Jean de La Ville de Mirmont fait partie des écrivains de la promesse. L’année 14 a emporté le jeune poète, aux premiers mois de l’offensive allemande. Comme Alain-Fournier ou Louis Codet, on lit dans les œuvres qu’ils ont laissées celle, plus grande encore, qui aurait pu être.
Il était un ami de Mauriac, comme lui bordelais, comme lui venu à Paris. Mauriac lui devait le titre de son premier recueil de poésie, Les Mains jointes, et n’eut de cesse qu’il ne célèbre l’ami trop tôt disparu. Vieux face-à-face bienveillant, mais non dénué de rivalité, entre l’écrivain recru d’honneur qui fut un astre un demi-siècle durant et celui qui brilla de l’éclat éphémère et magnifique d’une comète.
Le recueil de poésie de de La Ville de Mirmont est depuis un siècle un sésame pour les jeunes gens à l’âme poétique. Il s’intitule L’Horizon chimérique. Comme Brauquier, comme J.-M. Levet, avec qui il partage des accents, l’auteur rêve plus qu’il ne voyage.
Mirmont ne descend pas de fleuves impassibles, il n’a pas plus de souvenirs que s’il avait mille ans. Il regarde simplement partir les bateaux des quais de la Garonne, ce qui noue son cœur et dilate ses songes.
«Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte
Le dernier de vous tous est parti sur la mer
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.»
Les plus réussis de ses vers ne l’empêchent pas de conserver sa légèreté, jusqu’à l’ironie parfois, qui fait de lui un petit frère de Toulet.
«Négrier plus qu’aux trois quarts ivre
(En vérité je vous le dis),
J’ai gardé tout mon savoir-vivre.»

Cet esprit calme, joyeux et sarcastique, on le retrouve dans l’unique roman de Mirmont, Les Dimanches de Jean Dézert. Soit les tribulations d’un honnête garçon de bureau dans le Paris du début du XXe siècle. Petits plaisirs, petits chagrins, petits projets, Dézert est une sorte de Bartleby, s’interrogeant sur l’existence qu’offre le monde moderne dans une grande ville. Dézert la compare à celle des chalands qui voyagent sur d’étroits canaux et ne prendront jamais le large. Il observe ses amis, ses collègues qui entrent dans la carrière, reçoivent les palmes académiques, fondent une famille. Lui a rencontré Elvire, la fille d’un prospère marchand d’objets funéraires. L’aime-t-il? C’est encore trop de répondre à cette question. Souffre-t-il de ne plus l’aimer? «Soyons classique, se dit Jean Dézert. J’ai des peines de cœur.» Son impassibilité ne manque jamais d’élégance.
Par sa simplicité et son notable détachement, le roman annonce Roquentin, Godot et la kyrielle des héros de l’absurde de la littérature française. Jean Dézert ne voit-il pas ses fiançailles rompues parce qu’Elvire lui trouve une longue figure? Cette caractéristique physique, c’est évidemment celle de Don Quichotte, son frère en littérature et en humaine condition, qui préféra toujours ses songes à une réalité décevante. Le 28 novembre 1914, le fil de cette vie mélancolique et féconde fut rompu par un obus. Quelques jours plus tôt, Jean de La Ville de Mirmont avait composé des vers:
«Cette fois, mon cœur c’est le grand voyage.
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.»
Les Dimanches de Jean Dézert, de Jean de La Ville de Mirmont, La Table Ronde, «La Petite Vermillon», 240 p., 7,50 €

Je connaissais (un peu) sa poésie, non ce roman. Merci de le mettre en avant.
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