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mercredi 27 janvier 2021

Simone VEIL. L'Album d'AUSCHWITZ. Préface

77e anniversaire de la "libération" 

d'Auschwitz-Birkenhau le 27 janvier 1945




« Ceux qui ne connaissent pas l'Histoire, s'exposent à ce qu'elle recommence... »
 

« Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli.» 
Elie Wiesel

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PREFACE DE L’ALBUM D’AUSCHWITZ 

AVANT-PROPOS


Je n’avais pas encore dix-sept ans lorsque j’ai été déportée à Auschwitz. J’étais une jeune fille française, juive, croyant aux valeurs de liberté et de progrès que l’école m’avait enseignées. Je me suis retrouvée jetée dans un univers de mort, d’humiliation et de barbarie. Je voulais grandir, comme tous les jeunes gens de mon âge. Mais on ne grandit pas à Auschwitz. A l’âge des promesses, j’y ai perdu bien des illusions.

Quelques semaines après mon arrivée, au printemps 1944, les Juifs de Hongrie sont arrivés en wagons à bestiaux et ont été aussitôt précipités sur la rampe de Birkenau qui, peu de temps avant, venait d’être prolongée pour être plus proche des chambres à gaz. Jour après jour, les trains se sont succédés. En six semaines à peine, alors que le débarquement avait déjà eu lieu sur les plages de Normandie, porteur de l’espoir d’une victoire alliée, les nazis parachevaient leur œuvre de haine et envoyaient à la mort près d’un demi million d’hommes, femmes et enfants de tous âges et de toute condition. De ces enfants, femmes, vieillards, presque aucun n’est entré dans le camp ; presque tous, dès leur descente des wagons, étaient conduits vers les chambres à gaz. Pour nous qui savions, impuissants, ce qui les attendait, c’était une vision d’horreur. Mais ce qui nous hantait, par-dessus tout, c’est que non seulement, nous les Juifs d’Europe, allions, dans l’indifférence des nations, être anéantis, mais c’est qu’il ne resterait aucune trace de notre extermination.

Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires. C’est pourquoi, « l’Album d’Auschwitz », dont on lira l’histoire et la découverte dans les pages qui suivent, seul témoignage des vivants à leur arrivée et dans les jours suivants, constitue, par les photos des Juifs hongrois qui y ont été collées, un document unique, un témoignage unique de l’anéantissement des Juifs d’Europe

C’est l’événement le plus tragique que j’ai vécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.. J’ai connu les lumières écrasantes et les regards écrasés de ces photos. J’ai vu, atterrée, ces visages décomposés, ces femmes qui portent les jeunes enfants et soutiennent les grands, ces foules, encore ignorantes de leur destin, qui marchent vers les chambres a gaz. J’ai connu le sourire incrédule de ces vieillards et la vaine détermination à survivre. Cet étonnement, cette innocence, cette incompréhension que chacun de nous, témoins muets, lisions sur leurs visages, ont ravivé des larmes que je pensais ne plus pouvoir verser. Car nous avons pleuré sur eux, nous qui étions de l’autre côté des barbelés mais tout proche d’eux.

L’album d’Auschwitz ne montre pas les morts mais les vivants ; il témoigne de l’humanité à laquelle nous appartenions et dont les nazis avaient voulu nous éliminer. En contemplant ces photographies, nous ne pouvons qu’être frappés par ces gestes familiers : gestes de mère, d’angoisse, d’amour. Et surtout les gestes des enfants : ces enfants qui étreignent leurs mères, cette petite fille qui enfouit sa main dans sa bouche, ce petit garçon au regard farouche qui, les mains enfoncées dans ses poches, dévisage l’appareil photographique, ce frère qui tient, serrée dans la sienne, la main de son cadet. J’ai été aussi saisie par les photos des femmes, au moins provisoirement sauvées par le travail forcé, un sort que j’ai partagé. Alignées devant l’objectif, toutes baissent les yeux. Sur une autre photographie, alors qu’on les emmène au camp des femmes, dans leurs uniformes dérisoires, sans foulard pour couvrir leurs têtes rasées, on voit Lida Leibovics et Ella Guttman, aujourd’hui identifiées, discrètement s’enlacer. Car nos corps, bien que brisés par le travail et les sévices, conservaient une dernière chaleur, une solidarité, un signe de notre humanité.

Ces photographies sont d’une importance cruciale : elles incarnent les mots, elles montrent des visages, elles sont une preuve incontestable de ce qui devait être effacé de la mémoire des hommes. Elles sont pour la mémoire collective ce que le recensement des noms de tous les disparus, accompli par Yad Vashem et par le Mémorial de la Shoah, pour la France, représente pour les familles des morts et des survivants.

C’est pourquoi, aujourd’hui, au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, il est important que cet Album soit réédité. Je suis heureuse que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que j’ai l’honneur de présider, propose cette nouvelle édition en français, enrichie et augmentée, de l’album découvert il y a soixante ans. Ces images sont un appel à la vigilance. Leurs commentaires éclairent notre connaissance de cette époque noire. Elles informent et dénoncent en même temps l’histoire de ce qui ne doit jamais plus arriver. Je souhaite que dans chaque bibliothèque française, on puisse le trouver, aux côtés du film Shoah de Claude Lanzmann et du livre Mémorial de Serge Klarsfeld.

