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lundi 15 juin 2020

Albert SAMAIN. Soir





Soir

C’est un soir tendre comme un visage de femme.
Un soir étrange, éclos sur l’hiver âpre et dur,
Dont la suavité, flottante au clair-obscur,
Tombe en charpie exquise aux blessures de l’âme.

Des verts angélisés... des roses d’anémie...
L’Arc-de-Triomphe au loin s’estompe velouté,
Et la nuit qui descend à l’Occident bleuté
Verse aux nerfs douloureux la très douce accalmie.

Dans le mois du vent noir et des brouillards plombés
Les pétales du vieil automne sont tombés.
Le beau ciel chromatique agonise sa gamme.

Au long des vieux hôtels parfumés d’autrefois
Je respire la fleur enchantée à mes doigts.
C’est un soir tendre comme un visage de femme.



Albert Samain 
1858-1900




Homme du Nord, Albert Samain naît à Lille en 1858 et meurt de la tuberculose à Magny-les-Hameaux en 1900. En plus de ses Contes et d'un drame lyrique (Polyphème), Samain est l'auteur de trois recueils de poèmes : Le jardin de l'infante(1893) qui le rendit célèbre, Aux flancs du vase (1898) et Le Chariot d'or (1900).
La poésie symboliste d’Albert Samain est héritière de Baudelaire et de Verlaine : on retrouve en effet dans les poèmes de Samain ce même goût de l'indécis ou de l'impalpable. Samain fait partie du beau et noble répertoire des poètes enseignés à l’école, même s'il n'est plus inscrit "au programme".


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Monument au Jardin Vauban, Lille.
Ce monument en pierre s’intitule « Aux flancs du vase » en hommage au recueil éponyme de Samain publié en 1898. Il est l’œuvre de la sculptrice Yvonne Serryus et fut inauguré le 4 octobre 1931.


mercredi 18 octobre 2017

Albert SAMAIN. Je n'ai songé qu'à toi ...






Je n'ai songé qu'à toi ...

Je n’ai songé qu’à toi, ma Belle, l’autre soir.
Quelque chose flottait de tendre dans l’air noir,
Qui faisait vaguement fondre l’âme trop pleine.
Je marchais, on eût dit, baigné dans ton haleine.
Les souffles qui passaient semblaient rouler dans l’air
Un souvenir obscur et tiède de ta chair.
J’aurais voulu t’avoir près de moi, caressante,
Appuyée à mon bras dans ta grâce enlaçante,
Et lente et paresseuse, et retardant le pas
Pour me baiser sans bruit comme on parle tout bas.
L’amour vibrait en moi comme un clavier qu’on frôle
Ô câline d’amour bercée à mon épaule !
Et je t’évoquais toute avec ton grand manteau,
Et la touffe de fleurs tremblante à ton chapeau,
Et tes souliers vernis luisant dans la nuit sombre,
Et ton ombre au pavé fiancée à mon ombre.
Il est ainsi des soirs faits de douceur qui flotte,
De beaux soirs féminins où le coeur se dorlote,
Et qui font tressaillir l’âme indiciblement
Sous un baiser qui s’ouvre au fond du firmament.

Tes yeux me souriaient... et je marchais heureux
Sous le ciel constellé, nocturne et vaporeux,
Pendant que s’entr’ouvrait, blancheur vibrante et pure,
Mon âme - comme un lys ! - passée à ta ceinture.


Albert SAMAIN



Attente

Le Baiser


Nikephoros LYTRAS
LYTRAS est un peintre grec né en 1832 et mort en 1904.
(Provenance : Pinacothèque Nationale, Athènes)




(...) "Pendant que s’entr’ouvrait, blancheur vibrante et pure,
Mon âme - comme un lys ! - passée à ta ceinture."



vendredi 3 février 2017

Albert Samain. Mon enfance captive, extrait





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Mon enfance captive a vécu dans des pierres,
Dans la ville où sans fin, vomissant le charbon,
L’usine en feu dévore un peuple moribond.
Et pour voir des jardins je fermais les paupières…



Albert SAMAIN
"Mon enfance captive", extrait
Le chariot d’or, 1900




Vue de Loos-en-Gohelle. Les terrils de la fosse 11