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mercredi 5 janvier 2022
dimanche 13 septembre 2020
Eluard. Et un sourire
Dans Capitale de la douleur, Paul Eluard écrit : « J’ai la beauté facile et c’est heureux. »
Voici, choisi dans Le Phénix, le dernier recueil publié avant sa mort, un poème d’espoir :
Voici, choisi dans Le Phénix, le dernier recueil publié avant sa mort, un poème d’espoir :
Et un sourire
La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours, puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler, faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue, une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie, la vie à se partager.
Paul Eluard
Le Phénix, 1951
Henri Matisse
Nadia au sourire enjoué, 1948
jeudi 31 octobre 2019
ELUARD. Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Paul ÉLUARD
in L'Amour la poésie
..."Pour l’œil qui devient visage ou paysage"...
René MAGRITTE
Le faux miroir, 1928
dimanche 15 septembre 2019
Eluard. La dame de carreau
La dame de carreau
Tout jeune, j’ai ouvert mes bras à la pureté. Ce ne fut qu’un battement d’ailes au ciel de mon éternité, qu’un battement de coeur amoureux qui bat dans les poitrines conquises. Je ne pouvais plus tomber.
Aimant l’amour. En vérité, la lumière m’éblouit.
J’en garde assez en moi pour regarder la nuit, toute la nuit, toutes les nuits.
Toutes les vierges sont différentes. Je rêve toujours d’une vierge.
A l’école, elle est au banc devant moi, en tablier noir. Quand elle se retourne pour me demander la solution d’un problème, l’innocence de ses yeux me confond à un tel point que, prenant mon trouble en pitié, elle passe ses bras autour de mon cou.
Ailleurs, elle me quitte. Elle monte sur un bateau. Nous sommes presque étrangers l’un à l’autre, mais sa jeunesse est si grande que son baiser ne me surprend point.
Ou bien, quand elle est malade, c’est sa main que je garde dans les miennes, jusqu’à en mourir, jusqu’à m’éveiller.
Je cours d’autant plus vite à ses rendez-vous que j’ai peur de n’avoir pas le temps d’arriver avant que d’autres pensées me dérobent à moi-même.
Une fois, le monde allait finir et nous ignorions tout de notre amour. Elle a cherché mes lèvres avec des mouvements de tête lents et caressants. J’ai bien cru, cette nuit-là, que je la ramènerais au jour.
Et c’est toujours le même aveu, la même jeunesse, les mêmes yeux purs, le même geste ingénu de ses bras autour de mon cou, la même caresse, la même révélation.
Mais ce n’est jamais la même femme.
Les cartes ont dit que je la rencontrerai dans la vie, mais sans la reconnaître.
Aimant l’amour.
Paul Eluard
Les Dessous d’une vie, 1926.
"... mais sa jeunesse est si grande
que son baiser ne me surprend point. "
MAN RAY
Le baiser, 1922
samedi 27 avril 2019
Eluard. «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»
Pour revenir à Paul Eluard
Eluard par S.Dali
«Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles»
Né à Saint-Denis le 14 décembre 1895, ce fils d'agent immobilier publie ses premiers poèmes, alors qu'il était infirmier militaire, en 1916, l'année où il épousa Gala la Russe, la future muse de Salvador Dali. Au début des années 1920, cet ami des peintres (Picasso, Braque, Ernst, Masson…) et de Man Ray devient l'un des fondateurs du mouvement surréaliste aux côtés d'André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault ; il en sera un de ses spectateurs les plus intransigeants, pratiquant l'anathème et participant à l'exclusion des électrons libres (Artaud, Dali…).
Marqué par Rimbaud, influencé par le comte de Lautréamont, il a su, en vers et en rimes, transformer et transfigurer l'amour et ses valeurs subversives. Souvenons-nous de son poème le plus universellement célèbre: Liberté, publié en 1942. D'abord intitulé Une seule pensée et adressé à la femme aimée, il en fera un hymne à cette liberté chérie et alors meurtrie, dont on rappellera le premier des 21 quatrains qui le composent:
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom.
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom.
