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vendredi 11 mars 2022

Carco. Enfance





Enfance

Les persiennes ouvraient sur le grand jardin clair

Et, quand on se penchait pour se griser à l’air

Humide et pénétré de fraîcheurs matinales,

Un vertige inconnu montait à nos fronts pâles

Et nos cœurs se gonflaient comme un ruisseau grossi,

Car c’était tout un vol de parfums adoucis

Dans l’éblouissement heureux de la lumière :

Les langueurs avaient des langueurs particulières

Où se décomposait une odeur de terreau.

Tout le printemps chantait de l’éveil des oiseaux

Et, dans le déploiement des ailes engourdies,

Passait le grand élan paisible de la vie.

Une rumeur sonore emplissait la maison.

On entendait des bruits d’insectes ; des frissons

Faisaient trembler les grappes mauves des glycines

Tandis qu’allègrement des collines voisines

Un parfum de sous-bois arrivait jusqu’à nous.

Ô matins lumineux ! matins dorés et flous,

Je vous respirerai plus tard à la croisée

Et vous aurez l’odeur des feuilles reposées.

Et ce sera comme un très ancien rendez-vous.



Francis Carco 
In La bohème et mon cœur





Claude Monet
Glycines


 
 
"...Faisaient trembler les grappes mauves des glycines..."



mercredi 6 janvier 2021

Desnos. La grenouille aux souliers percés




©B.Tanaka




La grenouille aux souliers percés


La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées

Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau

L'écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau

L'herbe lui a donné
Trois petites graines

Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine

Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont toujours percés.


Robert Desnos



...Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées...



Claude Monet

 

dimanche 14 juillet 2019

La fête nationale






Billet  publié les années précédentes, modifié et enrichi le 12/07/19

(à l'intention des plus jeunes et des lecteurs étrangers)





Brigitte BARDOT
photos ©Sam Levin, 1967


 "…Plein de sang dans le bas et de ciel dans le haut,

Puisque le bas trempa dans une horreur féconde,

Et que le haut baigna dans les espoirs du monde…"
Edmond ROSTAND
In L'Aiglon, 1900

***

On connaît rarement l'année 1880 -  qui marque 
pour la France la consécration du 14 juillet comme 
fête nationale. Voici les textes fondateurs, comme le 
dit Henri Martin, rapporteur au Sénat de la loi du 6 
juillet faisant du 14 juillet une « journée Fête 
Nationale annuelle », « ce jour-là, le 14 juillet 1790, a 
fait, je ne veux pas dire l’âme de la France [...] mais 
la révolution a donné à la France conscience d’elle- 
même ».


Claude MONET
rue Montorgueil 
30 juin 1878


En 1878, le ministère Dufaure avait fixé au 30 juin une fête parisienne en l’honneur de la République. Elle est immortalisée par le tableau de Claude Monet, ci-dessus.

Le 14 juillet 1879 prend un caractère semi-officiel. Après une revue des troupes à Longchamp (le 13 juillet), une réception est organisée le 14 à la Chambre des députés à l’initiative de Gambetta qui la préside, une fête républicaine a lieu au pré Catelan en présence de Louis Blanc et de Victor Hugo. Dans toute la France, note Le Figaro : « On a beaucoup banqueté en l’honneur de la Bastille » (16 juillet 1879).
Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés, selon laquelle « la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet ». L’Assemblée vote le texte dans ses séances des 21 mai et 8 juin ; le Sénat l’approuve dans ses séances des 27 et 29 juin 1880 à la majorité de 173 contre 64, après qu’une proposition en faveur du 4 août a été refusée.
La loi est promulguée le 6 juillet 1880. Le ministre de l’intérieur prescrit aux préfets de veiller à ce que cette journée « soit célébrée avec autant d’éclat que le comportent les ressources locales ».
La fête célébrée cette année-là fut à la mesure de l'événement…




À la fin des années 60, Aslan fait le choix audacieux de donner à Marianne les traits de Brigitte Bardot. Plébiscitée par les français, cette dernière devient la première personnalité à incarner Marianne.





