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mercredi 3 avril 2019

Eluard. L'amoureuse






A. Rodin. Musée du Louvre
..."Elle a la forme de mes mains"...




L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.


Paul Eluard 
Quatrième poème de la seconde section Mourir de ne pas mourir
in Capitale de la douleur, 1926



 


Gala s’en était éloignée vers d’autres cieux... comme on le sait. Elle était sa muse. « Elle a la forme de mes mains… ». Du passé heureux restent les souvenirs d’images souriantes que la séparation l’interdit de commenter : « Parler sans avoir à rien dire. »


mardi 26 juin 2018

Nouveau. Le baiser







Auguste TOULMOUCHE
(1820-1890)
Le baiser



Le baiser


Comme une ville qui s'allume
Et que le vent achève d'embraser,
Tout mon cœur brûle et se consume,
J'ai soif, oh ! j'ai soif d'un baiser.

Baiser de la bouche et des lèvres
Où notre amour vient se poser,
Plein de délices et de fièvres,
Ah ! j'ai soif, j'ai soif d'un baiser !

Baiser multiplié que l'homme
Ne pourra jamais épuiser,
Ô toi, que tout mon être nomme,
J'ai soif, oui, j'ai soif d'un baiser.

Fruit doux où la lèvre s'amuse,
Beau fruit qui rit de s'écraser,
Qu'il se donne ou qu'il se refuse,
Je veux vivre pour ce baiser.

Baiser d'amour qui règne et sonne
Au cœur battant à se briser,
Qu'il se refuse ou qu'il se donne,
Je veux mourir de ce baiser.



Germain Nouveau
(1851-1920)
in Valentine
1885




Francesco Hayez

Il bacio 
1859





Fragonard 
Baiser à la dérobée ou baiser volé, 1766
"Le Baiser volé", beau titre du tableau de Fragonard, montre suffisamment que la bouche est quelque chose qui s'enlève.
Elle se désire, se trouvera sollicitée par des mimiques qui lui donnent sens et se libèrent du visage en des messages voletants, de-ci, de-là, attendant de se laisser capter par une étreinte à venir.
Le baiser est toujours dérobé.






Sculpture tantrique - Temple Chitragupta à Khajurâto - Inde (XIe siècle)




François Boucher 
Hercule et Omphale, 1735





Antonio Canova 
Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, 1793






Auguste Rodin
Le Baiser, 1889




Edward Munch 
Le Baiser, 1895





Gustav Klimt 
Le Baiser, 1907





Constantin Brancusi 
Le Baiser, 1912







mardi 7 février 2017

Anna de Noailles. L'empreinte







L’Empreinte


Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement.

La mer abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressées.

La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante ardeur,
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon coeur.




Anna de Noailles
in Le cœur innombrable

1901 





Anna de Noailles, Auguste Rodin, Metropolitan Museum, New York



Buste en marbre d’Anna de Noailles par Rodin exposé au Metropolitan Museum de New York dans la collection “Unfinished,” montrant des oeuvres d’art non terminées. Parce qu’Anna de Noailles n’a jamais reconnu le buste que Rodin a réalisé d’elle, il est resté anonyme en tant que buste de “Madame X.” 












                                                                                                                                                                                                                       La comtesse Anna-Élisabeth de Noailles, née Bibesco Bassaraba de Brancovan, est une            poétesse et une romancière française, d'origine roumaine, née à Paris le 15 novembre 

             1876 et morte à Paris le 30 avril 1933.