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mardi 30 avril 2019

Baudelaire. A une mendiante rousse




 Couramment appelée La toilette, cette œuvre est celle envoyée par Toulouse-Lautrec à l’exposition du groupe des XIX à Bruxelles en février 1890 sous le titre de Rousse, et qu’il nomme quelques mois plus tard dans une lettre : « Femme rousse assise par terre, de dos, nue» 




       












      A une mendiante rousse

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor ;

Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois !

- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !



Charles BAUDELAIRE 

In Tableaux parisiens
Les Fleurs du mal 










lundi 4 septembre 2017

Ronsard. Maîtresse, embrasse-moi





C'est la rentrée !... (1)

*    *    * 

Maîtresse, embrasse-moi...

  
Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaie, en me baisant, à lèvres demi closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.

Pierre de Ronsard 
Sonnet pour Hélène,
1578 




Henri de Toulouse Lautrec,
Le baiser,
 1892


Henri-Marie de Toulouse-Lautrec
naît à Albi en 1864, dans une famille aristocratique. Très jeune il se montre fort doué pour le dessin, auquel il s'adonne intensément.

Dès 1882, il travaille à Paris, se lie avec Van Gogh, ouvre son propre atelier à Montmartre où il fréquente les cafés-concerts, les bals et les théâtres. A la peinture, il préfère souvent le dessin dont le trait nerveux et elliptique lui permet de saisir le geste ou l'expression caractéristique. Mais « l’âme de Montmartre » et l'excès... de tous les excès finissent par le détruire.
En 1899, il est interné à Neuilly, rentre à Paris en 1901 où il meurt au mois de septembre.
Il laisse 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies et environ 5000 dessins ! (source : Catalogue raisonné, 1971)