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dimanche 4 juillet 2021

Billet

 



Dérobés par les nazis, un tableau de Pechstein et un sac de prières restitués à deux familles juives

Les deux objets ont été remis lors d'une cérémonie au ministère de la Culture. La toile était réapparue au Palais de Tokyo en 1966 et le sac retrouvé au Musée d'art et d'histoire du judaïsme en 2013.

Près de 100.000 objets et œuvres d’art auraient été spoliés par les Nazis.
Près de 100.000 objets et œuvres d’art auraient été spoliés par les Nazis. Capture d'écran Twitter. Roselyne Bachelot

Près de 90 ans après leur spoliation, les objets sont enfin revenus à leurs propriétaires légitimes. Jeudi, lors d'une cérémonie au ministère de la Culture, un tableau de l'expressionniste allemand Max Pechstein et un modeste sac à phylactères (sac de prières) ont été restitués aux ayants droit de deux familles juives. Deux objets très différents de par leur valeur matérielle, illustrant la diversité des spoliations effectuées par les nazis sous l'Occupation.

Le tableau est l'œuvre Max Pechstein, un peintre et graphiste originaire de Zwickau en Allemagne, reconnu pour sa maîtrise de l'expressionnisme allemand. Intitulée Nus dans un paysage, cette toile peinte en 1912 avait été volée pendant la guerre dans l'appartement parisien du banquier et collectionneur juif allemand Hugo Simon. Ce dernier s'était installé en France dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933. Opposé au nazisme dès la première heure, il aidait les réfugiés juifs en France et était décrit par les nazis comme «juif et capitaliste marxiste typique». Il finit par se réfugier avec sa famille au Brésil en 1941 sous une identité d'emprunt.

C'est son arrière-petit-fils, Rafael Cardoso Denis, qui apprit à l'âge adulte que ses ancêtres avaient été spoliés et qui a lutté pour la restitution du tableau. En 1966, le tableau était réapparu au Palais de Tokyo, avant d'être confié au Musée national d'art moderne Georges Pompidou (MNAM). Après sa restitution, les ayants droit vont le prêter provisoirement à ce musée, qui réservera une salle spéciale à l'amateur d'art réputé qu'était en Allemagne Hugo Simon avant 1933.


Quant au sac à phylactères, il avait été offert à Alger en 1888 pour sa bar-mitsvah au jeune Elie Léon Lévi-Valensin, qui devait devenir un artiste lyrique connu. Il fut volé avec d'autres objets lors du pillage en 1942 de l'appartement à Paris de son fils Marcel Georges, médecin réputé. L'arrière-petite-fille d'Elie Léon, Miléna Kartowski-Aïach, a raconté comment le hasard lui avait fait retrouver cet objet sans autre valeur que religieuse lors de l'exposition Juifs d'Algérie au Musée d'art et d'histoire du judaïsme en 2013. À la fin de son intervention, la jeune femme a chanté avec gravité une longue prière juive, le Kedoushat Keter, devant une audience recueillie.

«Ce petit sac porte une grande mémoire. Les objets quotidiens étaient la cible des éradicateurs. Les voler, les détruire, c'était s'attaquer à ce qui faisait l'intimité» des familles, a souligné la ministre de la Culture Roselyne Bachelot. Il s'agit de deux restitutions «dans des familles qui n'étaient pas du même milieu social», a-t-elle souligné, indiquant la ferme volonté du gouvernement d'accélérer les restitutions. Ainsi 24 œuvres et objets ont-ils pu être restitués l'an dernier, a-t-elle indiqué. Sur Twitter,
Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, a tenu à remercier la ministre « de si bien œuvrer à la réparation de ces terribles spoliations». «Même longtemps après, ces moments historiques sont source d'apaisement pour les familles si durement éprouvées», dit-il. On estime à quelque 100.000 les objets d'art et œuvres saisis en France par les nazis durant l'Occupation.





mercredi 12 mai 2021

Convoi 75


 

