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samedi 28 décembre 2019

Supervielle. Un bœuf gris de la Chine






Un bœuf gris de la Chine

Un bœuf gris de la Chine,
Couché dans son étable,
Allonge son échine
Et dans le même instant
Un bœuf de l'Uruguay
Se retourne pour voir
Si quelqu'un a bougé
Vole sur l'un et l'autre
A travers jour et nuit
L'oiseau qui fait sans bruit
Le tour de la planète
Et jamais ne la touche
Et jamais ne s'arrête. 



Jules Supervielle
          In  Le Forçat innocent




vendredi 6 décembre 2019

Supervielle. La mer secrète



La mer secrète



Quand nul ne la regarde

La mer n’est plus la mer,

Elle est ce que nous sommes

Lorsque nul ne nous voit.


Elle a d’autres poissons,

D’autres vagues aussi.

C’est la mer pour la mer

Et pour ceux qui en rêvent

Comme je fais ici.



Jules Supervielle
In La Fable du monde





vendredi 25 octobre 2019

Supervielle. La mer secrète








Quand nul ne la regarde,
La mer n’est plus la mer,
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit.
Elle a d’autres poissons,
D’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent
Comme je fais ici.




Jules Supervielle
In La fable du monde



Photo Nuageneuf


dimanche 22 septembre 2019

SUPERVIELLE. La création des animaux










La création des animaux


Les animaux tombaient du ciel un à un sans se faire de mal. La plupart étaient parachevés. Certains devaient attendre encore un peu avant de posséder tous leurs attributs.  
« II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais arrivé. Ça partira du front et traînera presque par terre.
— C'est beaucoup pour un nez, dit le renard.
— C'est exactement ce qu'il me faut », riposta l'éléphant.  
À peine avait-il achevé sa phrase que la trompe vint du fond du ciel, prendre la place qu'elle devait désormais occuper chez tous les éléphants. 
« Faut-il aboyer ? se demanda le chien qui avait déjà toute sa voix. Non, je me tais, c'est dans l'ordre. »
Au cheval il ne manquait que les oreilles mais il n'en savait rien, tout occupé qu'il était à vouloir se débarrasser, au galop, de son ombre. 
Les oreilles le rattrapèrent en pleine course, elles ne sont pas encore revenues de leur étonnement et ne cessent de se tourner de tous côtés. (…)  


Jules SUPERVIELLE






...II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais arrivé. Ça partira du front et traînera presque par terre...



___________________________________________________________

Jules SUPERVIELLE, ses contes et ses nouvelles :

*   L'Enfant de la haute mer, 1931.
*   L'Arche de Noé, 1938.
*   Les B.B.V., 1949.
*   Premiers pas de l'univers, 1950.




samedi 24 août 2019

Supervielle. Un bœuf gris de la Chine






Un bœuf gris de la Chine

Un bœuf gris de la Chine,
Couché dans son étable,
Allonge son échine
Et dans le même instant
Un bœuf de l'Uruguay
Se retourne pour voir
Si quelqu'un a bougé
Vole sur l'un et l'autre
A travers jour et nuit 
L'oiseau qui fait sans bruit 
Le tour de la planète
Et jamais ne la touche
Et jamais ne s'arrête.



Jules Supervielle
In Le Forçat innocent




mardi 28 novembre 2017

SUPERVIELLE. La création des animaux. Extrait





La création des animaux


Les animaux tombaient du ciel un à un sans se faire de mal. La plupart étaient parachevés. Certains devaient attendre encore un peu avant de posséder tous leurs attributs.  
« II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais arrivé. Ça partira du front et traînera presque par terre.
— C'est beaucoup pour un nez, dit le renard.
— C'est exactement ce qu'il me faut », riposta l'éléphant.  
À peine avait-il achevé sa phrase que la trompe vint du fond du ciel, prendre la place qu'elle devait désormais occuper chez tous les éléphants. 
« Faut-il aboyer ? se demanda le chien qui avait déjà toute sa voix. Non, je me tais, c'est dans l'ordre. »
Au cheval il ne manquait que les oreilles mais il n'en savait rien, tout occupé qu'il était à vouloir se débarrasser, au galop, de son ombre. 
Les oreilles le rattrapèrent en pleine course, elles ne sont pas encore revenues de leur étonnement et ne cessent de se tourner de tous côtés. (…)  


Jules SUPERVIELLE






...II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais arrivé. Ça partira du front et traînera presque par terre...