                                                  


samedi 8 juin 2019

ARAGON. Il n'aurait fallu








Il n'aurait fallu


Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne



Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines



Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air



Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule



Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers



Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon cœur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce



LOUIS ARAGON
In Le Roman Inachevé1956





Claude MONET
Le déjeuner

vers 1874


Le déjeuner : panneau décoratif
Après 1870, Monet renonce aux grands formats de ses débuts. Quelques oeuvres cependant font exception : ce sont Le déjeuner exposé à la seconde exposition impressionniste de 1876 comme "panneau décoratif" et les toiles destinées à la décoration du château de Rottenbourg à Montgeron pour Ernest Hoschedé, peintes en 1876-1877. On peut se d'ailleurs demander si ce n'est pas ce Déjeuner, vu dans l'atelier de Monet ou à l'exposition de 1876, qui incite Hoschedé à commander les panneaux destinés à sa propriété.
Le charme du sujet vient surtout de l'impression d'instantanéité, de l'évocation simple d'une vie familiale dont il ne reste que quelques traces. La table n'est pas desservie comme à la fin d'un repas. Un chapeau accroché à une branche d'arbre, un sac et une ombrelle posés sur le banc paraissent avoir été oubliés là. Sous l'ombre fraîche du feuillage, le petit Jean Monet joue calmement avec quelques planchettes de bois.


jeudi 22 février 2018

Desnos




©B.Tanaka




La grenouille aux souliers percés


La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées

Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau

L'écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau

L'herbe lui a donné
Trois petites graines

Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine

Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont toujours percés.


Robert Desnos



...Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées...



Claude Monet
Effet d'automne à Argenteuil, 1873.

vendredi 29 septembre 2017

Baudelaire. L'Examen de Minuit





         

L’Examen de Minuit
           
La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
À nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s’enfuit :
— Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique.

Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière.

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L’ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !...
— Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !
 


Charles BAUDELAIRE.





Nettoyons un peu nos yeux endoloris ! 
Profitons de la luminosité extraordinaire de cette toile de Claude Monet.








Claude Monet, "Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin" ou "Femme au jardin", 1866 ou 1867.

Note : Ce jardin serait situé à Sainte-Adresse, près du Havre, où une tante de Claude Monet possédait une demeure. Jeanne-Marguerite Lecadre serait une petite cousine de Monet. Sous toutes réserves. La toile, en revanche et sans réserves, est propriété du Musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg.




vendredi 14 juillet 2017

14 juillet


Billet  publié les années précédentes, modifié et enrichi le 12/07/18
(à l'intention des plus jeunes et des lecteurs étrangers)









Brigitte BARDOT
photo ©Sam Levin, 1967


 "…Plein de sang dans le bas et de ciel dans le haut,

Puisque le bas trempa dans une horreur féconde,

Et que le haut baigna dans les espoirs du monde…"
Edmond ROSTAND
In L'Aiglon, 1900

***

On connaît rarement l'année 1880 -  qui marque 
pour la France la consécration du 14 juillet comme 
fête nationale. Voici les textes fondateurs, comme le 
dit Henri Martin, rapporteur au Sénat de la loi du 6 
juillet faisant du 14 juillet une « journée Fête 
Nationale annuelle », « ce jour-là, le 14 juillet 1790, a 
fait, je ne veux pas dire l’âme de la France [...] mais 
la révolution a donné à la France conscience d’elle- 
même ».


Claude MONET
rue Montorgueil 
30 juin 1878


En 1878, le ministère Dufaure avait fixé au 30 juin une fête parisienne en l’honneur de la République. Elle est immortalisée par le tableau de Claude Monet, ci-dessus.

Le 14 juillet 1879 prend un caractère semi-officiel. Après une revue des troupes à Longchamp (le 13 juillet), une réception est organisée le 14 à la Chambre des députés à l’initiative de Gambetta qui la préside, une fête républicaine a lieu au pré Catelan en présence de Louis Blanc et de Victor Hugo. Dans toute la France, note Le Figaro : « On a beaucoup banqueté en l’honneur de la Bastille » (16 juillet 1879).
Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés, selon laquelle « la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet ». L’Assemblée vote le texte dans ses séances des 21 mai et 8 juin ; le Sénat l’approuve dans ses séances des 27 et 29 juin 1880 à la majorité de 173 contre 64, après qu’une proposition en faveur du 4 août a été refusée.
La loi est promulguée le 6 juillet 1880. Le ministre de l’intérieur prescrit aux préfets de veiller à ce que cette journée « soit célébrée avec autant d’éclat que le comportent les ressources locales ».
La fête célébrée cette année-là fut à la mesure de l'événement…