samedi 8 juin 2019

ARAGON. Il n'aurait fallu








Il n'aurait fallu


Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne



Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines



Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air



Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule



Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers



Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon cœur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce



LOUIS ARAGON
In Le Roman Inachevé1956





Claude MONET
Le déjeuner

vers 1874


Le déjeuner : panneau décoratif
Après 1870, Monet renonce aux grands formats de ses débuts. Quelques oeuvres cependant font exception : ce sont Le déjeuner exposé à la seconde exposition impressionniste de 1876 comme "panneau décoratif" et les toiles destinées à la décoration du château de Rottenbourg à Montgeron pour Ernest Hoschedé, peintes en 1876-1877. On peut se d'ailleurs demander si ce n'est pas ce Déjeuner, vu dans l'atelier de Monet ou à l'exposition de 1876, qui incite Hoschedé à commander les panneaux destinés à sa propriété.
Le charme du sujet vient surtout de l'impression d'instantanéité, de l'évocation simple d'une vie familiale dont il ne reste que quelques traces. La table n'est pas desservie comme à la fin d'un repas. Un chapeau accroché à une branche d'arbre, un sac et une ombrelle posés sur le banc paraissent avoir été oubliés là. Sous l'ombre fraîche du feuillage, le petit Jean Monet joue calmement avec quelques planchettes de bois.


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