Le Convoi 75 du 30/05/1944


La 3e période de la déportation des Juifs de France (sous la direction d'Aloïs Brunner) entre juillet 1943 et août 1944 se déroule de façon similaire aux périodes précédentes, à l’exception du fait que les déportations sont moins fréquentes (environ un convoi tous les 15 jours). 
Au cours d’une période de 13 mois, 20 convois acheminent environ 20.000 Juifs de France à Auschwitz (les convois 57 à 77; il n'y a pas de convoi 65). Ces convois ne sont pas composés uniquement de Juifs étrangers, mais également de Juifs français. En juin 1943, le SS-Hauptsturmführer Aloïs Brunner, un fonctionnaire nazi sous le commandement de l'administrateur des transports le SS-Obersturmbannführer Adolf Eichmann, arrive en France. Eichmann dirige depuis Berlin la section IV B4 du RSHA (Reichssicherheitshauptamt - office central de la sécurité du Reich), chargée des « affaires juives et de l'évacuation ». Il confie à Brunner la gestion des déportations des Juifs d'Autriche, de Berlin et de Grèce et envoie ensuite celui-ci en France avec l'objectif d’accélérer les déportations. En juillet, Brunner est nommé chef du « Sonderkommando » (unité spéciale) pour les affaires juives en France et dirige les arrestations des Juifs de France et leurs déportations. Brunner prend également le commandement du camp de Drancy qui est placé directement sous l'autorité de la Gestapo. Il réquisitionne la gare de Bobigny d'où les trains de déportations partent pour les camps de concentration et d'extermination.

Le convoi 75 part de la gare de Paris-Bobigny le 30 mai 1944. 1004 noms figurent sur la liste établie au camp de Drancy avant le départ, dont un exemplaire a été transmis à l’UGIF puis récupéré par le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) après la guerre et édité par Serge Klarsfeld en 1978 dans le « Mémorial de la déportation des Juifs de France ». Dans ce convoi, on compte plus de 100 déportés de moins de 18 ans selon « Le Calendrier de la persécution des Juifs de France » (Fayard 2001) également édité par Serge Klarsfeld, ainsi que des détenus du camp Vittel qui avaient été épargnés de la déportation jusque-là pour servir d'échange éventuellement. Parmi eux se trouve le poète juif franco-roumain Benjamin Fondane figurant dans la liste du convoi 75 sous son nom de naissance Benjamin Vecsler (aussi Wechsler); le philosophe et poète est principalement d'expression française et naturalisé français en 1938. Sa dernière lettre de Drancy contient des instructions spécifiques pour la publication de son œuvre.

Parmi les déportés se trouve également un groupe de 30 Juifs du département de Haute-Savoie. Ils sont arrêtés entre le 23 avril et le 18 mai et acheminés ensemble à Drancy. 

Le 29 mai, les détenus désignés pour ce convoi sont parqués dans une partie du camp réservée spécifiquement pour les déportés. Avant de partir, certains détenus inscrivent des graffitis sur les murs de la cage d'escalier qui sont découverts en 2009 lors des travaux de rénovation de l'immeuble. Parmi les inscriptions se trouve un dernier message des membres de la famille Eskenazi de Paris. Il mentionne qu'ils partent le 30 mai 1944 pour une destination inconnue, mais qu'ils sont « de bonne humeur ». Le message se termine par « Vive les Juifs! » Un autre graffiti dans une autre partie du camp est attribué à la survivante Sarah Lichtsztejn-Montard. Il est inscrit : « Vengeance ! Nous reviendrons ! 26 mai 1944 . » Dans son livre « Chassez les papillons noirs», elle rapporte quelques détails de l'épreuve qu'elle a subie: 

« Alors les soldats nous poussent à coups de crosse dans les wagons : hommes, femmes, enfants, vieillards, à plus de cent par wagon. (…) Il faisait très chaud ce jour-là. Nous étions entassés, nous pouvions tout juste nous asseoir, les genoux repliés sur la poitrine. Le train est resté immobile pendant des heures. J'ai cru que j'allais étouffer. Heureusement, ma mère avait la bonne idée de nous placer près d'une des deux lucarnes qui encadraient la porte ; nous pouvions au moins respirer un peu et lorsque le convoi s'est ébranlé, nous avons pu avaler avec délice de l'air, tiède, mais de l'air ! Les portes des wagons étaient verrouillées. Un peu de paille était étalée sur le sol. On avait posé un baril d'eau au milieu du wagon et au fond un autre baril pour les besoins naturels. (…) La nuit : une nuit de cauchemar ! Pour pouvoir dormir un peu, il fallait que quelqu'un se mette debout afin qu'un autre puisse allonger ses jambes ; ceci à tour de rôle. On avait soif et on suffoquait dans cette pestilence. (…) Pendant un arrêt dans une gare (…) des gens circulaient, pas du tout étonnés de voir des êtres humains dans des trains de marchandises et des soldats autour d'une mitrailleuse sur le toit du dernier wagon. Je l'ai vu parce que je me suis portée volontaire pour aller chercher l'eau. (…) La troisième nuit fut encore plus cauchemardesque que les autres. Pas la place de se retourner. Des enfants pleuraient, des gens âgés gémissaient, d'autres étaient malades et se vidaient par toutes les ouvertures. »