Je m’adresse, particulièrement, aux jeunes générations. Cet album est un pont jeté entre nous et vous. Il n’est pas un livre comme les autres mais un livre de vies détruites qui appelle à la réflexion. Il donne à voir des êtres qui ne sont pas loin de vous, vous qui les regardez. Enfin, les commentaires historiques qui le complètent permettent de mieux appréhender ce que fut la Shoah. Je souhaite, qu’à la lecture de l’Album d’Auschwitz, vous preniez encore davantage conscience de l’événement sans équivalent et sans précédent que fut la Shoah. Vous serez demain les citoyens qui aurez la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de haine et de meurtre, à la même faillite de l’humanité. Ce travail de mémoire auquel je vous invite est exigeant et douloureux. Mais il est nécessaire pour que nous puissions bâtir notre avenir, en tant que citoyens d’une Europe réconciliée et plus fraternelle.


Simone VEIL
Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
in L'ALBUM D'AUSCHWITZ

L'Album d'Auschwitz
Serge Klarsfeld, Marcello Pezzetti, Sabine Zeitoun,
Préface de Simone Veil,
coédition Al Dante et Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2005, 151 p.











samedi 7 décembre 2019

Angela Merkel à Auschwitz



 «Se souvenir des crimes, nommer leurs auteurs»

Angela Merkel à Auschwitz

La chancelière a visité, vendredi, le camp de concentration où plus d’un million de personnes furent assassinées.





Angela Merkel à son arrivée au camp de concentration d’Auschwitz, vendredi matin. JOHN MACDOUGALL/AFP






À Oswiecim, hier


«La honte.» Ce mot, Angela Merkel l’avait déjà prononcé en 2008 devant la Knesset, le Parlement israélien. La chancelière allemande l’a répété vendredi 6 décembre en visitant pour la première fois le camp de concentration d’Auschwitz, où plus d’un million de personnes, dont 90 % de Juifs, furent assassinées par le régime nazi. La chef du gouvernement allemand a rejoint un petit pupitre installé dans la salle centrale du «Sauna». Là où, il y a 75 ans, les nouveaux déportés du site d’extermination de Birkenau étaient entassés, déshabillés et dévalisés avant leur grand saut dans l’inconnu. Derrière les photos sépia de familles juives encore souriantes, elle a déplié un grand parchemin vert et a d’abord expliqué à ses interlocuteurs - dont des survivants et le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki - combien il était «difficile de se tenir debout» devant eux. «Il est important de nommer clairement les criminels. Immer und Immer, Nous, les Allemands, le devons aux victimes , a-t-elle déclaré en rappelant qu’Auschwitz (Oswiecim en polonais), fut administré par le Reich. Cette région polonaise fut annexée en septembre 1939.


Actes antisémites

«Se souvenir des crimes, nommer leurs auteurs et rendre aux victimes un hommage digne, c’est une responsabilité qui ne s’arrête jamais. Ce n’est pas négociable. Et c’est inséparable de notre pays. Être conscient de cette responsabilité est une part de notre identité nationale», a insisté la chancelière au moment où, dans son pays, les actes antisémites sont en progression, l’extrême droite remporte des succès électoraux et où «le racisme monte et la haine se propage».

"La seule voie vers la liberté passe par ces cheminées, il n’y a pas d’autre sortie"
–Un gardien d’Auschwitz, s’adressant à Bogdan Bartnikowski, l’un des trois survivants associés à la commémoration, à l’époque âgé de 15 ans
Devant elle, Bogdan Bartnikowski, l’un des trois survivants associés à la commémoration, a raconté son expérience du «Sauna», alors qu’il avait 12 ans à son arrivée dans le camp de Birkenau, une nuit d’août 1944. «J’étais un enfant, on m’a ordonné de me déshabiller et je me suis retrouvé tout seul, en compagnie de femmes nues. C’était un grand choc. Surpeuplée, la pièce était emplie de sueur, je ne pouvais pas bouger, pas sortir, on était poussés sans arrêt en avant», explique l’homme aujourd’hui âgé de 87 ans. Il se remémore ce gardien nazi croisé à son arrivée qui lui demanda, d’un ton sardonique, s’il souhaitait «voir la liberté».«La seule voie vers la liberté passe par ces cheminées, il n’y a pas d’autre sortie», ajouta le garde en montrant la fumée qui s’échappait du toit des crématoriums. Le garçon attendra janvier 1945 pour être délivré de l’enfer, en compagnie de sa mère.
Angela Merkel a suivi à rebours le parcours qui conduisait les déportés vers le néant. Après son discours, elle s’est recueillie devant le Monument de Birkenau érigé en 1967 et situé à l’extrémité ouest du camp, entre les ruines des crématoriums 2 et 3, soit l’épicentre de la machine de mort. Puis elle s’est rendue à «la rampe», sur laquelle débarquaient les victimes à leur sortie du train, dans le bruit et la fureur. Celles-ci y faisaient l’objet d’une première «sélection», distinguant les déportés directement acheminés vers les chambres à gaz - majoritairement des femmes et des enfants - et les autres.
Plus tôt dans la matinée, la chancelière s’était rendue au camp de concentration historique d’Auschwitz, construit en 1940, deux ans avant le camp d’extermination voisin de Birkenau. Tous deux sont devenus un musée auquel Berlin vient de faire une donation de 60 millions d’euros. Elle a franchi la barrière surmontée de la sinistre inscription «Arbeit macht frei» (le travail rend libre). Elle a visité le bloc 5 où restent entassés les biens dont les victimes furent dépouillées. Aux côtés de son homologue polonais, elle a déposé une gerbe devant le «mur de la mort», où des milliers de victimes furent fusillées. Ces dernières étaient traînées du bloc 11, contigu, dont les sous-sols renfermaient les prisons et les salles de torture destinées aux prisonniers accusés d’avoir enfreint les règlements du camp.


