
René MAGRITTE
La page blanche, 1967
Une des dernières peinte par MAGRITTE






René Magritte :
« Ma peinture consiste en des images inconnues de ce qui est connu. Elle décrit une pensée faite des apparences que le monde nous offre et qui sont unies dans un ordre qui évoque le mystère de leur réalité. »