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samedi 8 août 2020

Maurice CAREME. Ponctuation





Ponctuation









Ponctuation


- Ce n'est pas pour me vanter,
Disait la virgule,
Mais, sans mon jeu de pendule,
Les mots, tels des somnambules,
Ne feraient que se heurter.


- C'est possible, dit le point.
Mais je règne, moi,
Et les grandes majuscules
Se moquent toutes de toi
Et de ta queue minuscule.


- Ne soyez pas ridicules,
Dit le point-virgule,
On vous voit moins que la trace
De fourmis sur une glace.
Cessez vos conciliabules.

Ou, tous deux, je vous remplace !




Maurice CAREME 






.

mercredi 1 mai 2019

Muguets



La tradition d'offrir cette fleur, symbole du triomphe du printemps sur l'hiver, 

remonte à la Renaissance.






Le muguet (Convallaria majalis) est bien reconnaissable à sa tige nue, enveloppée à la base par des gaines membraneuses d'où sortent deux feuilles, l'inférieure presque sessile, la supérieure pétiolée. Ces feuilles ovales-lancéolées possèdent des nervures parallèles et convergentes. La tige porte une courte grappe unilatérale de 4 à 9 fleurs, penchées, d'un blanc pur, à odeur suave.


Le 1er mai n'est pas que le jour de la fête du travail, c'est aussi celui où l'on offre des brins de muguet aux personnes que l'on aime. Cette tradition ne date pas d'hier.

Dans la Rome antique, les célébrations en l'honneur de Flora, déesse des fleurs atteignaient leur apogée le 1er mai. Les Celtes célébraient le début de l'été le même jour. Ils érigeaient un arbre autour duquel ils dansaient pour chasser les mauvais esprits. Ils accordaient par ailleurs au muguet des vertus de porte-bonheur.

En 1560, le roi Charles IX en visite avec sa mère Catherine de Médicis dans la Drôme, se vit offrir par le chevalier Louis de Girard de Maisonforte un brin de muguet, cueilli dans son jardin à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Le roi donne des brins de muguet dès le 1er mai 1561 aux dames de la cour en leur disant: «Qu'il en soit fait ainsi chaque année». La coutume était née.




Le 1er mai 1895, le chanteur toulonnais Félix Mayol (créateur de Viens, Poupoule! en 1902) arrive à Paris. Son amie Jenny Cook lui offre un bouquet de muguet. Il en porte à sa boutonnière le soir même pour la première de son tour de chant au Concert Parisien. Sa série de concerts est un triomphe. Mayol décide de ne plus s'en séparer. Le muguet devient son emblème. Très populaire à l'époque, le chanteur aurait relancé la tradition.

Le 1er mai 1900, lors d'une fête organisée par les grands couturiers parisiens, toutes les femmes reçurent un brin de muguet, clientes et petites mains. Séduites par l'idée les couturières en offrirent chaque année à leurs clientes. Christian Dior en fit même l'emblème de sa maison de couture.


                     


Christian Dior - Lily of the valley, 1957


Le muguet n'a été associé à la Fête du Travail que sous le prétendu et autoproclamé  “gouvernement”  de Vichy. Le 24 avril 1941, Pétain instaure officiellement le 1er mai comme «la Fête du Travail et de la Concorde sociale». L'églantine rouge, symbole de la journée internationale des travailleurs après 1891, trop connotée à gauche, est remplacée par le muguet.





  *

Le muguet

Un bouquet de muguet,
Deux bouquets de muguet,
Au guet ! Au guet !
Mes amis, il m'en souviendrait,
Chaque printemps au premier Mai.
Trois bouquets de muguet,
Gai ! Gai !
Au premier Mai,
Franc bouquet de muguet.




Robert DESNOS 
Chantefables et chantefleurs

*

Le muguet

Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !

Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Les yeux brillants, l'âme légère,
Les fillettes s'en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Maurice CARÊME 
1899-1978




Jeanne d'Arc
John Everett Millais
1829-1896



samedi 12 janvier 2019

Carême. Un chat perdu





Un chat perdu 



Un chat perdu rôdait

Aux portes des maisons.

Une vieille cousait,

Assise à son balcon.



« O vieille ! dit le chat,

Je vis de peu de chose :

Deux pétales de rose

Comblent mon estomac. »



« En ce cas, dit la vieille

Entrez, pauvre matou ;

Dormez dans ma corbeille,

Faites comme chez vous. »



Mais allez croire un chat !

Dès qu’il fut chez la vieille,

Il lui mangea jusqu’à

L’ouate de ses oreilles.


Maurice Carême


... "Mais allez croire un chat !"...



lundi 25 décembre 2017

Maurice CAREME. Nuit de Noël




Nuit de Noël
 


La terre est noire ;
L’église, blanche.
Que cache-t-elle
Pour être ainsi
Tellement belle
Dans l’air noirci ?
Rien qu’un enfant
Qui vient de naître
Entre deux bêtes
Si ingénues
Que, dans leur  l’ombre,
Il tient le monde
Dans son poing nu.

