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jeudi 18 février 2021

Du Bellay



Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n'aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c'est ce que Rome on nomme.

Vois quel orgueil, quelle ruine : et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour dompter tout, se dompta quelquefois,
Et devint proie au temps, qui tout consomme.

Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le Tibre seul, qui vers la mer s'enfuit,

Reste de Rome. Ô mondaine inconstance !
Ce qui est ferme est par le temps détruit,
Et ce qui fuit au temps fait résistance.

 





 

mercredi 3 juin 2020

du Bellay. Heureux qui, comme Ulysse




Heureux qui, comme Ulysse 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, 
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis s'est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !


Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, 
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? 


Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, 
Que des palais romains le front audacieux, 
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :


Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin, 
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, 
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.  


Joachim du Bellay 
 In Les Regrets.