mercredi 30 novembre 2016

In the mood for...








Packing for Paris: ‘La Lollo’ wasn’t one to travel light


When two goddesses come face to face, there can be problems. Not in this instance, however, since the goddesses in question were film star Gina Lollobrigida and the Citroën ‘Déesse’ and who – judging by this photograph – understood each other well.
The photo shows Gina Lollobrigida with a major suitcase problem; or should that be thirteen problems? The picture was taken at a photoshoot for Paris Match magazine, to accompany a story on the revolutionary Citroën DS – and to help demonstrate the wonderful luxury of luggage space. Believe it or not, all the suitcases in the picture would have fitted into the Citroën. Or so we’re told.
Photos: Getty Images






mardi 29 novembre 2016

Apollinaire. Lettre à Lou, le "métier de poète"... et autres poèmes d'amour



 Lou




De Guillaume Apollinaire cette belle lettre à Louise dans laquelle il évoque le « métier de poète » que Louise prenait un malin plaisir à dédaigner!



Nîmes, le 18 janvier 1915

[…]Maintenant, je te prie de ne plus me chiner sur le métier de poète. Je sais bien que c’est gentiment mais c’est une habitude que tu prendrais facilement. D’abord être poète ne prouve pas que l’on ne puisse faire autre chose. Beaucoup de poètes ont été autre chose et fort bien — (je t’écris à la cantine — excuse ce papier, Lou chéri —). D’autre part, le métier de poète n’est pas inutile, ni fou, ni frivole. Les poètes sont les créateurs, (poète vient du grec et signifie en effet créateur et poésie signifie création) — Rien ne vient donc sur terre, n’apparaît aux yeux des hommes s’il n’a d’abord été imaginé par un poète. L’amour même, c’est la poésie naturelle de la vie, l’instinct naturel qui nous pousse à créer de la vie, à reproduire. Je te dis cela pour te montrer que je n’exerce pas le métier de poète simplement pour avoir l’air de faire quelque chose et de ne rien faire en réalité. Je sais que ceux qui se livrent au travail de la poésie font quelque chose d’essentiel, de primordial, de nécessaire avant toute chose, quelque chose enfin de divin. Je parle de ceux qui, péniblement, amoureusement, génialement, peu à peu peuvent exprimer une chose nouvelle et meurent dans l’amour qui les inspirait. Voilà, Lou, encore une lettre trop longue, si tu la lis bien, sinon je me vengerai en poète, c’est-à-dire divinement et tu sais que la vengeance est le plaisir des dieux. Je t’aime mon Lou, mais je suis fâché que dans tes lettres de maintenant tu sembles moins fortement à moi, ce semble, qu’il y a quelques jours. Mais je suis content tout de même en prévision de la permission.Je t’aime, Amour.




Du même Guillaume Apollinaire un de ses nombreux poèmes dits érotiques, il y évoque le corps de Louise : 





Mon très cher petit Lou je t’aime

Ma chère petite étoile palpitante je t’aime

Corps délicieusement élastique je t’aime

Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime

Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
Sein droit si tendrement rosé je t’aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau
qui vient de naître je t’aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t’aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime
Regard unique regard-étoile je t’aime
Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t’aime
Démarche onduleuse et dansante je t’aime
Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.



Jean COCTEAU
Croquis d'Apollinaire


Apollinaire en 1902
Photo domaine public







lundi 28 novembre 2016

Verlaine. Femme et chatte





Femme et chatte

Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate ! -
Sous ces mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...
Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien,
Brillaient quatre points de phosphore.



Paul Verlaine
Poèmes saturniens
Caprices, 1866
1er poème de la section Caprices


☁☁☁☁☁

Les Chats de Léonor FINI



















Léonor FINI

Psyché, 1975
                                         *          *            *

Léonor FINI
Photo x




dimanche 27 novembre 2016

CHATEAUBRIAND. RENE (extrait)





Charles-Guillaume ETIENNE est un poète et académicien français, né en 1777. On lui attribue l'apophtegme "On n'est jamais si bien servi que par soi-même". Laissons-nous embarquer (pour vérification!) avec un extrait de René de Chateaubriand dans un va-et-vient entre l'œuvre et la vie, où la confondante érudition s'oublie dans le talent entraînant du conteur. 


*   *



"Comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.

L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans le mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

Le jour, je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu’il fallait peu de chose à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s’élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du Nord sur le tronc d’un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s’élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait : je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : « Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

« Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! » Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur."





François-René de Chateaubriand

in René
1802



samedi 26 novembre 2016

Jacqueline de ROMILLY. Le trésor des savoirs oubliés, extrait.









À quoi bon apprendre tant de choses qu'on s'empressera d'oublier sitôt les examens passés ? À cette critique si souvent entendue contre l'enseignement scolaire, Jacqueline de Romilly oppose ici quelques arguments simples, et dont chacun de nous a pu faire l'expérience.