Hors du protocole, Arek Hersh, un autre survivant, a fait le déplacement à Auschwitz vendredi. Juif polonais, il a connu l’enfer d’Auschwitz avant même l’entrée dans ses 18 ans. Il en a aujourd’hui 91. Il vit à Leeds, en Angleterre, salue la visite de la chancelière, mais estime que celle-ci «se produit trop tard»«Angela Merkel dirige pourtant l’Allemagne depuis longtemps et, comme elle, tous les politiciens devraient venir ici et voir cet endroit où tant de meurtres et de tortures ont eu lieu», estime cet homme encore alerte, qui porte sur son avant-bras le matricule B 7608 et témoigne une fois par an devant des collégiens et lycéens allemands, récemment à Buchenwald, dans le sud-est du pays.

Arrivé au camp de Birkenau en 1944, à 16 ans, Arek Hersh doit la vie sauve à un éclair de lucidité qui l’a amené à se frayer un chemin sur la file de droite qui regroupait les hommes en état de travailler. Il profita d’un moment de confusion dans la foule lorsqu’un garde SS tenta de séparer un enfant de sa mère. Dans le camp, il travailla notamment comme jardinier et il utilisa les cendres des crématoires en guise de fertilisants. Il quitta le camp le 18 janvier 1945 en même temps que les nazis, devant l’avancée des troupes soviétiques. Puis se retrouva dans une baraque à Buchenwald, situé au centre-est de l’Allemagne, en compagnie de 3 000 enfants, avant d’être transporté en train à Theresienstadt, dans l’actuelle République tchèque, au bout d’un voyage d’un mois. Seuls 600 d’entre eux arrivèrent à destination. Souffrant de faim et de froid, le jeune homme fut sauvé le 8 mai 1945 par l’Armée rouge. En 1948, il participait à la guerre d’indépendance d’Israël.

Trois quarts de siècle plus tard, le vieil homme observe avec inquiétude la montée de l’antisémitisme en Allemagne, mais aussi en Angleterre. «Je n’aime pas voir ce qui se passe et je suis un peu troublé, mais je ne pense pas que quelque chose comme l’Holocauste puisse de nouveau arriver», dit-il. 
À Auschwitz hier, la chancelière allemande a engagé, une nouvelle fois, sa responsabilité.



jeudi 23 août 2018

Auschwitz: la responsabilité allemande "ne finira jamais"


Le ministre Heiko Maas dépose une gerbe à Auschwitz



Schauder und Ansporn


Wegen Auschwitz sei er in die Politik gegangen, hat der Außenminister bei seinem Amtsantritt gesagt. Nun hat er das frühere KZ besucht - und erklärt, was ihm "der schrecklichste Ort der Welt" bedeutet.


    Der Minister steht auf einer abgewetzten Betonplatte. Seine Hände hat er vor sich zusammengelegt, aber das unruhige Spiel der Fingerspitzen verrät Nervosität. Zehn Schritte über den Kies sind es etwa noch zur schwarzen Todeswand neben Block 11 im Stammlager Auschwitz, wo Häftlinge zu Tausenden per Genickschuss hingerichtet wurden.
    Die Kameras warten schon. Heiko Maas nickt zwei Polizisten zu. Es ist das Zeichen, den Kranz bereitzustellen. Kurz darauf richtet der Außenminister die schwarz-rot-goldenen Bänder, verharrt, verneigt sich. Als Maas, 51, zurückkommt, wartet Marian Turski auf ihn, geboren in Lodz, 92 Jahre alt.
    Er hat Auschwitz überlebt, hat den Besucher hierher begleitet, und jetzt lächelt er den Deutschen an. Maas legt ihm die Hand auf die Schulter. Es ist eine freundliche Geste, der auch eine gewisse Erleichterung des Ministers anzusehen ist.

    Fünf Monate nach seinem Amtsantritt besucht Heiko Maas Auschwitz. 80Minuten nimmt sich der Außenminister Zeit für die Besichtigung des Stammlagers und danach noch einmal so lange für das Vernichtungslager Birkenau.
    So eine Reise macht mitnichten jeder deutsche Außenminister, ein offizieller Besuch in Auschwitz ist meistens etwas für Bundespräsidenten. Aber Maas hat am Tag der Amtsübernahme im März 2018 im Außenministerium eben auch diesen einen Satz gesagt, der Aufmerksamkeit erregte: Er sei "wegen Auschwitz in die Politik gegangen".