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Jules SUPERVIELLE, ses contes et ses nouvelles :

*   L'Enfant de la haute mer, 1931.

*   L'Arche de Noé, 1938.

*   Les B.B.V., 1949.

*   Premiers pas de l'univers, 1950.

jeudi 14 avril 2016

SUPERVIELLE. C'est quand vous êtes partie



On doit à Jules Supervielle cet heureux aphorisme : "Les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages."




C'est vous quand vous êtes partie


C'est vous quand vous êtes partie,
L'air peu à peu qui se referme
Mais toujours prêt à se rouvrir
Dans sa tremblante cicatrice
Et c'est mon âme à contre-jour
Si profondément étourdie
De ce brusque manque d'amour
Qu'elle n'en trouve plus sa forme
Entre la douleur et l'oubli.
Et c'est mon cœur mal protégé
Par un peu de chair et tant d'ombre
Qui se fait au goût de la tombe
Dans ce rien de jour étouffé
Tombant des autres, goutte-à-goutte,
Miel secret de ce qui n'est plus
Qu'un peu de rêve révolu.


Jules Supervielle
in La Fable du monde
1938


..."C'est vous quand vous êtes partie"...

Amedeo Modigliani trouva sur son passage Jeanne Hebuterne, 
une jeune étudiante en art, qui fit quelques peintures. 
Elle devint sa muse. Tout deux 
étaient faits l’un pour l’autre, diront leurs amis. « Jeanne fut la seule femme qui ait vraiment compris Amedeo. Jeanne fut l’amour de sa vie et pour elle, il était Dieu. » Se nourrissant de leur passion, Jeanne et Amadeo s’installèrent dans un vieil atelier à Montparnasse. Il fit 26 tableaux de Jeanne. Pour lui, elle représentait l’idéal féminin dans sa recherche artistique. 

Dès les premières poses de Jeanne, il lui dira :


« Je ne peindrai tes yeux que lorsque je connaitrai ton âme… » 



Modigliani, Portrait de Jeanne, Profil, 1918

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"Zyeux mystèryeux"

mardi 15 septembre 2015

Jules SUPERVIELLE. La mer





La mer

C’est tout ce que nous aurions voulu faire
et n’avons pas fait,
Ce qui a voulu prendre la parole
et n’a pas trouvé les mots qu’il fallait,
Tout ce qui nous a quittés
sans rien nous dire de son secret,
Ce que nous pouvons toucher et même creuser
par le fer sans jamais l’atteindre,
Ce qui est devenu vagues et encore vagues
parce qu’il se cherche sans se trouver,
Ce qui est devenu écume
pour ne pas mourir tout à fait,
Ce qui est devenu sillage de quelques secondes
par goût fondamental de l’éternel,
Ce qui avance dans les profondeurs
et ne montera jamais à la surface,
Ce qui avance à la surface
et redoute les profondeurs,
Tout cela et bien plus encore,
La mer.


Jules Supervielle
Oublieuse Mémoire, 1949


(...) Ce qui est devenu vagues et encore vagues
parce qu’il se cherche sans se trouver,
Ce qui est devenu écume
pour ne pas mourir tout à fait, (...)


HOKUSAI
1760-1849
La grande vague de Kanagawa, 1831


Hokusaï est un grand peintre et dessinateur d'estampes japonaises gravées sur bois. Cette estampe est la première des 46 qui composent les Trente-six vues du mont Fuji. Cette œuvre très connue influença profondément les peintres européens tels Monet, Gauguin et Van Gogh.


L'estampe représente trois barges prises dans une forte tempête. Ces bateaux rapides servaient à transporter par mer du poisson des villages de pêcheurs vers les marchés aux poissons de la baie d'Edo. Il y a huit rameurs par embarcation, cramponnés à leurs rames qu'ils ont pris le soin de relever. Deux passagers supplémentaires sont à l'avant de chaque bateau, ce qui représente un total de trente hommes. Les barques font environ 12 mètres de long, par comparaison, on peut estimer que la vague mesure de 14 à 16 mètres de hauteur. Les marins sont pris dans une forte tempête, peut-être un typhon, et semblent avoir bien peu de chances d'en réchapper.