Entre un savoir précis et l'oubli total, il y a bien des degrés. Nos souvenirs peuvent être partiels, flous, incertains : pourtant nous sentons bien qu'ils sont présents en nous. Ils ont laissé des traces et constituent pour l'esprit des repères intellectuels, mais aussi affectifs ou moraux.
 Extraits : 


(...) l'élève n'aura pas seulement rencontré des exemples de raisonnement. Il n'aura pas fait l'expérience seulement de verdicts, d'opinions, de propositions : il fera aussi, avec les auteurs ou personnages du passé, connaissance avec toutes les émotions possibles ; il aura rencontré tous les bonheurs et tous les malheurs, toutes les causes d'indignation et d'ingratitude, et toutes les aventures : cela aura élargi et enrichi son horizon intérieur. Laissons pour le moment de côté l'enrichissement moral qui, on le devine, compte beaucoup - on y reviendra. Mais d'ores et déjà il est clair que cet enrichissement intérieur joue aussi dans la formation de son esprit. Ce n'est plus le jugement proprement dit qui se forme ici : c'est la compréhension.

Compréhension des êtres et des sentiments, compréhension des situations et des passions. Or, le meilleur moyen de réagir sainement dans la vie, est de percevoir les idées et les problèmes avec une profondeur humaine qui seule leur donne leur vrai sens. La compréhension qui naît ainsi chez l'élève est la forme la plus haute de l'intelligence.

L'élève qui aura fait ses classes, même modestement, aura ajouté aux souvenirs des contes qui charmaient son enfance tout l'héritage de l'expérience humaine. Il aura conquis un empire avec Alexandre ou Napoléon, il aura perdu une fille avec Victor Hugo, il aura lutté seul sur les mers comme Ulysse ou bien comme Conrad, il aura vécu l'amour, la révolte, l'exil, la gloire. En fait d'expériences, ce n'est pas mal ! Et même s'il a oublié tous les détails, la possibilité de ces grandes aventures reste en lui comme une forme imprécise, mais capable d'éclairer sa très modeste expérience quotidienne et de faire de lui un esprit mieux informé, i.e., plus large et plus sûr.
De plus - et cela compte ! - il aura été habitué à la diversité des jugements possibles et au contraste des divers sentiments ; il aura dû choisir, il aura dû prendre position. Ainsi se forme l'esprit critique. Par rapport à ces opinions de toutes sortes qu'il aura rencontrées, il aura été contraint de s'en former une à lui, qui ne soit pas due à une imitation hâtive des propos entendus autour de lui, mais qui soit éclairée, mûrie, personnelle.

Jacqueline de ROMILLY
Le trésor des savoirs oubliés










vendredi 25 novembre 2016

Le livre noir du chômage que François Hollande pourrait écrire




Crédit photo REUTERS


Un article d' Éric Verhaeghe


Alors que de nouveaux chiffres du chômage tombent ce jeudi, Éric Verhaeghe note que François Hollande a mis en place durant son quinquennat une doctrine malthusienne de l'emploi : moins on recrute, mieux on se porte.



Encore une cérémonie du chômage et de ses chiffres, ce soir! L'homélie rituelle peut recommencer, avec la tension qu'on lui connaît, puisque François Hollande avait subordonné sa candidature à une amélioration des courbes. Si l'on en croit les rumeurs qui enflent dans Paris, les chiffres doivent être bons, puisque Hollande annoncerait sa candidature le 1er décembre et tiendrait son premier meeting de campagne le 10, à Paris, dans le 18e arrondissement.
Un vrai livre noir du chômage


Hollande pourra, de toute façon, tordre les statistiques dans tous les sens, et détourner l'attention avec toutes les confidences du monde auprès de tous les journalistes de la presse francophone qu'il voudra, le seul livre qu'il est légitime à écrire est le livre noir du chômage sous son quinquennat.
Rappelons que lorsqu'il arrive au pouvoir, la France compte un peu moins de 3,2 millions de demandeurs d'emploi en catégorie A. Elle en compte aujourd'hui près de 3,8 millions. Les cinq ans du quinquennat Hollande ont constitué un choc de 600.000 demandeurs d'emploi en plus. L'inversion de la courbe ne suffira jamais à faire oublier ce cataclysme.
Parlons, si l'on préfère, des chômeurs indemnisés. Durant le temps du quinquennat, ils sont passés de 2,3 millions à 2,8 millions. 500.000 personnes indemnisées en plus, alors que le nombre de mises en stage explose, dont le principal objet est de cacher le chômeur sous le tapis statistique.
Hollande, l'homme qui ne comprenait rien au chômage
Personne ne sera au demeurant surpris par la déroute française en matière de chômage. Pendant que tous nos voisins du Nord faisaient régresser le fléau dans leur pays, la France élisait un ancien haut fonctionnaire devenu professionnel de la politique à sa tête, un homme pour qui le chômage est un chapitre dans un manuel d'économie ingurgité avant le grand oral de l'ENA, entre le chapitre «politique monétaire» et le chapitre «politique énergétique».


