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lundi 14 février 2022

Gautier. Le nombril






Le Nombril




Nombril, je t’aime, astre du ventre.
Œil blanc dans le marbre sculpté,
Et que l’Amour a mis au centre
Du sanctuaire où seul il entre,
Comme un cachet de volupté.


Théophile Gautier
In Poésies libertines





Klimt. Les trois âges de la femme









mardi 24 décembre 2019

Gautier. Noël







Noël


Le ciel est noir, la terre est blanche ;
- Cloches, carillonnez gaiment ! -
Jésus est né ; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l'enfant du froid ;
Rien que les toiles d'araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche
L'âne et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s'ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers : " Noël ! Noël ! "

Théophile Gautier
In Émaux et Camées 
1852

Théophile Gautier



*


      Propos d'un rabat-joie :

Noël est la plus politique des fêtes, et on met la religion de côté, parce qu’à Noël il y a des cadeaux, autrement dit un choix à faire par rapport à la société de consommation, mais il y a aussi un repas, et alors là, le repas est désormais un exercice impossible… Élaborer un menu pour plus d’une personne par les temps qui courent, mieux vaut abandonner… Entre les écolos, les vegans, les flexitariens, ceux qui pensent que l’huile de palme est un fléau pour la planète, ceux qui sont contre le tofu parce qu’ils estiment que le soja est nécessairement OGM, faire un repas pour Noël est devenu une mission quasi impossible.
Voilà pourquoi on vous suggèrera ce soir de vous mettre au lit tôt, sans dinde et sans marron, n’est-ce pas là le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire?L.A.


jeudi 26 avril 2018

Théophile Gautier. Carnaval






Carnaval 



Venise pour le bal s'habille. 
De paillettes tout étoilé, 
Scintille, fourmille et babille 
Le carnaval bariolé. 

Arlequin, nègre par son masque, 
Serpent par ses mille couleurs, 
Rosse d'une note fantasque 
Cassandre son souffre-douleurs. 

Battant de l'aile avec sa manche 
Comme un pingouin sur un écueil, 
Le blanc Pierrot, par une blanche, 
Passe la tête et cligne l'oeil. 

Le Docteur bolonais rabâche 
Avec la basse aux sons traînés; 
Polichinelle, qui se fâche, 
Se trouve une croche pour nez. 

Heurtant Trivelin qui se mouche 
Avec un trille extravagant, 
A Colombine Scaramouche 
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse 
Un domino ne laissant voir 
Qu'un malin regard en coulisse 
Aux paupières de satin noir. 

Ah! fine barbe de dentelle, 
Que fait voler un souffle pur, 
Cet arpège m'a dit : C'est elle ! 
Malgré tes réseaux, j'en suis sûr, 

Et j'ai reconnu, rose et fraîche, 
Sous l'affreux profil de carton, 
Sa lèvre au fin duvet de pêche, 
Et la mouche de son menton. 





Théophile Gautier 

In Émaux et Camées

lundi 12 mars 2018

Théophile GAUTIER. Au printemps






Au printemps


Regardez les branches
Comme elles sont blanches !
Il neige des fleurs.
Riant dans la pluie,
Le soleil essuie
Les saules en pleurs
Et le ciel reflète,
Dans la violette
Ses pures couleurs...
La mouche ouvre l’aile
Et la demoiselle
Aux prunelles d’or,
Au corset de guêpe
Dépliant son crêpe,
A repris l’essor.
L’eau gaîment babille,
Le goujon frétille
Un printemps encore !



Théophile Gautier
(1811-1872)




... Il neige des fleurs ...




jeudi 1 mars 2018

Théophile Gautier. A une robe rose












A une robe rose




Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !
Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.
De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.
D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?
Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?
Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.
Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.
Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.


Théophile Gautier
In La comédie de la mort
1838





Maurice Denis
La course, 1922






Marie Laurencin 
Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen ! (...)



samedi 7 janvier 2017

GAUTIER. La nymphe Salmacis





La nymphe Salmacis



On voit dans le musée antique,
Sur un lit de marbre sculpté,
Une statue énigmatique
D’une inquiétante beauté.
Est-ce un jeune homme ? est-ce une femme,
Une déesse, ou bien un dieu ?
L’amour, ayant peur d’être infâme,
Hésite et suspend son aveu.
Dans sa pose malicieuse,
Elle s’étend, le dos tourné
Devant la foule curieuse,
Sur son coussin capitonné.
Pour faire sa beauté maudite,
Chaque sexe apporta son don.
Tout homme dit : « C’est Aphrodite ! »
Toute femme : « C’est Cupidon ! »
Sexe douteux, grâce certaine,
On dirait ce corps indécis
Fondu, dans l’eau de la fontaine,
Sous les baisers de Salmacis.




Théophile Gautier 
in Émaux et Camées












...Tout homme dit : « C’est Aphrodite ! »
Toute femme : « C’est Cupidon ! »...


__________
Au Louvre, dans la salle des Caryatides,
l’Hermaphrodite endormi