Poète de la Résistance intérieure, on lui doit également l'initiative de l'anthologie L'Honneur des poètes, publiée clandestinement en juillet 1943, et réunissant Aragon, Desnos, Ponge, Tardieu…
Le portrait de celui qui affirmait «J'ai un visage pour être aimé» serait incomplet sans évoquer l'écrivain inspiré de l'espoir, de la fraternité et du bonheur: «Si nous le voulions, il n'y aurait que des merveilles.» Au chapitre de son militantisme politique, on retiendra également cette folle et navrante Ode à Staline, écrite en 1950, où il loue le «cerveau d'amour» du chef du Kremlin. Excusez du peu !
Éluard avait fait sienne la revendication inflexible de Lautréamont: «La poésie doit être faite par tous. Non par un», qui deviendra, dans sa bouche, «la poésie doit avoir pour but la vérité pratique». Dès lors, le poète quittera les cimes et les nuages pour devenir «celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré». Depuis, la Terre peut être
bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas.
bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas.
mercredi 3 avril 2019
Eluard. L'amoureuse
A. Rodin. Musée du Louvre
..."Elle a la forme de mes mains"...
L'amoureuse
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Eluard
Quatrième poème de la seconde section Mourir de ne pas mourir
in Capitale de la douleur, 1926
Gala s’en était éloignée vers d’autres cieux... comme on le sait. Elle était sa muse. « Elle a la forme de mes mains… ». Du passé heureux restent les souvenirs d’images souriantes que la séparation l’interdit de commenter : « Parler sans avoir à rien dire. »
jeudi 29 novembre 2018
Eluard. Je t'aime
Je t'aime
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.
Paul Eluard
in Le Phénix, 1951
Constantin Brâncuşi
Le baiser, 1907
_____________
Constantin Brâncuşi (1876-1957) est un sculpteur roumain.
Dans Le baiser (1907), même taille dans la figure, qui s’inscrit dans un cube à la base, et des deux personnages, des deux têtes, des deux yeux se touchant presque de part et d’autre d’une verticale, l’ensemble dessinant un demi-cercle, lui-même inclus dans les bords de la chevelure. Le tracé horizontal puis oblique des bras réunit l’ensemble.
vendredi 9 mars 2018
ELUARD. Prête aux baisers résurrecteurs
Prête aux baisers résurrecteurs
Pauvre je ne peux pas vivre dans l’ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T’entendre nue et te voir nue
Pour abuser de tes caresses
Par bonheur ou par malheur
Je connais ton secret par cœur
Toutes les portes de ton empire
Celle des yeux celle des mains
Des seins et de ta bouche où chaque langue fond
Et la porte du temps ouverte entre tes jambes
La fleur des nuits d’été aux lèvres de la foudre
Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout en gardant cette pâleur de perle morte
Tout en donnant ton coeur tout en ouvrant tes jambes
Tu es comme la mer tu berces les étoiles
Tu es le champ d’amour tu lies et tu sépares
Les amants et les fous
Tu es la faim le pain la soif l’ivresse haute
Et le dernier mariage entre rêve et vertu.
Paul Eluard
Derniers poèmes d'amour
Inspirés par Gala, Dominique et Nusch,
ces vers comptent parmi les plus beaux poèmes d'amour
de la langue française.
Gala et Dali
C'est dix ans après la disparition d'Eluard, en 1962, que Seghers a rassemblé en un volume les «Derniers Poèmes d'amour», publiés d'abord séparément dans quatre plaquettes: «Le Dur Désir de durer», «Le Temps déborde», «Corps mémorable» et «Le Phénix».On sait que, parmi les surréalistes, Eluard fut le poète de l'amour. Souvent taxée d'ésotérisme, la poésie d'Eluard montre avec éclat qu'elle peut rester accessible, directe, sans rien sacrifier de la profondeur. Les derniers recueils rassemblés dans ce volume s'imposent par leur simplicité, qui n'exclut ni l'audace ni la gravité.
PICASSO
Portrait de Nusch
1941
vendredi 3 novembre 2017
ELUARD. Je te l'ai dit
Je te l'ai dit
Le poème dit par S.Reggiani
Je te l'ai dit pour les nuages
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Paul Éluard
in L'Amour la poésie, 1929
"...Toute caresse toute confiance se survivent."
samedi 20 mai 2017
Eluard. Comprenne qui voudra
Comprenne qui voudra
« En ce temps-là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des
filles. On allait même jusqu’à les
tondre. »
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête
Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.
Paul Éluard
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