    "Hier begegne ich meinen Zweifeln an Gott und meinem Misstrauen gegenüber Menschen", sagt Maas

    Bei seinem Antrittsbesuch in Israel hat Heiko Maas diesen Satz später während eines Treffens mit Überlebenden des Holocaust so erklärt: Er habe als Schüler von den Verbrechen gehört, sie aber nicht wirklich begreifen können. Er habe dann in seiner Familie nach der Vergangenheit gefragt. "Ich habe nach einem Widerstandskämpfer in meiner Familie gesucht, aber ich habe keinen gefunden. Es waren alles Mitläufer", sagte Maas. "Ab da habe ich angefangen, mir Gedanken darüber zu machen, was ich selber tun kann, dass es so etwas nie wieder gibt."
    So etwas wie Auschwitz. Maas geht jetzt durch das Vernichtungslager Birkenau. Er erreicht die sogenannte Rampe, an der Menschen nach tagelangem Transport in den Viehwaggons der Reichsbahn noch am Ankunftsgleis selektiert wurden: die einen zur Zwangsarbeit, die anderen ins Gas, Tausende jeden Tag.
    Marian Turski kam hier 1944 an. Er erzählt Maas, welchen Weg er damals ging und wie er der Gaskammer entkam, weil er im britischen Radiosender BBC gehört hatte, dass die Juden in den Gebäuden, die als Duschen getarnt waren, nicht gereinigt, sondern getötet wurden.
    Am Ende seiner Besichtigung stellt Maas an einem großen steinernen Mahnmal eine Kerze in einer Glasschale ab. Dann spricht er über seine Eindrücke. "Ich habe jetzt in der Gaskammer von Auschwitz gestanden", beginnt der Minister. Er habe Tausende Schuhe und Tonnen an Haaren gesehen, die man den Menschen abgenommen habe, bevor man sie ermordete. "Das ist der schrecklichste Ort der Welt."
    Hier müsse man sich entscheiden: "Entweder verliert man den Glauben an die Menschlichkeit. Oder man gewinnt die Hoffnung und die Kraft, dafür einzutreten, dass die Menschenwürde gewahrt wird, und tut etwas dafür."
    Auschwitz als ein politischer Beweggrund - das steht einerseits für sich und lässt andererseits die Frage offen, was daraus konkret folgt. Gerade für einen Außenminister. Maas' letzter Vorgänger, der Auschwitz quasi operativ als Motiv in Anspruch nahm, war Joschka Fischer.
    Er war etwa so kurz im Amt des Außenministers der rot-grünen Regierung, als er mit dem Holocaust die Beteiligung der Bundeswehr am Nato-Einsatz in Kosovo rechtfertigte: "Ich habe nicht nur gelernt: nie wieder Krieg", sagte Fischer am 7. April 1999. "Ich habe auch gelernt: nie wieder Auschwitz." Das hat Fischer damals viel Kritik eingebracht. Es hieß, er instrumentalisiere die deutsche Geschichte und stelle das Vorgehen der Serben in Kosovo auf eine Stufe mit dem Holocaust.

    Maas' Auschwitz-Satz als allgemein ausgelegtes Prinzip

    So konkret ist der Auschwitz-Satz bei Heiko Maas nicht gemeint. Er versteht ihn mehr als Prinzip, das er aber eher allgemein auslegt. In der Jugendbegegnungsstätte in Auschwitz trifft Maas später Jugendliche. Es sind Auszubildende von VW, Schüler einer polnischen Berufsakademie und deutsche Nachwuchsdiplomaten, die mit dem Minister nach Polen geflogen sind.
    Auch hier wird Maas gleich wieder nach seinem Satz gefragt. Was im nationalsozialistischen Deutschland geschehen ist, sei ihm stets Motivation gewesen, "mich zu engagieren, dass so etwas nicht mehr passieren kann". Dazu gehört für ihn, gegen Rassismus und Antisemitismus einzutreten und die Unantastbarkeit der Menschenwürde zu bewahren.
    Der Job eines Außenministers aber besteht im täglichen Interessenausgleich, er hält ständig Zwangslagen der Realpolitik bereit - und irgendwann womöglich auch eine Abwägung für oder gegen eine militärische Intervention. Was der Satz für Maas dann bedeutet, das muss sich noch zeigen.
    © Suddeutsche Zeitung, 21 août 2018


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    Heiko Maas, ministre des affaires étrangères, à Auschwitz

    Résumé en français :

    Le camp nazi d'Auschwitz-Birkenau est "l'endroit le pire au monde" et la responsabilité des Allemands, qui l'ont créé, "ne finira jamais", a estimé aujourd'hui sur place le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.


    "J'étais maintenant dans la chambre à gaz d'Auschwitz. J'ai vu des milliers de chaussures d'enfants qui leurs ont été enlevées sur le chemin des chambres à gaz, des tonnes de cheveux prélevés sur les gens avant qu'ils ne soient envoyés dans les chambres à gaz. C'est difficile à exprimer, c'est le pire endroit au monde. Et ici, vous devez décider: soit vous perdez la foi en l'humanité, soit vous gagnez l'espoir et la force de défendre la dignité humaine et de faire quelque chose pour elle", a déclaré le ministre à l'issue d'une visite du site de l'ancien camp.

