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mardi 27 août 2019

Mansour. Poésies





Les machinations aveugles

Les machinations aveugles de tes mains
Sur mes seins frissonnants
Les mouvements lents de ta langue paralysée
Dans mes oreilles pathétiques
Toute ma beauté noyée dans tes yeux sans prunelle
La mort dans ton ventre qui mange ma cervelle
Tout ceci fait de moi une étrange demoiselle


Fièvre

Fièvre ton sexe est un crabe
Fièvre les chats se nourrissent à tes mamelles vertes
Fièvre la hâte de tes mouvements de reins
L'avidité de tes muqueuse cannibales
L'étreinte de tes tubes qui tressaillent et qui clament
Déchirent mes doigts de cuir
Arrachent mes pistons
Fièvre éponge mort gonflée de mollesse
Ma bouche court le long de ta ligne d'horizon
Voyageuse sans peur sur une mer de frénésie


Invitez-moi

Invitez-moi à passer la nuit dans votre bouche
Racontez-moi la jeunesse des rivières
Pressez ma langue contre votre œil de verre
Donnez-moi votre jambe comme nourrice
Et puis dormons frère de mon frère
Car nos baisers meurent plus vite que la nuit


Gibier de macadam

Il y a vos mains dans le moteur
Mes cuisses sur le caisson
Le frein entre mes genoux
Votre chair contre ma peau
Il y a un oiseau sur le ventilateur
Un homme sous les roues
Vos mains dans le moteur
Qui jouent avec un clou
Il y a un cri dans le moteur
Un gendarme et son calepin
Une route dans le rétroviseur
Du vent entre mes genoux
Un colosse sans tête
conduit le véhicule
Ce sont mes mains sur le volant
Mon sexe candide qui implore




 JOYCE MANSOUR





dimanche 28 juillet 2019

Joyce MANSOUR. Entre les Orties et le Sureau



Joyce Mansour




Entre les Orties et le Sureau


Ô bonheur
L’air fluide et tendre cède plus mollement que l’eau
La  grenouille confie ses clameurs aux rochers lisses du maquis
À l’appétissante bouillie au bassin vert miroitant
Zone marécageuse entre le souffle et les roseaux
Le silence respire et j’expire immobile et sanguine comme le drapé du rêve
Je retiens mon souffle et c’est le calme
Calme la vague émue
Calme le sable le ciel et l’introuvable tortue
Calme le cri qui ne s’élèvera plus
Sois heureuse car la nuit repose dans le courant qui tire vers le large
Et l’éléphant blanc ouvre la porte qui donne sur la baie
Et blêmit car ici même le vent sait attendre.


Joyce Mansour

in Ochinèse
1963



Ochinèse est le nom d’un lieu-dit en bord de mer, dans le désert des Agriates, au sein de la commune de Saint-Florent (Haute-Corse). Le commissaire-priseur et romancier Maurice Rheims avait notamment acquis là, en 1950, 25 hectares de maquis et d’oliviers.

________ Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse juive égyptienne liées aux surréalistes, plus particulièrement à André Breton. Et, ce qui ne gâche rien, championne de course à pied!
On sait qu'elle écrivit ce beau poème en 1963 lors d'un séjour en Corse, à Saint-Florent dans la propriété de Maurice Rheims (voir ci-dessus).
Publié initialement en 1965 dans un recueil "Carré blanc", puis chez Actes Sud en 1991, il figure parmi les "Oeuvres complètes" parues en 2014 chez l'éditeur Michel de Maule.


samedi 27 juillet 2019

Joyce Mansour. Cris et déchirures









Les machinations aveugles…

Les machinations aveugles de tes mains 
Sur mes seins frissonnants 
Les mouvements lents de ta langue paralysée 
Dans mes oreilles pathétiques 
Toute ma beauté noyée dans tes yeux sans prunelle 
La mort dans ton ventre qui mange ma cervelle 
Tout ceci fait de moi une étrange demoiselle







Fièvre…

Fièvre ton sexe est un crabe 
Fièvre les chats se nourrissent à tes mamelles vertes 
Fièvre la hâte de tes mouvements de reins 
L'avidité de tes muqueuse cannibales 
L'étreinte de tes tubes qui tressaillent et qui clament 
Déchirent mes doigts de cuir 
Arrachent mes pistons 
Fièvre éponge mort gonflée de mollesse 
Ma bouche court le long de ta ligne d'horizon 
Voyageuse sans peur sur une mer de frénésie