 



Maurice Carême 

Tambour battant




La terre est noire ;
L’église, blanche.(...)


Nicolas de Staël
Paris la nuit, 1954

*   *   *

Dans la religion chrétienne
L’iconographie de la Nativité comprend trois parties : les Préludes, c'est-à-dire les épisodes antérieurs à la naissance de Jésus (le voyage à Bethléem, le recensement, l'attente de l'accouchement), la Nativité proprement dite, l'Annonce aux bergers et l'Adoration des mages.

La Nativité, proprement dite, rassemble Marie, Joseph, l'Enfant Jésus, les bergers, les anges et les rois mages le jour de l'Épiphanie.

Le thème de la Nativité apparaît très fréquemment à l'époque médiévale, mais aussi à la Renaissance, en raison de ses liens avec la liturgie chrétienne. Par ailleurs, ce choix iconographique permet de célébrer la Vierge au même titre que son fils.


Représentations anciennes de la Nativité
Les plus anciennes représentations paléochrétiennes de la Nativité connues datent du IIIe siècle, mais c'est surtout aux IVe et Ve siècles qu'elles deviennent plus nombreuses. Une scène d'Adoration des mages dans la catacombe de Priscille remonte au IIIe siècle. Cette catacombe abrite aussi une fresque du IIe siècle de la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras et à sa gauche, un prophète. Cette peinture est la plus ancienne représentation mariale et pourrait évoquer la Nativité car il semble qu'elle est en train d’allaiter Jésus. Découverte dans les catacombes de Saint-Sébastien à Rome, une peinture murale orne la chambre mortuaire d'une famille chrétienne ayant vécu aux environs de 380, Jésus étant représenté emmailloté dans des bandelettes funéraires qui évoquent sa nature humaine et mortelle. Une autre mention fait référence à une scène peinte sur un sarcophage de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, représentant l'adoration de l'Enfant Jésus par les mages. Mais l'essentiel des représentations remonte au Moyen Âge et de très nombreux peintres y ont trouvé leur inspiration.

- La représentation la plus ancienne de la Nativité ?
basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume 


*   *   *




Saint-Joseph. Icône melkite



Exhortation apostolique Redemptoris Custos § 11.12


La circoncision
La circoncision d'un fils était le premier devoir religieux du père par ce rite (cf. Lc 2, 21), Joseph exerce son droit et son devoir à l'égard de Jésus. Le principe selon lequel tous les rites de l'Ancien Testament ne sont que l'ombre de la réalité (cf. He 9, 9-10; 10, 1) fait comprendre pourquoi Jésus les accepte.
Comme pour les autres rites, celui de la circoncision trouve en Jésus son « accomplissement ». L'alliance de Dieu avec Abraham dont la circoncision était le signe (cf. Gn 17, 13), atteint en Jésus son plein effet et sa réalisation parfaite, car Jésus est le « oui » de toutes les anciennes promesses (cf. 2 Co 1, 20).

L'imposition du nom
A l'occasion de la circoncision, Joseph donne à l'enfant le nom de Jésus. Ce nom est le seul nom dans lequel se trouve le salut (cf. Ac 4, 12) ; et sa signification avait été révélée à Joseph au moment de son « annonciation » : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés. » (Mt 1, 21.)
En lui donnant son nom, Joseph manifeste sa paternité légale à l'égard de Jésus et, en prononçant ce nom, il proclame la mission de sauveur qui est celle de l'enfant.



Extraits de 
Redemptoris Custos § 11.12, Jean-Paul II (Pape Jean-Paul II)




mardi 20 juin 2017

CAREME. Alphabet




Alphabet




A c'est l'âne agaçant l'agnelle,

B c'est le boulevard sans bout,
C la compote sans cannelle,
D le diable qui dort debout.
E c'est l'école, les élèves,
F le furet féru de grec,
G la grive grisant la grève,
H c'est la hache et l'homme avec.
I c'est l'ibis berçant son île,
J le jardin sans jardinier,
K le képi du chef kabyle,
L le lièvre fou à lier.
M c'est le manteau bleu des mages,
N la neige bordant le nid,
O l'oranger pris dans l'orage,
P le pain léger de Paris.
Q c'est la quille sur le quai,
R la rapière d'or du roi,
S le serpent qui s'est masqué,
T la tour au-dessus des toits.
U c'est l'usine qui s'allume,
V le vol du vent dans la voile,
W le wattman de lune,
X le xylophone aux étoiles.
Y c'est les yeux doux du yack
O ublié dans le zodiaque,
Z le zigzag brusque du zèbre
Qui s'enfuit dans les ténèbres,
Malheureux parce qu'il est
Le dernier de l'alphabet.


Maurice Carême
©Fondation Maurice Carême





*   *   *



... J Le jardin sans jardinier, ...