    "En tout cas, c'est un lieu de mémoire qui, avant tout, rappelle à nous les Allemands ce que nous avons fait à des millions d'autres. Nous avons besoin de cet endroit car notre responsabilité ne finira jamais", a ajouté le ministre qui avait souvent dit qu'Auschwitz était la raison de son engagement dans la politique. Le ministre est passé sous le célèbre portail orné de l'inscription "Arbeit macht frei" (le travail rend libre), à l'entrée du camp.

    Il devait visiter également le site du camp d'extermination voisin de Birkenau, avant de rencontrer son homologue polonais Jacek Czaputowicz dans les locaux du Centre Maksymilian Kolbe dans le village voisin de Harmeze. Kolbe, un religieux polonais qui a offert sa vie pour sauver un père de famille qui devait être exécuté à Auschwitz, avait été déclaré saint par l'Eglise catholique en 1982. Quelque 1,1 million de personnes ont été exterminées dans le camp d'Auschwitz-Birkenau jusqu'à sa libération le 27 janvier 1945, dont un million de Juifs.

    Le quotidien polonais Gazeta Wyborcza a publié aujourd'hui une interview de M. Maas, dont c'est la deuxième visite en Pologne depuis qu'il a pris la direction de la diplomatie allemande. Le ministre a rappelé, en réponse à une question sur les tensions entre les conservateurs au pouvoir à Varsovie et l'Union européenne, que "les valeurs européennes, telles que la liberté, l'Etat de droit et le respect des droits de l'homme sont un élément central de l'UE et ne sont pas négociables".










    mercredi 30 mai 2018

    Shoah. Le convoi 75






    Convoi 75 du 30/05/1944


    La 3e période de la déportation des Juifs de France (sous la direction d'Aloïs Brunner) entre juillet 1943 et août 1944 se déroule de façon similaire aux périodes précédentes, à l’exception du fait que les déportations sont moins fréquentes (environ un convoi tous les 15 jours). 
    Au cours d’une période de 13 mois, 20 convois acheminent environ 20.000 Juifs de France à Auschwitz (les convois 57 à 77; il n'y a pas de convoi 65). Ces convois ne sont pas composés uniquement de Juifs étrangers, mais également de Juifs français. En juin 1943, le SS-Hauptsturmführer Aloïs Brunner, un fonctionnaire nazi sous le commandement de l'administrateur des transports le SS-Obersturmbannführer Adolf Eichmann, arrive en France. Eichmann dirige depuis Berlin la section IV B4 du RSHA (Reichssicherheitshauptamt - office central de la sécurité du Reich), chargée des « affaires juives et de l'évacuation ». Il confie à Brunner la gestion des déportations des Juifs d'Autriche, de Berlin et de Grèce et envoie ensuite celui-ci en France avec l'objectif d’accélérer les déportations. En juillet, Brunner est nommé chef du « Sonderkommando » (unité spéciale) pour les affaires juives en France et dirige les arrestations des Juifs de France et leurs déportations. Brunner prend également le commandement du camp de Drancy qui est placé directement sous l'autorité de la Gestapo. Il réquisitionne la gare de Bobigny d'où les trains de déportations partent pour les camps de concentration et d'extermination.

    Le convoi 75 part de la gare de Paris-Bobigny le 30 mai 1944. 1004 noms figurent sur la liste établie au camp de Drancy avant le départ, dont un exemplaire a été transmis à l’UGIF puis récupéré par le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) après la guerre et édité par Serge Klarsfeld en 1978 dans le « Mémorial de la déportation des Juifs de France ». Dans ce convoi, on compte plus de 100 déportés de moins de 18 ans selon « Le Calendrier de la persécution des Juifs de France » (Fayard 2001) également édité par Serge Klarsfeld, ainsi que des détenus du camp Vittel qui avaient été épargnés de la déportation jusque-là pour servir d'échange éventuellement. Parmi eux se trouve le poète juif franco-roumain Benjamin Fondane figurant dans la liste du convoi 75 sous son nom de naissance Benjamin Vecsler (aussi Wechsler); le philosophe et poète est principalement d'expression française et naturalisé français en 1938. Sa dernière lettre de Drancy contient des instructions spécifiques pour la publication de son œuvre.

    Parmi les déportés se trouve également un groupe de 30 Juifs du département de Haute-Savoie. Ils sont arrêtés entre le 23 avril et le 18 mai et acheminés ensemble à Drancy. 

    Le 29 mai, les détenus désignés pour ce convoi sont parqués dans une partie du camp réservée spécifiquement pour les déportés. Avant de partir, certains détenus inscrivent des graffitis sur les murs de la cage d'escalier qui sont découverts en 2009 lors des travaux de rénovation de l'immeuble. Parmi les inscriptions se trouve un dernier message des membres de la famille Eskenazi de Paris. Il mentionne qu'ils partent le 30 mai 1944 pour une destination inconnue, mais qu'ils sont « de bonne humeur ». Le message se termine par « Vive les Juifs! » Un autre graffiti dans une autre partie du camp est attribué à la survivante Sarah Lichtsztejn-Montard. Il est inscrit : « Vengeance ! Nous reviendrons ! 26 mai 1944 . » Dans son livre « Chassez les papillons noirs», elle rapporte quelques détails de l'épreuve qu'elle a subie: 