Nadine Heftler, une autre survivante du convoi 75, qui a 15 ans lorsqu'elle est incarcérée à Auschwitz, a retenu de nombreux détails de ce trajet dans son livre « Si tu t'en sors ...» Selon son témoignage, les déportés sont amenés en bus à la gare et forcés dans le wagon à environ 10 heures. Le train part à 13 heures et s'arrête à plusieurs reprises pour des raisons inconnues. Le convoi passe la frontière franco-allemande vers minuit. Heftler évoque aussi un arrêt en rase campagne, après deux jours de voyage, où les déportés sont autorisés à descendre du train pour faire leurs besoins. Il n'existe aucune possibilité d'évasion. Le train est bien gardé et les gardes allemands sont armés. Dès leur arrivée à Birkenau, Heftler et quelque 60 déportés sont sélectionnés pour aller à gauche (pour une mission de travail forcé):
« Nous passons devant un premier officier allemand. Maman, sur mes supplications, se décide à mentir en prétendant avoir trente-huit ans. Quant à moi, ne sachant que faire, je dis la vérité, quinze ans. Au lieu de nous renvoyer vers la gauche, comme on le fait pour la majorité d'entre nous, le Boche nous laisse avancer de quelques mètres avant de nous présenter à un autre officier. Même comédie, trente-huit ans, et quinze ans, mais il ne prend pas le temps de nous écouter et pousse maman vers la gauche. Je me dis en une seconde: 'Pas grave, si je n'habite pas le même block que maman, nous nous reverrons dans la journée.' Puis le Boche se ravise et nous envoie à droite, maman et moi, rejoindre un tout petit noyau de personnes. Une fois ce choix terminé, nous sommes une soixantaine de femmes, presque toutes des jeunes filles entre dix-huit et vingt-cinq ans. Maman était une des plus âgées, mais paraissait très jeune. Moi, au contraire, j'étais la plus jeune, mais je paraissais plus que mon âge. Nous nous retrouvions soixante femmes sur un convoi de 1,200 prisonniers des deux sexes (…). Nous ne savions pas encore que tous les autres étaient dirigés vers la chambre à gaz ».

Le convoi empruntera l’itinéraire habituel, tel que révélé par la Deutsche Reichsbahn (littéralement le « Chemin de fer de l'empire allemand ») à la Gestapo en novembre 1943 (voir Le Calendrier, Klarsfeld) : Paris-Bobigny, Noisy-le-Sec, Épernay, Châlons-sur-Marne, Revigny, Bar-le-Duc, Novéant-sur-Moselle , Metz, Saarbrücken, Homburg, Kaiserslautern, Mannheim, Frankfurt am Main, Fulda, Burghaun, Erfurt, Apolda, Weißenfels, Engelsdorf Mitte (Leipzig), Wurzen, Dresden, Görlitz, Kohlfurt, Arnsdorf,(Miłkowice), Liegnitz (Legnica), Königszelt (Jaworzyna Śląska), Kamenz, Niederschlesien (Kamieniec Ząbkowicki), Neisse (Nysa), Cosel, Heydebreck, Katowice (Kattowitz), Mysłowice (Myslowitz), Auschwitz.

