lundi 16 mai 2016

DESNOS. Idéal Maîtresse





Idéal Maîtresse

Je m'étais attardé ce matin-là à brosser les dents d'un joli animal que, patiemment, j'apprivoise. C'est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l'ordinaire, quelques cigarettes, puis je partis.

Dans l'escalier je la rencontrai. "Je mauve", me dit-elle, et tandis que moi-même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi. Or il serrure et, maîtresse ! Tu pitchpin qu'a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.

L'escalier, toujours l'escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.

Remontons! mais en vain, les souvenirs se sardine ! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez! En voici le verdict : "La danseuse sera fusillée à l'aube avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats!"  

Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l'heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité.

Robert Desnos 
in Langage cuit 
– 1932 – 


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"...Eh quoi, déjà le miroir..."
Quelques "réflexions"...



"...Eh quoi, déjà je miroir..."


René Magritte, La reproduction interdite, 1937



"...Eh quoi, déjà je miroir..."


Paul DelvauxFemme au Miroir,1936

_______Les femmes de Delvaux paraissent n'avoir ni passé, ni avenir. Ce sont des figures distantes, abstraites, immobiles, dressées dans un paysage créé tout exprès comme une grotte par exemple que Maurice Nadeau décrit ainsi: «Une grotte dans un désert jonché de pierres. Dans cette grotte un miroir 1900 auquel est appendue une dentelle serpentine. Devant ce miroir une jeune femme, buste nu (...) ce n'est pas à son reflet que s'adresse le regard pensif de la jeune femme, c'est ce reflet qui la contemple.» L'érotisme du peintre s'exprime à travers l'instant où le regard glisse de la dentelle à la pointe du sein de la jeune femme.

«Je me suis déjà posé la question de savoir si la signification de mon oeuvre serait fondamentalement différente si j'avais représenté des femmes laides. Je l'ignore, avoue Paul Delvaux. Mais je sais que la beauté éclaire le tableau d'une lumière qui m'importe.» En effet, les femmes chez Delvaux ne sont pas éclairées par une lumière qui leur serait intrinsèque et qui viendrait du dehors. Elles sont la lumière elle-même.
«La peinture de nu, dit Paul Delvaux, le nu lui-même, ne peut jamais être pour moi, qu'une occasion, un moyen plutôt qu'une fin. Je suis convaincu que les figures, dans le tableau, doivent revêtir les apparences de la poésie et du mystère, et en être ainsi les intercesseurs. C'est cela, me semble-t-il, qui donne à l'oeuvre son altitude et lui confère ses pouvoirs; de sorte que le nu n'existe pas en soi. Par là mon travail diffère de celui de certains peintres qui prennent la femme -la femme nue -pour sujet de tableau et l'inscrivent pour ainsi dire par reproduction sur la toile, quelque liberté qu'ils prennent à l'occasion. Le mystère alors s'évanouit ou ressortit à un autre ordre. Cet esprit demeure totalement étranger à mon propos. J'insiste sur la nécessité, pour moi, d'une oeuvre précisément significative, dès qu'elle est donnée à voir, par son propos même. (...) la présence insolite d'une femme nue (...) non seulement intemporalise la scène et indétermine le lieu, mais encore et c'est cela qui importe, traverse et le temps et la conscience.»




"La raison est une lumière qui fait voir les choses comme elles ne sont pas, et puis, du reste, comment sont-elles?" FRANCIS PICABIA





Francis Picabia, Voilà la femme, 1913



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