    « Alors les soldats nous poussent à coups de crosse dans les wagons : hommes, femmes, enfants, vieillards, à plus de cent par wagon. (…) Il faisait très chaud ce jour-là. Nous étions entassés, nous pouvions tout juste nous asseoir, les genoux repliés sur la poitrine. Le train est resté immobile pendant des heures. J'ai cru que j'allais étouffer. Heureusement, ma mère avait la bonne idée de nous placer près d'une des deux lucarnes qui encadraient la porte ; nous pouvions au moins respirer un peu et lorsque le convoi s'est ébranlé, nous avons pu avaler avec délice de l'air, tiède, mais de l'air ! Les portes des wagons étaient verrouillées. Un peu de paille était étalée sur le sol. On avait posé un baril d'eau au milieu du wagon et au fond un autre baril pour les besoins naturels. (…) La nuit : une nuit de cauchemar ! Pour pouvoir dormir un peu, il fallait que quelqu'un se mette debout afin qu'un autre puisse allonger ses jambes ; ceci à tour de rôle. On avait soif et on suffoquait dans cette pestilence. (…) Pendant un arrêt dans une gare (…) des gens circulaient, pas du tout étonnés de voir des êtres humains dans des trains de marchandises et des soldats autour d'une mitrailleuse sur le toit du dernier wagon. Je l'ai vu parce que je me suis portée volontaire pour aller chercher l'eau. (…) La troisième nuit fut encore plus cauchemardesque que les autres. Pas la place de se retourner. Des enfants pleuraient, des gens âgés gémissaient, d'autres étaient malades et se vidaient par toutes les ouvertures. »

    Nadine Heftler, une autre survivante du convoi 75, qui a 15 ans lorsqu'elle est incarcérée à Auschwitz, a retenu de nombreux détails de ce trajet dans son livre « Si tu t'en sors ...» Selon son témoignage, les déportés sont amenés en bus à la gare et forcés dans le wagon à environ 10 heures. Le train part à 13 heures et s'arrête à plusieurs reprises pour des raisons inconnues. Le convoi passe la frontière franco-allemande vers minuit. Heftler évoque aussi un arrêt en rase campagne, après deux jours de voyage, où les déportés sont autorisés à descendre du train pour faire leurs besoins. Il n'existe aucune possibilité d'évasion. Le train est bien gardé et les gardes allemands sont armés. Dès leur arrivée à Birkenau, Heftler et quelque 60 déportés sont sélectionnés pour aller à gauche (pour une mission de travail forcé):
    « Nous passons devant un premier officier allemand. Maman, sur mes supplications, se décide à mentir en prétendant avoir trente-huit ans. Quant à moi, ne sachant que faire, je dis la vérité, quinze ans. Au lieu de nous renvoyer vers la gauche, comme on le fait pour la majorité d'entre nous, le Boche nous laisse avancer de quelques mètres avant de nous présenter à un autre officier. Même comédie, trente-huit ans, et quinze ans, mais il ne prend pas le temps de nous écouter et pousse maman vers la gauche. Je me dis en une seconde: 'Pas grave, si je n'habite pas le même block que maman, nous nous reverrons dans la journée.' Puis le Boche se ravise et nous envoie à droite, maman et moi, rejoindre un tout petit noyau de personnes. Une fois ce choix terminé, nous sommes une soixantaine de femmes, presque toutes des jeunes filles entre dix-huit et vingt-cinq ans. Maman était une des plus âgées, mais paraissait très jeune. Moi, au contraire, j'étais la plus jeune, mais je paraissais plus que mon âge. Nous nous retrouvions soixante femmes sur un convoi de 1,200 prisonniers des deux sexes (…). Nous ne savions pas encore que tous les autres étaient dirigés vers la chambre à gaz ».

    Le convoi empruntera l’itinéraire habituel, tel que révélé par la Deutsche Reichsbahn (littéralement le « Chemin de fer de l'empire allemand ») à la Gestapo en novembre 1943 (voir Le Calendrier, Klarsfeld) : Paris-Bobigny, Noisy-le-Sec, Épernay, Châlons-sur-Marne, Revigny, Bar-le-Duc, Novéant-sur-Moselle , Metz, Saarbrücken, Homburg, Kaiserslautern, Mannheim, Frankfurt am Main, Fulda, Burghaun, Erfurt, Apolda, Weißenfels, Engelsdorf Mitte (Leipzig), Wurzen, Dresden, Görlitz, Kohlfurt, Arnsdorf,(Miłkowice), Liegnitz (Legnica), Königszelt (Jaworzyna Śląska), Kamenz, Niederschlesien (Kamieniec Ząbkowicki), Neisse (Nysa), Cosel, Heydebreck, Katowice (Kattowitz), Mysłowice (Myslowitz), Auschwitz.

    Le train est manœuvré par les ingénieurs et les conducteurs de la SNCF jusqu'à la nouvelle frontière franco-allemande à Novéant-sur-Moselle, une commune en Lorraine annexée, rebaptisée Neuburg an der Mosel. À Neuburg, l'équipe française est remplacée par du personnel des chemins de fer allemands de la Reichsbahn. Le train s'arrête ensuite à Metz, poursuit sa route vers la Saar, traverse la Hesse et la Saxe, et continue le long de la frontière entre l'Allemagne et le Protectorat de Bohême-Moravie, pour entrer à travers Görlitz en Silésie. Le convoi passe par le carrefour ferroviaire à Kohlfurt (depuis 1945 Węgliniec) et la ville de Liegnitz (Legnica) en Basse-Silésie et se rend via Schweidnitz (Swidnica) et Kandrzin (Kędzierzyn), renommé Heydebreck à l'extrémité sud-est du Reich jusqu'à ce son arrivée à Katowice (Kattowitz) qui sert en tant que capitale de la Haute-Silésie-Orientale, une nouvelle province formée surtout du territoire polonais. La distance entre Katowice et Auschwitz est d'environ 40 km. L'ancienne ville de garnison Habsbourgeois au sud de Katowice est également annexée au Reich.