Le train est manœuvré par les ingénieurs et les conducteurs de la SNCF jusqu'à la nouvelle frontière franco-allemande à Novéant-sur-Moselle, une commune en Lorraine annexée, rebaptisée Neuburg an der Mosel. À Neuburg, l'équipe française est remplacée par du personnel des chemins de fer allemands de la Reichsbahn. Le train s'arrête ensuite à Metz, poursuit sa route vers la Saar, traverse la Hesse et la Saxe, et continue le long de la frontière entre l'Allemagne et le Protectorat de Bohême-Moravie, pour entrer à travers Görlitz en Silésie. Le convoi passe par le carrefour ferroviaire à Kohlfurt (depuis 1945 Węgliniec) et la ville de Liegnitz (Legnica) en Basse-Silésie et se rend via Schweidnitz (Swidnica) et Kandrzin (Kędzierzyn), renommé Heydebreck à l'extrémité sud-est du Reich jusqu'à ce son arrivée à Katowice (Kattowitz) qui sert en tant que capitale de la Haute-Silésie-Orientale, une nouvelle province formée surtout du territoire polonais. La distance entre Katowice et Auschwitz est d'environ 40 km. L'ancienne ville de garnison Habsbourgeoise au sud de Katowice est également annexée au Reich.

Il y a également trois wagons sanitaires, bien que ces dispositions n’aient pas vraiment pour but la sauvegarde des malades, comme l’explique le docteur Marc Klein dans son témoignage : « J’avais été chargé du contrôle d’un des trois wagons dits «sanitaires» qui ne se distinguaient des autres wagons à bestiaux que par la présence de quelques matelas, par des réservoirs d’eau qu’on nous permettait de remplir à certaines stations, et par une réserve importante de médicaments. (…) Le travail médical de jour et de nuit fut lourd pour deux camarades médecins, une infirmière et moi-même ; il fut d’autant plus inutile, qu’à part les survivants de ce personnel sanitaire, les occupants de mon wagon devaient disparaître à l’arrivée ».

Le convoi arrive au camp d’Auschwitz-Birkenau le 2 juin 1944. Désormais, comme pour le convoi précédent arrivé de France le 23 mai, et les convois suivants, le débarquement se fait sur la nouvelle rampe située à l’intérieur du camp qui vient d’être achevée pour faciliter l’arrivée prévue de nombreux convois de déportés de Hongrie. 239 hommes de ce convoi sont sélectionnés pour les travaux forcés et tatoués des numéros A-11841 à A-12079 ainsi que 134 femmes, également sélectionnées pour les travaux forcés et tatouées des numéros A-7065 à A-7198. Le reste du convoi, c'est-à-dire 624 Juifs, sont immédiatement gazés. 

Après la libération d'Auschwitz, on compte 99 survivants du convoi 75, parmi lesquels se trouvent 54 femmes. Deux de ces survivants font partie du groupe de déportés de Haute-Savoie : Freda Olejnik qui a 23 ans au moment de son arrivée à Auschwitz. Elle survit parce qu'elle a été affectée dans une équipe de travail forcé d'abord à Ravensbrück puis à Malkow (près de Stettin). L'autre survivant s'appelle Robert Weil qui a 32 ans au moment de son arrivée à Auschwitz et qui a été transféré à Gross-Rosen et ensuite à Buchenwald.


Bibliographie  :
  • Serge Klarsfeld, Le memorial de la deportation des Juifs de France, ( Paris : Beate & Serge Klarsfeld), 1978, 1 vol. (unpaged
  • Marc Klein, Témoignage strasbourgeois, Paris, Les belles Lettres, 1954, p. 429.
  • Sara Lichtsztejn, Chassez les papillons nois - recits d'une survivante des camps de la mort nazis, Paris, Le manuscrit, 2011, 351 p.
  • Nadine Heftler, Si tu t'en sors... - Auschwitz 1944-1945, Paris, La Découverte, 1992, 189 p.



DRANCY. 30 Mai 1944. Convoi 75. Lieux de Mémoire


              

Drancy. 30 mai 1944


Rue de la Station, face à la gare du Bourget-Drancy, arrivent les autobus.
Les déportés sont entassés dans les wagons à bestiaux de la S.N.C.F.
Le convoi numéro 75 emporte vers Auschwitz 1000 personnes, dont 60 petites filles et 52 petits garçons.


Seront sélectionnés dès leur arrivée à Auschwitz 134 femmes et 239 hommes.

Seront assassinés par gazage dès leur arrivée à Auschwitz 627 personnes.

Survivront en 1945 : 35 hommes et 64 femmes.







lundi 3 août 2020

Shoah







Facebook et Instagram bannissent Dieudonné pour «contenu se moquant des victimes de la Shoah»

Après YouTube, les deux réseaux sociaux ont écarté le polémiste en conformité avec leur «politique sur les individus et les organismes dangereux».

