vendredi 6 juillet 2018

Claude Lanzmann est mort





Le réalisateur Claude Lanzmann, auteur du film « Shoah » (1985), auquel il avait consacré douze années de travail, est mort ce jeudi 5 juillet à l’âge de 92 ans à Paris. Le Mémorial de la Shoah souhaite rendre hommage à celui qui, par son œuvre, avait donné une sépulture aux Juifs d’Europe assassinés et un nom à la barbarie humaine. Son dernier film « Les Quatre sœurs », déclinaison de « Shoah », était sorti hier en salles, comme un dernier souffle.



Claude Lanzmann, cinéaste et journaliste, né en 1925 à Bois-Colombes dans une famille d’origine juive d’Europe de l’Est, laisse derrière lui de nombreuses œuvres, cinématographiques et littéraires, mais la plus grande partie de sa carrière, il l’aura consacrée à raconter l’enfer de la Shoah. 

Cet ancien résistant décoré, ami de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, intellectuel engagé et défenseur d’Israël, n’a jamais cessé de travailler sur le génocide des Juifs d’Europe et la question de la mémoire. Son film Shoah, succession de longs entretiens à travers lesquels sont évoqués les crimes nazis et pour lequel il avait reçu un César d’honneur, a été réalisé sans aucune image d’archive mais uniquement à travers des témoignages mis en scène. En replaçant ses témoins dans des situations vécues, Claude Lanzmann s’était approché au plus près d’une cruelle vérité.
« La vérité est qu’il n’y avait pas de nom pour ce que je n’osais même pas alors appeler ‘l’événement’. Par-devers moi et comme en secret, je disais ‘la Chose’. C’était une façon de nommer l’innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l’histoire des hommes ? Si j’avais pu ne pas nommer mon film, je l’aurais fait. »
Claude Lanzmann se revendiquait aussi résistant et combattant de la vérité.  C’est cette vérité qu’il a cherché à incarner dans toutes ces réalisations, comme ses films sur Israël (Pourquoi Israël, 1973 et Tsahal, 1994) comme dans ses reportages. On se souviendra de son article sur la fuite du Dalaï-Lama du Tibet paru dans Elle en 1959, ou encore de son engagement politique contre le colonialisme et la peine de mort durant la guerre d’Algérie à travers la revue Les temps moderne en 1960.

Claude Lanzmann et le Mémorial de la Shoah

L’« acte radical de nomination » de la Shoah, comme le disait Claude Lanzmann, s’est inscrit dans l’évolution de la construction de la mémoire de la Shoah.  Pour cette mémoire, il y eut un avant et un après Claude Lanzmann.


Simone Veil et Claude Lanzmann au Mémorial du Martyr Juif Inconnu, lors de la cérémonie commémorative de Hazkarah -22/09/1985 © Daniel Franck


Claude Lanzmann était particulièrement attaché au Mémorial de la Shoah qu’il considérait « radicalement dépourvu d’emphase, comme si l’évidence écrasante des faits et du tribut payé imposait la simplicité ». Il avait d’ailleurs offert au Mémorial de la Shoah des passages de son film Shoah, diffusés en continu dans l’exposition permanente, dont l’interview du commandant du camp d’extermination de Treblinka, Franz Stangl. De même, le réalisateur aimait l’idée et le symbole du Mur des Noms (lire plus bas),  qui accueille les visiteurs du musée et au long duquel ils doivent forcément repasser en partant, parce qu’il permet d’avoir selon lui « l’individuation de ces milliers de noms ».








© Florence Brochoire

LE MUR DES NOMS

Sur ce mur ont été gravés les noms des 76 000 Juifs, parmi eux 11 000 enfants, déportés de France dans le cadre du plan nazi de la destruction des Juifs d’Europe, avec la collaboration du gouvernement de Vichy. Pour la plupart, ils ont été assassinés à Auschwitz-Birkenau, les autres dans les camps de Sobibor, Lublin Majdanek et Kaunas / Reval, entre 1942 et 1944.
Quelque 2 500 personnes seulement ont survécu à leur déportation. Ce mur restitue une identité à des enfants, des femmes et des hommes que les nazis ont tenté d’éradiquer de la surface de la terre. Leurs noms gravés dans la pierre perpétuent leur souvenir.


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Arte diffusera «Shoah» samedi en hommage à Claude Lanzmann



Arte diffusera samedi à 20H50 "Shoah", le grand documentaire sur l'extermination des Juifs d'Europe et oeuvre majeure du réalisateur Claude Lanzmann, mort ce jeudi à 92 ans, a annoncé la chaîne franco-allemande. "Arte bouleverse sa programmation afin de rendre hommage au cinéaste Claude Lanzmann, disparu aujourd'hui. Son oeuvre Shoah sera diffusée en intégralité samedi 7 juillet en prime time", puis disponible pendant 60 jours sur le portail arte.tv, a précisé la chaîne dans un communiqué.


"Shoah", sorti en 1985, avait déjà été diffusé à plusieurs reprises par la chaîne, dernièrement en 2010 et 2013. Nous en avions parlé sur l'ancien blog. La durée de ce film est de plus de 9 heures. La chaîne propose aussi, dès à présent, sur arte.tv "Les Quatres soeurs", le dernier film de Claude Lanzmann, qu'elle avait programmé en janvier et qui venait tout juste de sortir en salles, ainsi que "Claude Lanzmann - Porte-parole de la Shoah", un portrait du réalisateur diffusé sur Arte en janvier.

Le mémorial du camp des Milles, camp d'internement situé en zone libre, à Aix-en-Provence, où plus de 10.000 personnes ont été internées et 2.000 juifs déportés vers Auschwitz, a a annoncé qu'il diffuserait également "Shoah" tout l'été en continu, dans ses espaces d'exposition, ainsi qu'un autre des films de Claude Lanzmann, "Le Dernier des injustes".

  C.Lanzmann et J.Fredj (directeur du Mémorial) devant le Mur des Noms





1 commentaire:

  1. Saisissante et belle, cette image de S.Veil et C. Lanzmann se regardant; leur mémoire réunie par le calendrier, l'une dans l'hommage que vient de lui rendre la Nation, l'autre emporté dans la Mort.
    Avec le sentiment de vies puissamment accomplies.

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