    Il y a également trois wagons sanitaires, bien que ces dispositions n’aient pas vraiment pour but la sauvegarde des malades, comme l’explique le docteur Marc Klein dans son témoignage : « J’avais été chargé du contrôle d’un des trois wagons dits «sanitaires» qui ne se distinguaient des autres wagons à bestiaux que par la présence de quelques matelas, par des réservoirs d’eau qu’on nous permettait de remplir à certaines stations, et par une réserve importante de médicaments. (…) Le travail médical de jour et de nuit fut lourd pour deux camarades médecins, une infirmière et moi-même ; il fut d’autant plus inutile, qu’à part les survivants de ce personnel sanitaire, les occupants de mon wagon devaient disparaître à l’arrivée ».

    Le convoi arrive au camp d’Auschwitz-Birkenau le 2 juin 1944. Désormais, comme pour le convoi précédent arrivé de France le 23 mai, et les convois suivants, le débarquement se fait sur la nouvelle rampe située à l’intérieur du camp qui vient d’être achevée pour faciliter l’arrivée prévue de nombreux convois de déportés de Hongrie. 239 hommes de ce convoi sont sélectionnés pour les travaux forcés et tatoués des numéros A-11841 à A-12079 ainsi que 134 femmes, également sélectionnées pour les travaux forcés et tatouées des numéros A-7065 à A-7198. Le reste du convoi, c'est-à-dire 624 Juifs, sont immédiatement gazés. 

    Après la libération d'Auschwitz, on compte 99 survivants du convoi 75, parmi lesquels se trouvent 54 femmes. Deux de ces survivants font partie du groupe de déportés de Haute-Savoie : Freda Olejnik qui a 23 ans au moment de son arrivée à Auschwitz. Elle survit parce qu'elle a été affectée dans une équipe de travail forcé d'abord à Ravensbrück puis à Malkow (près de Stettin). L'autre survivant s'appelle Robert Weil qui a 32 ans au moment de son arrivée à Auschwitz et qui a été transféré à Gross-Rosen et ensuite à Buchenwald.

    Bibliographie  :
    • Serge Klarsfeld, Le memorial de la deportation des Juifs de France, ( Paris : Beate & Serge Klarsfeld), 1978, 1 vol. (unpaged
    • Marc Klein, Témoignage strasbourgeois, Paris, Les belles Lettres, 1954, p. 429.
    • Sara Lichtsztejn, Chassez les papillons nois - recits d'une survivante des camps de la mort nazis, Paris, Le manuscrit, 2011, 351 p.
    • Nadine Heftler, Si tu t'en sors... - Auschwitz 1944-1945, Paris, La Découverte, 1992, 189 p.



    DRANCY. 30 Mai 1944. Convoi 75. Lieux de Mémoire


                  

    Drancy. 30 mai 1944


    Rue de la Station, face à la gare du Bourget-Drancy, arrivent les autobus.
    Les déportés sont entassés dans les wagons à bestiaux de la S.N.C.F.
    Le convoi numéro 75 emporte vers Auschwitz 1000 personnes, dont 60 petites filles et 52 petits garçons.


    Seront sélectionnés dès leur arrivée à Auschwitz 134 femmes et 239 hommes.

    Seront assassinés par gazage dès leur arrivée à Auschwitz 627 personnes.

    Survivront en 1945 : 35 hommes et 64 femmes.












    samedi 27 janvier 2018

    Tous les chemins mènent à Auschwitz




          

     Tous les chemins mènent à Auschwitz




    Auschwitz. Rappel pour les plus jeunes






    Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau



              
              Le 27 janvier 1945, tout en repoussant devant elles la Wehrmacht, les troupes soviétiques découvrent le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, à l'ouest de Cracovie (Pologne), aujourd'hui le plus emblématique des camps nazis. Accueillies par 7000 détenus survivants, elles ont la révélation de la Shoah.
    Camp de concentration classique devenu plus tard camp de travail forcé et camp d'extermination immédiate, destination principale des juifs de France, Auschwitz a pris une place centrale dans l'histoire de la Shoah, au point de fausser la vision que l'on peut en avoir.
    Il a fait oublier que la majorité des cinq millions de victime juives ont été exterminées par d'autres moyens que le gaz (famine, mauvais traitements et surtout fusillades de masse).