Joyce Mansour






samedi 6 juillet 2019

Mansour. L'amoureuse guerrière







Trois ans dit la mante
Et ainsi qu’une boutonnière lentement entrouverte
Pour se contracter encore en joyeuse spasmodie
Elle sourit
Le fil filé se déroule
Dénudant les reins de la hennissante
Tendresse
Trois ans de constructions et de saillies solitaires
Seul demeure
L’immense ameublement ébréché
Fier débris inutile
Du tronçon masculin attelé à sa besogne
Échappe-t-il aux pattes ravisseuses
De l’amante
Comme elle je dévorerai celui qui violera mes flancs
Aux pulsations
Barbares
Comme elle je grignoterai mon frère
Il faut savoir attendre pouvoir se venger
Imiter les insectes pour plaire

Joyce Mansour 
In L'amoureuse guerrière




Fille sur une lit, 1950
BALTHUS


..."Et ainsi qu’une boutonnière lentement entrouverte"...




mercredi 19 juin 2019

JOYCE MANSOUR. Tous les soirs quand je suis seule





Pierre Molinier (1900-1976) 
Illustration pour "Tous les soirs quand je suis seule"




Tous les soirs quand je suis seule



Tous les soirs quand je suis seule

Je te raconte ma tendresse

Et j’étrangle une fleur.

Le feu lentement se meure

Contracté de tristesse

Et dans le miroir où dort mon ombre

Des papillons demeurent.

Tous les soirs quand je suis seule

Je lis l’avenir dans les yeux des moribonds

Je mêle mon haleine au sang des hiboux

Et mon cœur court crescendo

avec les fous.



JOYCE MANSOUR 
In Déchirure, 1955





samedi 1 juin 2019

Joyce Mansour. Appelle-moi par mon dernier nom




Après le 31 mai, le premier joint ? *


*Ce n'est vraiment pas très drôle mais ça nous fait toujours autant rire.
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Photo©René Groebli




Appelle-moi par mon dernier nom


Appelle-moi par mon dernier nom.
Accroche mes vêtements aux planètes aux étoiles.
Que mes jambes sans issue marchent sur la terre
En semant mon désespoir dans les cœurs des animaux
Que mes dernières réponses sonnent comme des glas
Pour appeler les hommes à l'absolution.


JOYCE MANSOUR
In Cris, 1953






mardi 26 mars 2019

Mansour. Tous les soirs quand je suis seule



Joyce Mansour

Tous les soirs quand je suis seule



Tous les soirs quand je suis seule
Je te raconte ma tendresse
Et j’étrangle une fleur.
Le feu lentement se meure
Contracté de tristesse
Et dans le miroir où dort mon ombre
Des papillons demeurent.
Tous les soirs quand je suis seule
Je lis l’avenir dans les yeux des moribonds
Je mêle mon haleine au sang des hiboux
Et mon cœur court crescendo
avec les fous.

JOYCE MANSOUR
In Déchirures
1955




Pierre Molinier (1900-1976) - Illustration pour Tous les soirs quand je suis seule, de Joyce Mansour

________




Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse juive égyptienne liée aux surréalistes,  - plus particulièrement à André Breton. Et, ce qui ne gâche rien, championne de course à pied!



vendredi 1 février 2019

Mansour. Poèmes, une sélection




Joyce Patricia Adès, plus connue sous son nom de plume Joyce Mansour, est née à Bowden, en Angleterre le 25 juillet 1928, et morte d’un cancer à Paris le 27 août 1986.
Ses parents faisaient partie de cette colonie britannique installée au Caire depuis plusieurs générations qui a su mêler la tradition anglaise avec les saveurs épicées de l’Orient.
Après des études en Angleterre et en Suisse, Joyce retourne en Égypte où elle se fait connaître comme sportive de haut niveau.
Son premier mariage en 1947 ne dure que six mois, après la mort de son époux victime d’une maladie incurable.
Elle se remarie en 1949 avec Samir Mansour, issu de la colonie française du Caire.
Le couple s’établit à Paris en 1954, où vont naître leurs deux fils, et très vite Joyce Mansour fait la connaissance de Breton et se plonge dans les activités du groupe surréaliste, bien décimé dans ses dernières années par les exclusions édictées par André Breton.
D’une étrange beauté exotique, elle en joue et fait preuve, dans sa vie et son œuvre d’une liberté de ton incandescente et furieuse, célébrant les splendeurs de la chair sans en gommer les sueurs, le sang, le sperme et les miasmes qui l’accompagnent. Féministe en avance sur son temps, elle aura marqué de son audace les derniers soubresauts du surréalisme.