Claude MONET
Bassin aux nymphéas, 1899


____________________________

Giverny
Ce qui n'était à l'origine qu'un verger normand d'herbe et de pommiers devient, avec la contribution de toute la famille, un jardin historique. C'est un travail de patience que Monet poursuit avec amour. Même quand la tâche devient trop grande pour qu'il puisse l'assumer seul, il supervise son équipe de jardiniers.

Monet achète des graines et des plantes partout où il va, conclut des échanges avec d'autres jardiniers. C'est lui qui parcourt les catalogues et passe les commandes, que ce soit des graines, des pots, des cloches à melon ou de ces indispensables paillassons en paille de seigle pour protéger les châssis.

En 1893, il commence l'aménagement de son célèbre "jardin d'eau" avec l'étang aux nymphéas.

En 1899, Monet étudia pour la première fois le sujet des nymphéas (espèces de nénuphars)
 : Les nymphéas blancs (1899). Le pont japonais (1899),Nymphéas (1914), (1917), furent les thèmes principaux de ses dernières oeuvres. 


jeudi 26 janvier 2017

Maurice Carême. Etranges fleurs





Étranges fleurs



L'automne met dans les lilas
D'étranges fleurs que nul ne voit,

Des fleurs aux tons si transparents
Qu'il faut avoir gardé longtemps

Son âme de petit enfant
Pour les voir le long des sentiers

Et pour pouvoir les assembler
En un seul bouquet de clarté

Comme font, à l'aube, les anges
Les mains pleines d'étoiles blanches...


Maurice Carême
©Fondation Maurice Carême.


 
...Comme font, à l'aube, les anges
Les mains pleines d'étoiles blanches...

Van Gogh.
Nuit étoilée sur le Rhône, 1888.





Van Gogh a toujours été fasciné par le ciel nocturne. Et ce passionné d'astronomie et d'astrologie se demande : " Mais quand donc ferai-je le ciel étoilé, ce tableau qui, toujours, me préoccupe ? " Van Gogh y parvient en septembre 1888, en peignant la nuit sous un bec de gaz. Il écrit à son frère Théo : " Le ciel est bleu-vert, l'eau est bleu de roi, les terrains sont mauves. La ville est bleue et violette, le gaz est jaune et des reflets or roux descendent jusqu'au bronze vert. Sur le champ vert du ciel, la Grande Ourse a un scintillement vert et rose dont la pâleur discrète contraste avec l'or brutal du gaz. Deux figurines colorées d'amoureux à l'avant-plan. " 



vendredi 30 septembre 2016

Maurice CAREME. Ponctuation







Ponctuation


- Ce n'est pas pour me vanter,
Disait la virgule,
Mais, sans mon jeu de pendule,
Les mots, tels des somnambules,
Ne feraient que se heurter.


- C'est possible, dit le point.
Mais je règne, moi,
Et les grandes majuscules
Se moquent toutes de toi
Et de ta queue minuscule.


- Ne soyez pas ridicules,
Dit le point-virgule,
On vous voit moins que la trace
De fourmis sur une glace.
Cessez vos conciliabules.

Ou, tous deux, je vous remplace !


Maurice CAREME 

Maurice Carême, instituteur belge (1899-1978) est présent dans chaque cahier de poésie des élèves de France, de Navarre et d'ailleurs, bien entendu...




***


... De l'importance de la ponctuation, suite














Pas de chance pour le gouvernement socialiste et les plaques commémoratives des attentats de 2015 en France. Après l'i final de Wolinski devenu un i grec sur celle apposée sur la façade du 10, rue Nicolas-Appert (Paris 11e), lieu des anciens locaux de Charlie, voici la ponctuation manquante sur celle inaugurée le 10 janvier et placée au sol place de la République (Paris 10e).

On remarquera à raison l'ambiguïté de la phrase qui clôt le texte : Ici même le peuple de France leur rend hommage. Il fallait évidemment comprendre: “Ici même, le peuple français leur rend hommage.” Et non que ce brave peuple – même lui ! – consentait un hommage aux victimes.

Mais peut-être la respiration silencieuse lors de la lecture (silencieuse aussi) de cette phrase privée de sa  “larme du compositeur”* assure-t-elle, chez les passants, la restitution du sens voulu par les auteurs du texte. Toute la question est de savoir où inspire chacun(e). C'est là que les signes de ponctuation apportent leur aide, une élégante assistance inspiratoire à la lecture.


* « Du temps de l'imprimerie au plomb, la virgule reçut le surnom très beau et poétique de “larme du compositeur”. Pas seulement par analogie avec sa forme lacrymale, mais parce qu'elle causait bien des tracas : il fallait du doigté pour la saisir, la placer sur la ligne, et sa manipulation ralentissait le travail. » (in L'Art de la ponctuation, d'Olivier Houdart et Sylvie Prioul, Seuil, 2006)