«Les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu'ils sont n'ont pas leur place sur Facebook ou sur Instagram«, explique un porte-parole du groupe.
«Les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu'ils sont n'ont pas leur place sur Facebook ou sur Instagram«, explique un porte-parole du groupe. GUILLAUME SOUVANT / AFP

Le 30 juin dernier, la chaîne YouTube de l'humoriste Dieudonné avait été supprimée, suite à «des enfreintes répétées au règlement» de la plateforme. C'est désormais au tour de Facebook de sévir, en supprimant sa page, suivie par plus de 1,2 million d'abonnés, ainsi que son compte Instagram. Le réseau social justifie cette décision en évoquant des «contenus se moquant des victimes de la Shoah» et des «termes déshumanisants à l'encontre des Juifs».


«En conformité avec notre politique sur les individus et les organismes dangereux, nous avons banni de manière permanente Dieudonné M'Bala M'Bala de Facebook et d'Instagram. Bannir une personne de manière permanente de nos services est une décision que nous examinons toujours avec attention, mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu'ils sont n'ont pas leur place sur Facebook ou sur Instagram», a expliqué un porte-parole du géant du numérique à l'AFP.

Plusieurs associations ont acclamé cette suppression, à l'image du CRIF, qui décrit «une décision qui va dans le bon sens», vers «un Internet plus sûr où la haine n'a pas sa place». La Licra parle pour sa part d'une «grande victoire et l'aboutissement d'un long combat [...] Un antisémite a cessé d'émettre !». Le polémiste a en effet déjà été plusieurs fois condamné pour ses propos haineux. Pas plus tard qu'en novembre dernier, il avait écopé de 9 000 euros d'amende pour «complicité d'injure à caractère antisémite», après la publication d'une vidéo et d'une chanson intitulées «C'est mon choaaa».





jeudi 16 juillet 2020

(2) La rafle du Vel d'Hiv. 16 et 17 juillet 1942





La rafle du Vel d'Hiv

– 16 et 17 juillet 1942 –




Vent printanier    

Instructions de M. Hennequin, directeur de la police municipale de Paris, aux agents de police lors de la Rafle du Vél' d'Hiv' à Paris, 16-17 juillet 1942 :


1. Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux [...]
2. Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire.
3. Les agents chargés de l'arrestation s'assurent lorsque tous les occupants du logement sont à emmener, que les compteurs à gaz, de l'électricité et de l'eau sont bien fermés. Les animaux sont confiés au concierge. [...]
7. [...] Les opérations doivent être effectuées avec le maximun de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire.
8. Les gardiens et inspecteurs chargés de l'arrestation rempliront les mentions figurant au dos de chacune des fiches :
Indication de l'arrondissement ou de la circonscription du lieu d'arrestation ;
« Arrêté par », en indiquant les noms et services de chacun des gardiens et inspecteurs ayant opéré l'arrestation ;
Le nom de la personne à qui les clés auront été remises ;
Au cas de non-arrestation seulement de l'individu mentionné sur la fiche, les raisons pour lesquelles elle n'a pu être faite et tous renseignements succints utiles ;

Et selon le tableau ci-après :



SERVICE :
Agents capteurs :
Nom..............................................
Nom..............................................
Service..............................................
Service..............................................
Clés remises à M. ..............................................
No ..............................................
rue ..............................................
Renseignements en cas de non-arrestation
Paris, le 12 juillet 1942
Le Directeur de la Police Municipale
Signé HENNEQUIN 




      Bref rappel :

Ces 16 et 17 juillet 1942, 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants ont été arrêtés par la police française et enfermés au Vélodrome d’Hiver.
Simultanément, 1 989 hommes et 3 003 femmes, couples sans enfants et célibataires, avaient été arrêtés et enfermés dans le camp de Drancy.

La quasi-totalité des 13 152 raflés furent déportés après séparation brutale dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers des enfants en bas âge, environ 3 000, de leurs parents qui furent déportés les premiers.

Quant aux enfants, transférés à Drancy, ils en furent déportés entre le 17 et le 31 août 1942, mélangés à des adultes juifs en provenance de la zone libre où ils avaient également été arrêtés par les forces de police vichystes.