Ne mangez pas...
Ne mangez pas les enfants des autres
Car leur chair pourrirait dans vos bouches bien garnies
Ne mangez pas les fleurs rouges de l'été
Car leur sève est le sang des enfants crucifiés
Ne mangez pas le pain noir des pauvres
Car il est fécondé par leurs larmes acides
Et prendrait racine dans vos corps allongés
Ne mangez pas afin que vos corps se flétrissent et meurent
Créant sur la terre en deuil
L'automne
In La poésie surréaliste, Cris © Seghers 1970 p 220

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Les machinations aveugles…
Les machinations aveugles de tes mains
Sur mes seins frissonnants
Les mouvements lents de ta langue paralysée
Dans mes oreilles pathétiques
Toute ma beauté noyée dans tes yeux sans prunelles
La mort dans ton ventre qui mange ma cervelle
Tout ceci fait de moi une étrange demoiselle
Ibid p 220


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L’amazone...
L'amazone mangeait son dernier sein
La nuit avant la bataille finale
Son cheval chauve respirait le frais de la mer
En piaffant en rageant en hennissant sa peur
Car les dieux descendaient des monts de la science
Apportant avec eux les hommes
Et les tanks
Ibid p 221





vendredi 19 mai 2017

Mansour. Je t'ai vu...









Je t’ai vu à travers mon œil fermé
Grimpant le mur effrayant de tes rêves.
Tes pieds perdaient pied sur la mousse endormie.
Tes yeux s’accrochaient aux clous qui pendaient.
Tandis que je criais sans ouvrir la bouche

Pour ouvrir ta tête à la nuit.



Joyce Mansour

lundi 24 avril 2017

Mansour. La nuit le ciel est





La nuit le ciel est un sexe ouvert
Le feu s’assoupit l’eau oisive se meurt
Le corps perd ses forces bien avant minuit
                   Désirant se voir mort il meurt déjà
Le temps n’est plus qu’un caveau funèbre
Pour celui qui halète dans la superstition
Les cadavres se souviennent de la mort
Longtemps après les quarante jours d’usage
La poussière n’étouffe que le déjà oublié
Les morts respirent
Le regard troué
La bouche étirée par le jeu électrique
De l’immense bâillement
De l’éternuement final
Par l’aspiration et le sanglot
Par le hoquet et le dernier rot
Si l’amour est le fils de l’oeil


Le feu fils du bois
Et le vent fils du vide
Même les forêts peuvent espérer le brûlot
Y a-t-il douleur plus amoureuse de son aiguillon
Que la mienne
Le vinaigre ravive les blessures anciennes

L’insomnie aiguise les branches de l’étoile
Un souffle trop brusque et elle s’évapore
Si Dieu est un cerf-volant
Qui diable est George Sand





Joyce Mansour 
in Faire signe au machiniste
1977
©Louise Pressager

... Si Dieu est un cerf-volant
Qui diable est George Sand ...







vendredi 7 avril 2017

Mansour. Choix de poèmes


René MAGRITTE
La Géante, 1931




J’ai ouvert ta tête
Pour lire tes pensées.
J’ai croqué tes yeux pour goûter ta vue.
J’ai bu ton sang
Pour connaître ton désir
Et de ton corps frissonnant
J’ai fait mon aliment.








La marée monte sous la lune pleine des aveugles.
Seul avec les coquillages et l’eau glauque du petit jour
Solitaire sur la plage mon lit lentement se noie.
La marée monte dans le ciel titubant d’amour
Sans dents dans la forêt j’attends ma mort, muette,
Et la marée monte dans ma gorge où meurt un papillon.






Déplace ton regard
Dépouille mon bas-ventre de sa bête ô désespoir
Ta langue divise mon cœur
Tel le serpent le rocher
Que tes jambes soient de velours
Obéissantes fertiles
Crispées comme le vertige
Raidies aux tournants
Par la peur des ombres malsaines
Agitées nues et entourées de moi
De fil de fer d’arbrisseaux
D’éther impondérable
Que tes jambes me délivrent de l’angoisse de quatre heures
Que ta bouche ensoleillée
Explose
J’écarterai les saules éteints
Tristes fagots qui noircissent ton visage
Il faut que femme enlace

Son image dans la boue


Joyce Mansour
in En attendant minuit

mardi 28 mars 2017

Joyce Mansour.






________ Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse juive égyptienne liées aux surréalistes, plus particulièrement à André Breton. Et, ce qui ne gâche rien, championne de course à pied!





Ses cheveux roux sentent l’océan.
Le soleil couchant se reflète sur le sable mort.
La nuit s’allonge sur son lit d’apparat
Tandis que la femme haletante tremblante
Reçoit entre ses jambes fléchies
Les derniers baisers d’un soleil mourant.







(...) Tandis que la femme haletante tremblante
Reçoit entre ses jambes fléchies
Les derniers baisers d’un soleil mourant.


samedi 25 mars 2017

Joyce Mansour



________ Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse juive égyptienne liées aux surréalistes, plus particulièrement à André Breton. Et, ce qui ne gâche rien, championne de course à pied!











Un œuf sur le toit
Racontait ses amours
Aux seins doux et fétides
De la nuit.
Un œil de bœuf dans un trou
Hivernait incognito
Parmi les ours.
Et moi je tricotais sans laine et sans aiguilles
Les sous-vêtements de l’irréel
En attendant le Messie.





Photos de Joyce Mansour