    Auschwitz (Oświęcim en polonais) se situe dans le gau de Haute-Silésie, dans le « Nouveau Reich », autrement dit dans une région polonaise annexée à l'Allemagne.
    Le camp est aménagé le 30 avril 1940 dans une ancienne caserne pour incarcérer les résistants polonais. Son commandement en revient à Rudolf Höss, lieutenant-colonel SS de 39 ans qui a déjà servi au camp de Dachau, près de Munich. Il introduit dans le nouveau camp le système de Kapos inauguré à Dachau, par lequel les SS arrivent à maintenir les prisonniers dans la soumission avec un minimum d'effectifs.
    Les Kapos sont des criminels de droit commun chargés de surveiller les autres prisonniers et de les faire travailler. S'ils ne se montrent pas assez efficaces et donc brutaux, ils sont déchus de leur statut et renvoyés avec les autres prisonniers, ce qui signifie pour eux une mise à mort généralement atroce dans la nuit qui suit. De fait, les premiers prisonniers qui arrivent à Auschwitz sont trente Kapos allemands.  

    Auschwitz et le travail forcé
    Auschwitz I reçoit à partir de l'été 1941 des prisonniers de guerre soviétiques. Comme il est situé dans une région très industrialisée, le camp attire l'attention de la firme chimique IG Farben. Elle commence à implanter d'importantes usines à proximité afin de faire travailler les détenus.
    Convaincu que le travail contribue à assagir les prisonniers, Höss affiche au-dessus de la grille du camp la devise cynique inaugurée à Dachau : Arbeit macht frei (« Le travail rend libre »). Mais les prisonniers soviétiques ne résistent pas longtemps aux mauvais traitements et beaucoup meurent d'épuisement. 
    Pour combler les vides dans un camp prévu pour plus de cent mille déportés, Himmler décide alors d'envoyer à Auschwitz essentiellement des Juifs, ceux qui survivent au travail forcé, aux épidémies et à la terreur étant de toute façon voués à être exécutés.
    En 1942, une extension, avec des baraquements en bois (Auschwitz II), est réalisée près du village de Birkenau (Brzezinka en polonais), dans un terrain marécageux de 170 hectares. Là sont amenés les déportés destinés à une mort immédiate ou devenus inaptes au travail. Ils sont au début, comme dans les autres camps d'extermination, asphyxiés par les gaz d'échappement d'un camion, dans les bois jouxtant le camp. 
    Un troisième camp (Auschwitz III) reçoit, comme Auschwitz I, les prisonniers destinés au travail forcé. La plupart sont affectés dans l'usine chimique voisine de la firme IG Farben dédiée à la production de caoutchouc synthétique.


    Entrée du camp d'Auschwitz

    Auschwitz, au bout de l'horreur

    Fours crématoires du camp d'Auschwitz-BirkenauDans le camp d'extermination de Birkenau, Höss a bientôt l'idée de remplacer le gaz d'échappement par du Zyklon B, un insecticide à base d'acide cyanhydrique. Il s'agit de cristaux verts qui se gazéifient spontanément au contact de l'air !
    À l'automne 1942, il fait construire quatre chambres à gaz capables de contenir chacune 2.000 victimes. Un industriel lui fournit autant de fours crématoires pour brûler au plus vite les cadavres de déportés.
    Fours crématoires du camp d'Auschwitz-Birkenau ; les chambres à gaz sont au niveau du solCes fours doivent tout à la fois éliminer les corps, qui étaient au début ensevelis dans des fosses communes, et lutter contre une épidémie de typhus qui sévit dans le camp et affecte les gardiens autant que les déportés.
    Du fait de ces équipements surdimensionnés qu'il faut bien utiliser, Auschwitz va devenir à partir du printemps 1943 le principal lieu d'extermination des Juifs. À cette date, notons-le, environ 80% des victimes de la Shoah ont déjà été tuées.
    Vers Auschwitz vont être envoyés en particulier les déportés français, à partir du camp de transit de Drancy, au nord de Paris.
    Le camp, où sévissent 3.000 SS, va connaître une pointe d'activité à la fin de la guerre, au printemps 1944, avec l'extermination précipitée de 400.000 Juifs de Hongrie, ces malheureux étant gazés et brûlés au rythme de 6.000 par jour.


    L'indicible vérité

    En définitive, Auschwitz apparaît comme le seul camp où l'extermination a été pratiquée de façon industrielle. Un médecin diabolique, Josef Mengele, s'y est rendu par ailleurs "célèbre" en pratiquant des expériences insoutenables sur les déportés à des fins scientifiques.
    À leur arrivée, les convois de déportés faisaient l'objet d'une sélection sur la « rampe juive », située entre le camp principal et Auschwitz-Birkenau : les uns, généralement les moins valides, étaient immédiatement gazés et leurs cadavres brûlés ; les autres étaient envoyés aux travaux forcés dans les chantiers ou les usines du complexe, après avoir été tatoués.
    Notons qu'Auschwitz est aussi le seul camp où les déportés destinés aux travaux forcés avaient le bras tatoué du matricule qui devenait leur seule identité officielle.
    Environ 1 100 000 (un million cent mille) Juifs sont ainsi morts à Auschwitz-Birkenau, auxquels s'ajoutent environ 300.000 non-Juifs. Oświęcim,  (Pitchipoï en yiddish)* est aujourd'hui une ville polonaise presque ordinaire de 40.000 habitants.
    * «Lieu abstrait mythique, indéfinissable, enfer ou paradis, hors des normes humaines, une destination inconnue, mystérieuse, là-bas, quelque part, très loin vers l'Est…», ce mot était alors utilisé à Drancy par les déportés juifs pour désigner leur destination méconnue