La seule photo existante








**
1942 - 1995 ... Le grand silence. 
Enfin une voix se lève :
    
Extrait du discours de Jacques CHIRAC, Président de la République, prononcé le 16 juillet 1995 devant le monument commémoratif de la Rafle, situé
Square de la place des Martyrs Juifs du Vélodrome d’Hiver.


« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français.
Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 4 500 policiers et gendarmes français, sous l'autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
(…)

La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »



mercredi 15 juillet 2020

(1) Vent printanier. 15 juillet 1942





La rafle —1—




15 juillet 1942 - 


Vent printanier

A Paris le 15 juillet 1942 a lieu une réunion technique pour la mise au point de la rafle de Paris, nom de code : "Vent printanier" [ ! ]. Y participent Dannecker, Darquier de Pellepoix, commissaire aux questions juives, Leguay, adjoint du chef de la police en zone occupée, François, directeur des camps de transit, Hennequin, directeur de la Police municipale de Paris, Tulard, directeur du fichier Juif de la préfecture de Paris, Garier, représentant le préfet du Département de la Seine, Schweblin, directeur de la Police anti-juive, Gallien, chef de cabinet de Darquier de Pellepoix, Guidot, officier d’Etat Major de la police municipale.
On avait choisi le Vélodrome d'Hiver pour rassembler les Juifs arrêtés avant de les déporter à l'Est. 9 000 hommes participeraient à l'opération, tous français. La gendarmerie française servirait d'escorte. Les policiers allemands n'interviendraient pas ouvertement dans la rafle qui, en principe, ne visait que des Juifs étrangers, ou apatrides, émigrés en France dans les années précédentes.

Au cours de cette veillée d'armes, au soir du 15 juillet 1942, on distribuait les ultimes consignes, on réquisitionnait les derniers autobus. Il s'agissait de transporter et d'enfermer près de 28 000 personnes, hommes, femmes et enfants. Une telle opération ne s'improvise pas. Des préparatifs d'une telle ampleur devaient nécessairement entraîner des fuites. Tous les fonctionnaires occupés à ventiler le fichier, tous les policiers mobilisés n'étaient pas nécessairement collaborateurs et antisémites. Ils avaient parfois des amis juifs qu'il leur était facile de prévenir, même d'une façon anonyme.
Aussi des rumeurs, des tracts circulaient-ils sous le manteau dans les quartiers populeux où les Juifs pauvres, depuis des siècles, ont l'habitude de s'amalgamer en arrivant à Paris. Une feuille clandestine, éditée en français et en yiddish, leur conseillait de se cacher, car une terrible épreuve les attendait. Une voix inconnue prévenait certains Israélites qui possédaient encore le téléphone (la loi le leur interdisait désormais) que la « nuit allait être chaude ».

La plupart de ceux qui avaient la chance de recevoir un tel avertissement comprenaient le danger qu'ils couraient, mais ils ne savaient guère comment y parer. Ils ne pouvaient fuir Paris sans faux papiers, car les leurs portaient le mot JUIF et la police surveillait toutes les gares. Ils ne possédaient presque plus d'argent. Passer en zone libre exigeait d'eux une filière qui n'était pas toujours sûre. Et puis il y avait les enfants qui paralysaient tout espoir de fuite.

Aussi certains, accablés ou fatalistes, ne voulurent pas croire au péril qui les menaçait et attendirent leur sort avec résignation. D'ailleurs ils conservaient la certitude que la France ne les abandonnerait pas.

D'autres, justement, avaient servi dans l'armée française et étaient médaillés de guerre. Ils entretenaient l'illusion d'être protégés par leurs médailles, comme on le leur avait laissé croire, et comme c'était le cas en zone libre. Ils ne tentèrent rien pour se mettre à l'abri alors qu'ils le pouvaient encore.

Pourtant quelques-uns plus lucides, plus prudents, se réfugièrent chez des amis ou des voisins, dans des cachettes que leur prévoyance avait préparées et purent ainsi échapper à ce que les Juifs ont appelé le jeudi noir. Beaucoup laissèrent leurs femmes et leurs enfants dans leur logement, car ils croyaient naïvement qu'on n'arrêterait que les hommes. 

Et déjà le soleil se couchait sur Paris.


à suivre -2- & -3-