Papillon
Quel bel au-delà
est peint dans ta poussière.
À travers le noyau de flammes de la terre,
à travers son écorce de pierre
tu fus offert,
tissage d’adieu à la mesure de l’éphémère.
Papillon,
bonne nuit de tous les êtres!
Les poids de la vie et de la mort
s’abîment avec tes ailes
sur la rose
qui se fane avec la lumière mûrie en ultime retour.
Quel bel au-delà
est peint dans ta poussière.
Quel signe royal
dans le secret des airs.
Nelly Sachs
Éclipse d’étoile
(Sternverdunkelung, 1949) –
Traduit de l’allemand par Mireille Gansel
Schmetterling
Welch schönes Jenseits
ist in deinen Staub gemalt.
Durch den Flammenkern der Erde,
durch ihre steinerne Schale
wurdest du gereicht,
Abschiedswebe in der Vergänglichkeiten Maß.
Schmetterling
aller Wesen gute Nacht!
Die Gewichte von Leben und Tod
senken sich mit deinen Flügeln
auf die Rose nieder
die mit dem heimwärts reifenden Licht welkt.
Welch schönes Jenseits
ist in deinen Staub gemalt.
Welch Königszeichen
im Geheimnis der Luft.
Im Sternverdunkelung, 1949
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Nelly Sachs est une poétesse juive allemande.
Née au sein d'une famille juive allemande, Nelly Sachs commence à écrire des poèmes à 17 ans. Elle échappe au nazisme en mai 1940, grâce à Selma Lagerlöf, et trouve refuge à Stockholm, ville qu'elle ne quittera plus jusqu'à sa mort. Son œuvre, née de la Shoah, fait d'elle l’une des poétesses majeures du XXe siècle.
Elle obtient le Prix Nobel de littérature en 1966 « pour sa remarquable œuvre lyrique et
dramatique qui interprète le destin d'Israël avec sensibilité et force. ». Elle partage ce prix avec Shmuel Yosef Agnon. Elle meurt quatre ans après, quelques semaines après Paul Celan dont elle fut l'amie et avec qui elle entretint un dialogue.
Nelly Sachs fixing S.Y. Agnon's bow tie at the Nobel Prize Awards Ceremony in December 1966
L'œuvre de Nelly Sachs, qui trouve autant son inspiration dans la Bible que la kabbale et le hassidisme, s'inscrit dans la rupture provoquée par l'arrivée du nazisme en Europe et les exils, les déchirements et les deuils qu'il a entraînés. Ses dernières années seront gravement marquées par la maladie et sa lutte contre la maladie mentale. Cependant même si son écriture, née de la douleur et du drame, affirme la volonté de « donner une stèle de paroles » aux morts dont on a voulu la disparition totale, la poétesse exprime malgré tout une part d'espoir et le besoin de croire à l'avenir, d'être présent au monde, si infernal soit-il. C'est dans la relecture incessante de la Bible, entre autres textes, qu'elle puise cette capacité à croire encore.

J'ai dans ma bibliothèque trois livres de Nelly Sachs offerts par un ami poète. Il m'a fallu du temps pour avancer dedans, il m'a fallu du temps pour en sortir.
RépondreSupprimerVotre mot, chère Christine, me réjouit. N.Sachs est une immense poète et je me demande encore comment j'ai pu tant tarder à publier ses poèmes.
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