Quand on est dirigé par quelqu'un qui n'a jamais de sa vie recruté la moindre personne, sauf des fonctionnaires financés par l'impôt, on ne se surprend pas à contempler le désastre dans sa politique en matière d'emploi. Hollande fait en effet partie de cette caste d'énarques qui croient que ce sont les politiques publiques qui créent l'emploi, et qui peuvent tout en général.
Or, pour lutter contre le chômage, il faut un Président qui comprenne que les principaux acteurs de la bataille de l'emploi, ce sont les chefs d'entreprise qui recrutent, et non Pôle Emploi ou les acteurs de la formation professionnelle.
Hollande ou le malthusianisme en matière d'emplois
De façon assez curieuse, et pour ainsi dire suicidaire, Hollande a donc, en 2013 lié son destin à une courbe du chômage qu'il a savamment fait monter par une série de tortures chinoises extrêmement raffinées.


Par exemple, François Hollande a concédé à la CFDT de multiples dispositifs bureaucratiques qui sont autant de tue-l'emploi et de trappes à chômage. Le compte pénibilité en est une superbe illustration. Il faudrait lui demander de le remplir chaque jour pour les collaborateurs de l'Elysée (coiffeur à 10.000 euros par mois compris) pour qu'il comprenne que cette invention est impraticable et participe des bonnes raisons que peut avoir une entreprise de quitter la France.
Par exemple, François Hollande n'a toujours pas réformé le mode du financement de notre sacro-sainte sécurité sociale, dont plus du tiers des ressources est apporté par les cotisations patronales. Nous sommes le seul pays industrialisé à pratiquer des charges patronales aussi élevées. Le message qui est envoyé de cette manière est simple: recruter, c'est une faute qu'il faut expier en payant une amende mensuelle massive.


On pourra faire toutes les baisses de charges, tous les crédits d'impôt que l'on voudra, le seul symbole demeure: qui recrute est en faute.
Bref, Hollande a, durant son quinquennat mis en place une doctrine malthusienne de l'emploi: moins on recrute, mieux on se porte. Et on s'étonne, dans ces conditions, que le pire survienne…
L'immobilisme en matière éducative est une bombe à retardement
Hollande ne s'est d'ailleurs pas contenté de sinistres pendant son mandat. Il a organisé la défenestration économique de son successeur. Depuis 5 ans, en effet, Hollande pratique une politique totalement immobiliste en matière éducative, laissant éventuellement Najat Vallaud-Belkacem casser au collège ce qui pouvait encore marcher.
Les résultats à long terme de cette absence de politique se feront méchamment sentir: l'implosion éducative à laquelle nous assistons se traduit par une baisse cataclysmique du niveau des étudiants, qui complique singulièrement leur employabilité. Ce phénomène, bien sûr, échappe aux statistiques, et c'est pour ça qu'il est très dangereux: il faudra des années pour l'enrayer. Et les jeunes peu formés qui sortent de l'université mettront toute une vie à rattraper leur retard.





Éric Verhaeghe est fondateur de Tripalio, une start-up sur la vie syndicale. Cet ancien élève de l'ENA a occupé des fonctions dans le monde patronal et assumé divers mandats paritaires. Il fut notamment administrateur de la sécurité sociale. Son livre, Ne t'aide pas et l'État t'aidera, est paru en janvier de cette année aux éditions du Rocher. 

mercredi 23 novembre 2016

mardi 22 novembre 2016

Paul Valéry. Les pas







Les pas

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.


Paul Valéry 
in Charmes, 1922


...Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,...




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Note : En 1922, Paul Valéry (1871-1945) publie Charmes. Le titre du recueil revêt un double sens. En latin, en effet, « charmes » (carmina) signifie à la fois « poèmes » et « chants magiques », la magie étant censée percer les secrets de la Nature. Cette ambivalence du titre a souvent incité à rechercher, au-delà des apparences, un sens caché aux vingt et un poèmes qui composent le volume.

Dans ce poème, Valéry joue sur divers registres et l’analyse de la vie intérieure, sentimentale ou intellectuelle se double d’une forte "imagination" auditive. S'agit-il ici de la lente ferveur qui s’empare de l’homme à l’approche de la femme aimée ou de celle du poète devant la montée de l’inspiration ?
 « Les Pas » sont une incantation et justifient le titre de Charmes...